08/12/2011

Le cas Weininger

weininger otto.jpg

Otto Weininger


Otto Weininger s'est suicidé en 1903 à Vienne dans la maison où mourut Beethoven, il avait 23 ans, son livre « Geschlecht und Charakter » (Sexe et caractère) venait d'être publié et l'auteur s'était converti au protestantisme quelques mois auparavant.

Ainsi s'achève dans cette Vienne décadente où un docteur Freud s'initie aux prémisses de la psychanalyse, ce qui aurait pu être une fracassante entrée dans le cénacle des psychologues et philosophes du 20em siècle.

Parmi les admirateurs de l'ouvrage, il y a Wittgenstein, Ernst Bloch et Lessing qui voyait en lui la « typique haine de soi des Juifs ». Génie décadent pour Rudolf Steiner, « misogynie extrême » comme l'écrira Bergson qui l'a critiqué. Julius Evola s'en inspira largement dans "Métaphysique des sexes".
Son livre est régulièrement réédité malgré son contenu pour le moins sulfureux : misogynie et antisémitisme. Une demi-douzaine de livres lui ont été consacré.

Weininger, né dans une famille juive où le père était orfèvre, se révèle vite sur-doué. Il connaît, très jeune, le latin et le grec, parle la plupart des langues européennes, y compris le norvégien par amour pour Ibsen, étudie les sciences naturelles, la philosophie, la psychologie.

Passionné par Kant, dont il épouse sans retenue l'idéalisme, il s'affirme zélateur de Wagner et ses héros aryens auxquels il oppose le matérialisme juif. S'ajoute à cette opposition, le sentiment de culpabilité dont seule la mort peut nous libérer. Il se convertit au christianisme qui est, selon lui « la plus haute spiritualité de la plus haute foi ».

La Vienne de 1903, c'est, rappelons-le, la psychanalyse d'un Freud, la musique atonale, le modernisme architectural, la philosophie analytique, Wittgenstein, Mahler, Oskar Kokoschka, Clemens Kraus et un certain Adolf Hitler qui dira, plus tard de « Sexe et Caractère » : « Weininger ? Le seul juif décent que j'aie connu ! ». Tous, avouerons l'influence qu'eut sur eux cette œuvre.

Wittgenstein n'hésite pas à le classer parmi les dix penseurs les plus féconds de son temps : « ce livre contient d'importantes vérités » écrit-il à G.E Moore (remarquons au passage que Wittgenstein est le rejeton d'une riche famille viennoise dont les parents juif se sont convertis, eux aussi, au christianisme). August Strinberg abondera dans son sens, de même que James Joyce et Franz Kafka qui partageront ses conclusions sur les femmes et les juifs.

Weininger développe un système dualiste inspiré de Platon et Kant. Il y a le monde de l'espace et du temps, celui de la sensualité et de la mort et, de l'autre, le monde des intelligences, le monde de la logique, de l'éthique et de la liberté. Dans ce dernier, le sentiment de culpabilité, engendré par l'exacerbation des sens, est absent. Le mode des réalités sensibles, lui, n'a qu'une valeur purement symbolique.

Dans le monde des réalités intelligibles, il y a la femme soit F et l'homme, soit H, tout F, dans la réalité sensible est composé de plus ou moins de « h » (minuscule), la part masculine de la femme, et l'homme (H) contient, lui aussi, des parts de « ».

Toute l'étude de « Sexe et Caractère » concerne, dès lors, non pas « les femmes », mais l'archétype « La Femme » confrontée à l'archétype « Homme ».

Le livre révèle une tendance paranoïaque qui conduit Weininger à des conclusions supportées par des arguments culturels souvent tronqués où le pseudo-scientifique, la théorie pure, la polémique intellectuelle et des éléments disparates se mélangent les uns aux autres et doivent leur cohérence au génie de l'auteur.

La pensée de Weininger se fonde sur le très kantien sujet transcendantal dont on ne peut démontrer l'existence mais seulement le déduire et qui, seul, permet la perception de la réalité sensible. C'est le sujet transcendantal qui est la source de la plus haute expression de l'esprit humain. C'est le propre du génie de transcender le temps, le génie est « celui qui se souvient de tout parce qu'il est capable de doter chaque moment de sa vie de sens ».

