22/09/2007

Le docteur et ses neutrinos.

Université d’Aix-Marseille. J’assiste à la soutenance de thèse en vue de l’obtention du grade de docteur ès sciences, de mon fils M…
Il est debout face à l’auditoire et au jury. Sur l’écran défilent des graphiques, des équations et une pléiade de signes kaballistiques.
Il parle de neutrinos, ces particules un million fois plus petites que l’atome, qui viennent des confins des galaxies et nous tombent dessus par millions, traversent notre corps et repartent aussi sec vers d’autres cieux, emportant la mémoire de la naissance de l’univers…
Ces neutrinos, on ne peut les appréhender… trop petits…trop éthérés… tellement, que certains se demandent s’ils ont une charge.
Dans l’auditoire sa mère émue, son frère aîné admiratif, sa petite sœur attendrie. L’autre frère, économiste et professeur à l’université de Mexico, n’a pu se déplacer.
Alors, pour connaître quoi que ce soit de ces neutrinos, il faut caper leur rayonnement que l’on nomme muon. Et les muons, c’est dans l’eau que leur rayonnement est le plus apparent. D’où, le centre d’observations de ces particules au large de Toulon.
Je vous épargne les détails que je ne puis comprendre tant ils sont pointus.
Je réalise que l’on étudie une réalité supposée, le neutrino, à partir de son phénomène, le muon. Les théologiens font pareil avec Dieu qu’ils découvrent et expliquent au départ de sa création.
Pour eux, la création est un signe de Dieu, pour mon fils, le neutrino nous fait signe à travers le muon.
Il étudie donc le muon pour atteindre cet invisible neutrino dont il émane. Avec les mêmes limites que pour un théologien et les mêmes interrogations sur la valeur de ces observations et mesures.
Un psychologue fait pareil. L’homme, il le voit, le regarde, le décrit au travers de son comportement apparent qui peut révéler ses motivations profondes et secrètes.
Et toujours les mêmes réserves sur l’observation, le calcul, la mesure.
Observer ce qui est apparent pour pénétrer ce qui ne l’est pas.
Cela me renvoie à Exode, chapitre III quand Dieu se révèle à Moïse sous la forme d’un buisson ardent. S’en suit un dialogue entre le créateur et Moïse. Ce dernier n’est pas plus chaud que ça à l’idée de jouer au prophète, il préfèrerait rester chez lui avec sa femme et ses troupeaux de moutons. A bout d’arguments, il demande à Dieu son nom (dans la tradition sémite, celui qui possède le nom, possède le sujet ainsi nommé), mais Dieu ne se laisse pas gruger et lui donne quatre consonnes (yod,he, vav, hé) ineffables.
Le prophète de nos jours est le scientifique qui, à travers tous les signe de la création, tente de retrouver, à partir de consonnes indicibles les voyelles manquantes.
Mon fils : Moïse ? Cela le ferait rigoler. Lui et les autres physiciens que j’observe sur les bancs de l’amphithéâtre, tous décontractés, barbus, chevelus posant des questions ésotériques sur ces équations qui défilent et auxquels il répond d’un ton tout aussi « cool ».
Le voilà docteur, ce garçon qui, tout petit déjà, rêvait de la voie lactée, des galaxies lointaines et des mystérieux trous noirs tout autour du soleil.
Vous n’auriez pas un kleenex ?


09:57 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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