17/09/2007

Une divinité grecque.

1960.Epidaure (Grèce). Je suis encore adolescent, mon oncle et ma tante m’ont invité à un concert exceptionnel de La Callas dans ce décor antique.
Dire que je suis enthousiaste est exagéré. Poli et obéissant. A l’époque, c’est plutôt le jazz qui me passionne, mais, bon ! je suis un neveu comme il faut et un neveu comme ça ne dit pas non.
Ma tante a revêtu, comme il se doit, une robe longue, ma foi, fort séduisante.
La voiture est une Jeep, résidu de la guerre. Découverte, elle nous permet d’échapper à la chaleur lourde qui s’abat sur le pays et fait pester ma tante sur le vent qui la décoiffe.
Les routes qui mènent au site d ‘Epidaure ne sont pas encore goudronnées, la poussière s’en mêle et indispose les élégantes qui s’agglutinent en petit groupe jacassant à qui mieux mieux sur la
« superbe » soirée qu’elles vont passer.
Et puis survient le drame.
Fin août, il ne pleut jamais en Grèce, tous les Grecs vous le diront. Jamais !…sauf ce soir où la diva doit se produire. Subitement l’orage éclate. Innatendu et violent. Le ciel se déverse sur nos têtes, la poussière devient boue, les robes du soir ressemblent à des serpillières, les permanentes ne le sont plus, le rimmel coule à flot. J’entends les cris de ces dames qui dérapent et s’étalent dans la boue, les voitures s’embourbent et ma tante verse de grosses larmes.
Le concert est annulé.
Stupeur !
Une Jeep est un 4X4 à laquelle la boue ne résiste pas. Mon oncle, un petit sourire énigmatique sous sa moustache, nous dégage de ce bourbier.
Je n’ai pas entendu La Callas. Je m’en fous.
Aujourd’hui, je regrette et maudit cet orage assassin qui m’a privé d’une rencontre historique. Qui sait ? ma vocation eut été autre, peut-être qu’après j’eusse voulu devenir chef d’orchestre, ou baryton ?
Elle n’a pas été remplacée, encore moins surpassée, elle est toujours là, altière souveraine de l’art lyrique.

 

16:13 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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