C'est ce soi intelligible qui nous permet de comprendre l'impératif catégorique kantien et donc de donner à l' humanité une dimension morale, cet impératif nous ordonne de traiter les autres comme fin en soi, et non pas en fonction d'autres buts plus égoïstes. Le monde de Weininger est celui d'une Utopie où le respect mutuel couplé à une exacte perception de ce que nous sommes, nous les hommes et les femmes, les animaux et les plantes, devient ferment de génie et de perfection spirituelle. C'est cette même conception qui génère chez l'auteur l'Utopie négative qu'il voit émerger autour de lui.

Quant au femmes (ou plutôt, pour reprendre sa terminologie : la Femme) elle relève elle aussi de la catégorie des humains (l'auteur précise qu'elle n'est ni une plante, ni un animal...) et participe à l'Utopie mais d'une manière purement biologique.

C'est que l'intellect de la femme est dominé par ce que Weininger appelle le « henid » (une « proto-pensée, une pensée brumeuse, une pensée indifférenciée...pour en savoir plus sur ce dernier, consultez les encyclopédies philosophiques), la femme ne peut donc concevoir ce qu'est le sujet transcendantal, ni les concepts purs, encore moins les catégories de l'esprit. La femme est l'être de l'instant, elle ne connaît pas l'éternité, elle n'est pas immorale, mais amorale, elle ne fait la différence du bien et du mal qu'en fonction de sa préoccupation propre. Étrangère, elle reste, à toute considération générale à laquelle elle est inaccessible intellectuellement. Le monde de la femme est le sien où l'autre n'est que dans la mesure où il la reconnaît, ainsi l'homme est celui dont la femme veut qu'il la fasse. La femme n'est que ce que l'homme en fait. La femme est la matière, l'homme est la forme. La femme, être chtonique s'il en est, « sous le «joug du phallus », est incapable de toute expression spirituelle, cette dernière impliquant la renonciation à soi est au-delà de l'intellect féminin. La femme nie l'existence de l'autre si ce dernier n'est pas dans la sienne. L'autre, pour la femme, n'est qu'un rouage. La femme est imperméable à toute métaphysique. Les femmes sont capables de conscience, elle ne peut que calculer l'avantage matériel que lui procure la réalité ambiante. La femme, au mieux, ne peut qu'imiter (parfois avec virtuosité) l'homme.

Son univers est celui de deux pôle, la Mère et la Putain. Elle évolue de part et d'autre de ces derniers.

En un mot, comme en cent : « la femme la plus supérieure est infiniment inférieure au plus inférieur des hommes » (sic).

Ce genre de propos, en 1903, n'est pas exceptionnel, nous nous trouvons dans la ligne d'un Nietzsche ou d'un Schopenhauer (dont l'influence chez Weininger est manifeste).

Il y a chez l'auteur une nostalgie de l'éternité que sa caractérologie reflète par ce dualisme philosophique, l'Homme est le Tout, la Femme le Néant, l'Homme le spirituel, la Femme le matériel dans son expression la plus mortifère et dégradante.

Nous nous trouvons face à un extrémisme radical dont la conclusion nous surprend  elle aussi.

Il n'y a pas d'amour vrai entre l'homme et la femme. Seul l'amour libéré de l'érotisme est vrai. « L'homme doit transcender la sexualité afin de sauver la Femme «  écrit-il en reconnaissant tout de même que cette thèse conduit à l'extinction de l'humanité, ce qui pour lui n'est que détail : la véritable humanité est l’émancipation de notre condition charnelle. La Femme ne sera Femme qu'en cessant d'être femme !

Weininger attache une importance primordiale au « génie », cet être qui a une capacité d’empathie avec l'univers tout entier et qui transcende les notions aliénantes d'espace et de temps. Il en fait partie ! Il ne l'écrit pas, mais c'est évident tout au long de sa prose.

Sa thèse, qu'il présenté à Freud à qui il demanda de la conseiller à des éditeurs, fut remarquée par ses professeurs qui jugèrent toutefois ses conclusions « fantasmagoriques ». Quant à Freud, pour qui le jeune auteur était une « personnalité frappante et avec une touche de génie », il s’abstint de conseiller l'ouvrage tout en retenant certaines conclusions de son auteur...

Et, paradoxalement, d'endosser pleinement le livre lors de sa parution

Ce que Weininger écrit sur les femmes, il le reprend pour les juifs et le judaïsme catalogué comme « religion femelle », matière que forme, seul et arbitrairement, un Dieu sectaire et jaloux. Les juifs, comme les femmes, sont incapables de transcendance, étrangers à toute métaphysique, sans âme et obsédés par l'espace et le temps. De même que les femmes ne sont que ce que les hommes en font, ainsi en va-t-il des juifs et de leur Dieu. Ils sont imperméables à toute morale et l'antithèse de l'aristocrate. Tout comme les femmes, ils ne se connaissent aucune passion pour l'individualité. Le juif, conclut-il, est le parangon de l'homme moderne, être grégaire qui suit le troupeau incapable de tout esprit critique et personnel. Tout comme les femmes, les juifs doivent transcender le judaïsme, c'est-à-dire cesser d'être juif.

Le livre paraît en 1903, onze ans avant la première guerre mondiale, cette boucherie sans précédent, et nourrit, malgré son auteur, l'antisémitisme barbare qui devait marquer les théories nazies.

Weininger est un cas psychologique type. Combat-il à travers sa caractérologie une tendance homosexuelle qu'il sublime par l'écrit ? Nul ne le saura. Est-il, comme on le lui a reproché un « juif ayant la haine de soi », ce n'est pas sûr, même si dans « Sexe et Caractère » il ne se présente que comme « d'ascendance juive ». Quel aurait été son cheminement ultérieur ? Aurait-il surmonté ce juvénil prurit misogyne ? Autant d'interrogations qui restent sans réponses, et pour cause.

C'est un esprit tourmenté et puritain qui vivait en dehors des codes de son époque. Abstinent sexuel, semble-t-il, en marge de la vie mondaine viennoise, ses lettres révèlent un sentiment profond de culpabilité et une attirance morbide pour aborder l'autre face de la mort.

Son christianisme devait être purement idéal. Une croyance en l'Idée en soi, détachée de toute contingence terrestre.

Que faut-il retenir de cette thèse, magistralement développée dans un langage clair et parfaitement compréhensible pour tous ?

C'est un livre qui, en 2011, nous choque et peut faire naître chez le lecteur un certain sentiment de répulsion. Mais il faut savoir le surmonter. Au-delà des délires il se trouve toujours une part de vérité qu'il est bon de remettre en place.

Ainsi le féminisme, considéré par Weininger comme « une forme d'hermaphrodisme qui veut que les femmes deviennent des hommes tout en restant des femmes » ce féminisme qui prône l'égalité entre homme et femme. Cette égalité (hors l'égalité ontologique, cela va de soi!) n'existe pas, pas plus qu'elle n'existe entre une pomme et une poire. Les hommes et les femmes sont différents, et nous pensons que c'est une excellente chose. Le féminisme aujourd'hui demande encore plus : la parité. Or cette revendication est illusoire. Il ne pourra jamais y avoir de parité entre homme et femme, les caractères des uns et des autres étant trop dissemblables. Le féminisme, hors l'affirmation de la différence des sexe, n'est que sophisme.

Il faut prendre l’œuvre de Weiniger pour ce qu'elle : un manifeste anti-moderne qui, en ce début du 20em siècle, à l'aube d'une apocalypse effroyable, rappelle certaines vérités essentielles communes aux hommes comme aux femmes : il ne sert à rien de nier ce que la nature a voulu de tout temps, le faire, c'est jouer aux apprentis sorciers et ouvrir la boîte de Pandore.

Le monde qui est le nôtre aujourd'hui se méfie des héros, prêche un syncrétisme réducteur, nous pousse à épouser une identité de circonstance, nie l'évidente différenciation des sexes et nous entretient dans une fallacieuse illusion d'égalité.

Weininger est de ceux qui, maladroitement sans doute, mais avec force et talent ont tout fait pour remonter le sens de l'époque.

En vain, peut-être...

28/08/2011

Pia Petersen ou l'heureuse rencontre

petersen.jpg

 

 

Il y a d'heureuses rencontres qu'on regrette ne pas avoir faites plus tôt. Je puis en témoigner après celle de madame Pia Petersen, danoise d'origine et remarquable écrivaine française.

 

Le français, elle l'a appris sur le tas et à la faculté où elle a étudié la philosophie, mais aussi dans les rues y compris ses quartiers les plus interlopes. De quoi forger une langue, la tourner et retourner et mettre en relief ses facettes les plus subtiles . Dans cet art, le propre de l'écrivain, Pia Petersen excelle, mais sans ostentation, sans qu'à aucun moment l'auteur ne prenne le pas sur l'écriture.

 

Si elle était musicienne, au pupitre des bois, elle serait flûtiste, donnant le « la » sans lequel point d'harmonie.

 

Dans son roman « Une fenêtre au hasard », publié en 2005 chez Actes Sud, elle nous décrit en lignes sobres et pointillées, un peu à la manière d'un Seurat, l'histoire d'une femme qui se croit laide et insuffisante. En face de sa chambre il y a une fenêtre qui jamais ne s'ouvre, jusqu'au jour où un homme y paraît. Elle ne le connaît pas, mais, sans savoir pourquoi, cette arrivée inespérée l'émeut, dans le sens le plus étymologique du terme ; elle se sent projetée vers cet « autre » dont elle veut qu'il ne soit plus un non connu.

 

Alors, elle qui vit seule, s'inventant des relations et des histoires à raconter au bureau, elle l'épie, cet homme et, durant des heures, jumelles aux yeux, le regarde vivre dans ce chez soi dont elle prend possession. 

 

Et elle lui parle, à cet homme qu'elle finit par connaître en chipant son courrier qu'elle lit et restitue aussitôt. Elle fait de lui le répondant de ses monologues, le héros d'une histoire que, jour après jour, elle couche sur le papier, et qui devient bien vite une histoiret d'amour.

 

Pia Petersen, en petites phrases sobres nous conte le désarroi de l'âme seule qui veut se donner à l'autre dans un irrésistible besoin d'attachement. Roman de la solitude, « Une fenêtre au hasard », est aussi celui de l'amour, même désespéré, sans lequel, pour reprendre le thème d' « Au-dessous du volcan », « no se puede vivir », on ne peut vivre.

 

L'homme en face, finit par réaliser qu'il est épié, il rencontre, sans la reconnaître, celle qui le harcèle et se demande in fine si ce n'est pas elle la cause de son malaise, mais il ne lui en veut pas et finit par se sentir affreusement seul lui aussi.

 

Deux solitudes qui se conjuguent à distance et se rencontreront peut-être au détour d'une phrase, d'un chapitre... ou jamais.

 

« Je me sens si bien quand il est chez lui, c'est comme si nous étions tous les deux , seuls au monde mais ensemble ». (page 69).

 

La recette du bonheur est peut-être là : vivre seul avec le sentiment de la présence de l'autre.

 

Le style de madame Petersen est pareil à une brume légère qui ,au détour d'un mot, laisse transparaître un soleil éclatant, puis retombe enveloppant les choses et les gens dans leurs éphémères et pathétiques secrets.

 

Secrets que nous emporterons tous avec nous, malgré Pia Petersen qui réussit à nous en arracher des bribes...

 

fenetre au hasard.jpg

 

06/05/2011

Comment fut édité le "Voyage au bout de la nuit"

« D'un Céline l'autre » chez Robert Laffont. Plus de mille pages de témoignages sur Louis-Ferdinand Céline, de son enfance à sa mort à Meudon en 1961, une véritable Bible pour les céliniens de tous poils. La personnalité de Céline, sans doute le plus grand écrivain français de tous les temps, s'y révèle géniale mais complexe et hors normes. J'y reviendrai.

Voici comment comment Robert Denoël, un éditeur de second plan, a réussi là où Gallimard hésitant, faisait lanterner Céline.

 

celine-l-autre.jpg

 

 

En 1932, Robert Denoël a 30 ans, il est Belge et installé à Paris depuis six ans où il a fondé une maison d'éditions « Denoël & Steel », ce dernier est son associé américain, il est aussi juif.

La maison s'enorgueillit du prix Renaudot de 1931, accordé à leur poulain Philippe Heriat et son roman « L'innocent ».

Le manuscrit du « Voyage au bout de la nuit » lui parvient enveloppé dans de vieux journaux et sans nom d'auteur. Dès les premières lignes l'éditeur réalise qu'il est face à un « bouleversant chef-d’œuvre », il passe la nuit à le lire, tout comme sa femme qui l'a rejoint et confirme sa première impression. Mais qui donc en est l'auteur ? Le lendemain, sur une boîte à chaussures qui a servi d'emballage et jetée à la poubelle ils retrouvent le nom et l'adresse d'une femme qui avait présenté un manuscrit à Denoël qui comptait le refuser. Par pneumatique Denoël l'invite à venir le voir, ce qu'elle fait quelques heures après. Elle commence par jurer ses grands dieux qu'elle ne connait pas l'auteur de ce manuscrit, et entretient longuement Denoël, de ses projets littéraire. Puis, au moment où ce dernier, au bout de toutes les patiences, allait renoncer, elle lui dit qu'elle se souvient de l'auteur, un médecin, son voisin, un type un peu fou et qui écrit tellement mal. Ils avaient la même femme de ménage et celle-ci avait laissé traîner chez le médecin cette boîte à chaussures à l'adresse de sa voisine. Il l'avait, sans plus utilisée pour y mettre son manuscrit et vogue la galère...

Bingo !

 

Robert-Denoel-1930.jpgRobert Denoël

 

 

Sur ces entrefaites, Steel, l'associé, est arrivé. Il est très francophile, quasi francisé, fort érudit et enthousiaste. Il y a cependant un hic: la maison d'édition a fait une mauvaise affaire récemment et n'a plus de liquidités. Alors, on fait quoi ?

Steel téléphone à sa mère, une femme riche qui vit quelque part entre New-York et Chicago. On l'imagine expliquer à sa maman qu'ils ont, Denoël et lui, déniché un immense écrivain et qu'il faut quelques dollars pour assurer sa promotion. Elle doit l'aimer, son fils, cette maman, car c'est « yes you can », et l'argent est là qui n'attend plus que l'auteur.

Céline, qui est encore le docteur Destouches, arrive le lendemain. L'homme est méfiant, Gallimard aurait bien publié son roman, mais à conditions de coupes, de révisons, de corrections etc... Et Céline, mauvais caractère, a superbement refusé. Denoël, lui, n'a pas ces réserves. Céline signe..

Et voilà comment le futur pamphlétaire de « Bagatelles pour un massacre » et « L'école des cadavres » a été lancé avec de « l'argent juif » !

Quelques heures plus tard, Gallimard informe Céline qu'il lève toutes ses objections. Mais Céline n'a qu'une parole. Le refus de Céline fut la grand erreur de Gallimard, qui se rattrapera après la guerre et l'assassinat de Robert Denoël.

Céline n'aura pas le prix Goncourt, l'histoire de ce prix manqué est relatée dans tous les détails.

Le roman, sans Goncourt mais avec le Renaudot, fut un immense succès, une révélation littéraire comme il ne s'en voit que quelques unes par millénaire

Il paraît que Gallimard, quelques mois après, aurait proposé à Denoël de racheter sa maison d'édition, et devant le refus du Belge, aurait menacé de le mettre en faillite.

Steel se sépara de Denoël après la parution du pamphlet antisémite « Bagatelles pour un massacre », ce que l'on peut comprendre. Inquiété après la libération, Denoël fut assassiné. On n'a jamais retrouvé son assassin.

 

 

celine-et-arletty-a-meudon-jpg.jpg

 1958, Céline et Arletty à Meudon.

Cette dernière fut accusée d'avoir eu un amant allemand durant l'occupation.

A  son procès elle déclara: monsieur le Président, mon coeur est français, mais mon cul est international !

08:31 Écrit par mitso dans Général, livre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/05/2008

Je change de serveur.

Chers amis,

Depuis quelques mois, je constate un effritement significatif du nombre de lecteurs alors que, paradoxalement, mon classement  quotidien s’est amélioré.

En clair : il y a moins de passage sur cette rubrique « Philosophie ».

J’ai donc décidé de réunir ce blog à celui que je rédige sur over-blog .fr.

Si vous le souhaitez, vous pourrez me lire désormais sur :

 

http://candide.over-blog.fr/

 

Over-blog compte plusieurs dizaines de communautés plus actives les unes que les autres et qui affichent toutes une qualité intellectuelle appréciable.

Je remercie toutes celles et ceux qui, par leurs commentaires, m’ont inspiré dans mes rédactions et j’espère les retrouver bientôt sur mon serveur.

Bien à vous et

Soyez heureux !

 

 
 
 
Orchidee3


 

 

15:47 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/05/2008

Coeur, instinct ou raison ?

vaches

 
Vaucluse: Les vaches, dans le pré voisin, sont bien sympathiques et discrètes. Elles ne meuglent quasiment pas. Ce sont des vaches a viande me dit la bourgeoise, elle a raison, rien qu’à voir les pis on réalise qu’elles termineront en steacks entre les frites et la salade. Le lait, c’est pour les autres, les Holstein et hollandaises du même acabit. Ces Aubrac m’indisposent cependant, elles ne font pas bonne figure dans ce paysage méditéranéen. Go home !
Pas très raisonnable ce que vous écrivez…
Vous n’avez pas tort, mais pourquoi vouloir être raisonnable.
Notre amie TTNE se posait la même question dans son dernier
envoi : cœur, instinct, raison, entre les trois, que chosir ?
L’homme est un être raisonnable a écrit un raisonnable. Quelle erreur ! Il ne l’est pas…
S’il rechigne tant à se conformer aux préceptes de sa raison, c’est que ces derniers sont, dans la majorité des cas, furieusement ennuyeux.  Vous imaginez un monde raisonnable où tout un chacun réfléchirait avant de faire quoi que ce soit, convolerait après avoir pesé le pour et le contre et répondrait au bout de longues et interminables minutes de savant silence ? Un monde peuplé de Suisses ou de Suédois ? Un aréopage de calvinistes. Quel ennui !
Il y a l’instinct, cette intuition sauvage niché au fond de nous qui nous fait sentir que telle voie nous vaut mieux que l’autre, que telle situation est en notre faveur ou non, que l’avenir se présente sous telles ou telles facettes.
L’instinct nous trompe, nous aveugle, mais nous mène aussi sur des rivages enchantés d’où la raison est absente et rebelle. Vive l’instinct !
Et puis le cœur, cette sublimation de l’instinct. Il faut suivre son cœur, disent les vieilles grand-mères revenues de tout. Elles ne le disaient pas à leurs enfants ; ce genre de conseil est réservé en catimini à leurs petits-enfants venus quérir des miettes de leur expérience.
Dieu, tenez ! s’il existe, avouez qu’il n’est pas net ! Sans plus, il laisse la terre en proie à la folie destructrice des hommes, à leurs psychopathies, haines, jalousies, mesquineries, tueries nombreuses, sanglantes et variées, puis se retire dans son Olympe majestueux et innaccessible.  Tout ça pour quelques Saints chez les barbares. Pas raisonnable, Dieu !
Alors que faire, que choisir ?
Suivez votre instinct. Le hic, c’est que ce dernier, tout puissant chez les animaux est atrophié chez nous (par la raison ?) hommes et femmes de haute extraction urbaine. Pour retrouver l’instinct, il nous faut retrouver le point de départ, la source d’où celui-ci jaillit et agit. Difficile à faire dans un système bruyant, réducteur, factice comme celui de cette brillante civilisation qui nous entoure et nous bride.
On peut y parvenir par le silence, le détachement, la méditation (cete réflexion pure) et l’esprit critique qui jauge toutes nos actions et celle des autres.
Parvenir à la résurgence de ce que Bergson appelait « l’instinct vital » ; voilà déjà un appréciable résultat.
Y associer ensuite la raison, mais une raison maîtrisée, est un ingrédient idéal pour monter cette mayonnaise.
Et si elle prend, le cœur sera lumineux dans ses choix.
Ma raison me dicte que ce papier sera reçu avec un sourire entendu. Et mes lecteurs auront raison ! La vie est dure, elle ne laisse pas de place à nos élans irréfléchis, à nos coups de cœur, à nos envies sans buts. Il faut toujours tout justifier, peser, soupeser, projeter dans un avenir dont on répond…
Quel ennui !

16:04 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/05/2008

Petit karma.

sault

 

Saint-Jean-de-Sault : neuf-cents mètres d’altitude, une nature qui affiche un  mois de retard sur le printemps de la vallée, un air vif ; sous les conifères, des champs de lavandes à l’infini qui, gris aujourd’hui, exhiberont leur couleur violet d’évêque à l’aube de l’été.
Dans un étang, des grenouilles manifestent bruyament leurs amours naissantes. Des chèvres guidées par deux chiens vifs,  passent indifférentes.
« Je ne suis certain que d’une chose : que tout est ascension. Tout monte vers une idée de perfection. Aucune solution de continuité entre Matière et Esprit : rien qu’une différence de densité. Tout avance vers la légèreté ; et la légèreté tend vers Dieu, ou vers le Néant absolu. Tout est itinéraire va de l’obscurité la plus profonde (mais peut-être jamais sans une parcelle de conscience) à la pleine lumière : si lumineuse qu’on la prend parfois pour un infini vide. » (page 224 : 8 novembre 1985, 23h59).
Voilà ce qu’écrit, ce jour et à cette heure, Carlo Coccioli. Il est à San Antonio, Texas, pour un mois. Il a quitté son Mexique d’adoption pour un mois et durant cette brève période se livre à une chronique d’intériorité.
« Je voudrais ne pas avoir écrit tous les livres que j’ai écrits. Je voudrais en avoir écrit qu’un seul : simple, clair, précis, définitif. Je vis avec la peine de n’avoir pas été capable de l’écrire. » (page 9 : 22 octobre 1985, 8h21).
Singulière expérience que de tenir pareil journal. Il faudrait que je m’y mette. En Afrique, la prochaine fois, c’est promis !
Je me revois, il y a trente ans, sur cette route de l’Arizona parallèle au Mexique voisin. Elle menait à la ville-frontière de San Luis, coupée en en deux par un énorme mur dont l’arête s’ornait de barbelés électrifiés. Partout des miradors et des projecteurs : la frontera !
Les riches d’une côté, les pauvres de l’autre. C’est bien mieux comme ça, non ?
Côté mexicain, San Luis, Sonora : le tiers-monde, sa misère, ses odeurs, ses regards furtifs, les bruits, les corbeaux et les rats obèses.
Rien n’a changé depuis, sinon que le sang des immigrés coule du côté de l’Arizona, ce qui ne repousse en rien les vivants…
Quelle est la réponse au scandale du mal et de la douleur des innoncents ? Coccioli en a une : le karma.
Pourtant : « tout est maudit dans le monde sauf le souvenir de Dieu » aurait dit le Prophète Mahomet. D’où le concept des mystiques musulmans, le dikhr, le souvenir.
« Je t’ai donné un monde inachevé, imparfait, rempli de moustiques et de caïmans, comble d’énigmes, de douleur, de sang, un monde régi par le Karma mais c’est un monde vivant où toi, et parce que tu aimes et souffres et protestes et pleures, et parce que tu coopères à mieux le créer, et que finalement tu meurs, tu es vivant toi aussi. » (page 314 : 21 novembre 1985, 13h40).

coccioli


Carlo Coccioli : « Petit karma », editions Du Rocher, 1988.

17:40 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

30/04/2008

Cérébrales, hormonales ?

30 avril : il pleut, le ciel est gris et bas. Jamais je n’ai connu pareil avril en Provence. Le comble c’est que les pluies sont impuissantes à combler le déficit des nappes phréatiques.  Tout juste bonnes pour les viticulteurs, encore faut-il qu’il fasse très chaud dans les jours à venir. Bahia, la chatte, regarde curieusement les vaches couchées dans le champ voisin. Il y a quatre-vingt deux vaches dans le Vaucluse, dont vingt-deux à côté de chez moi. Cool, elles semblent ne pas snober la pluie, pourtant ce ne sont pas des normandes…allez-vous en savoir ce qui se pense dans la tête d’une vache…
Je lis « L’amour au temps du choléra » de Gabriel Garcia Marquès, du coup je me retrouve à des milliers de kilomètres d’ici, sur la côte des Caraïbes, parmi un peuple bigarré, métissé, bruyant qui déploie sa vie et ses amours à l’ombre de vieilles cathédrales espagnoles et se perd dans les petites rues en pentes où il cache sa misère, ses peines et ses espoirs.
 « …profite de ce que tu es encore jeune pour souffrir, après tu n’auras pas le temps ».
Un auteur qui écrit  cette réplique connaît la vie et, en matière de vie et de mort, Marquès est un maître. Vous n’avez encore rien lu de lui ? Qu’attendez-vous ? Fermez ce blog, cessez toutes vos affaires et courez acheter « Cent ans de solitude », son chef-d’œuvre !
Il paraît qu’en Amérique latine, quand Marquès descend dans un hôtel, la foule est à l’entrée qui se presse, enthousiaste, pour l’acclamer comme elle le fait pour un joueur de foot. Ici, seuls les joueurs de foot et les petits chanteurs d’une sous-académie ont droit à ce traitement…
Il a inventé, Marquès, le « réalisme magnifique » et ces personnages troubles qui se promènent avec, au-dessus de la tête, une couronne de papillons polychromes dont le battement des ailes rythme le pas pressé..
Pas facile à lire. En espagnol, il manie la langue comme un pianiste les arpèges et les gammes. Sa richesse de vocabulaire est sutpéfiante… et quand je pense que, de nos jours, les gens se contentent au maximum de mille deux-cents mots pour exprimer leur vécu…
Il y a des villages sans télé où, le soir venu, les habitants demandent à celui qui sait de lire des chapitres entiers de « Cent ans de solitude ». Et si on jetait nos télés part la fenêtre ?
Le Pen, Jean-Marie, a déclaré ce matin sur France-Inter que « Bienvenue chez les Ch’tis » était un film de mauvais goût et un signe de décadence française. Pas inexact comme jugement… dans le genre : « c’qu’on est bien chez nous dans notre médiocrité » le film dépasse l’entendement. Et dire qu’il totalise vingt millions d’entrées…
30 avril, c’est aussi l’anniversaire du suicide d’Hitler et d’Eva Braun dans cette atmosphère apocalyptique de « Gotterdammerung » du Berlin en flammes. Ils n’ont pas eu le temps de consommer leur mariage, nos tourtereaux… elle n’a pas voulu se tirer une balle dans la tête par peur de casser son joli minois, le cyanure suffisait. Lui, il a pris les deux : cyanure d’abord et une balle dans la tempe ensuite ; certains historiens parlent de balle dans la bouche… va falloir élucider ce point capital...
Goebbels, dans son Journal, n’a qu’éloges pour la :
« discrète, charmante et cultivée Fräulein Braun qui s’occupe si bien du Führer ».
Drôles quand même les passions des femmes… Certains psyhiatres disent que les unes sont cérébrales et les autres hormonales.
Eva Braun : dérèglement hormonal !
Mais faut-il croire les psychiâtres ?

evaEva Hitler, née Braun.

14:51 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |