24/09/2007

Vérité "à crédit" ?

John Dewey est un philosophe américain qui dans un ouvrage intitulé « How we think » souligne que la pensée de l’homme de la rue, comme celle de l’homme de science, s’apparente à un processus d’expérimentation continue.
Il est de ces penseurs pour lesquels l’expérience prime le dogme et qui pensent que le pluralisme est une réalité politique éducative et morale.
Descartes, dans la « Méthode » ne dit pas autre chose :
« (je compte) rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent et dont l’événement le doit punir bientôt après s’il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet touchant à des spéculations qui ne produisent aucun effet. »
Dewey n’est pas que philososphe, il s’intéresse à la psychologie expérimentale et à la pédagogie (sa réputation de pédagogue n’est pas surfaite). Défenseur de la liberté  d’opinion, homme « de gauche » dans une Amérique d’avant la guerre qui détestait cela (et le déteste toujours ), il milite pour le progrès social, indissociable de l’éducation des masses.
Il présida la la commission d’enquête destinée à innocenter Trotsky d’activités pro-staliniennes.
Il n’y a pas de vérité absolue, soutient Dewey (avec d’autres penseurs américains), la science n’a pas pour mission de nous apporter la vérité, mais de retenir un ensemble d’hypothèses acceptables qui, un jour peut-être, seront réfutées. Il en va de même en matière morale : il ne faut pas, à l’instar d’un Kant tenter de trouver des justifications universelles pour prouver la solidarité entre les hommes, la simple expérience de la paix – de la paix sociale, entre autres – est là qui nous prouve son bien-fondé.
 « La vérité vit à crédit » comme le soulignait W. James ,un de ses contemporains.
En somme , ce qui est bon et vrai est ce qui est utile.
J’avoue, à première vue, m’être hérissé face à cette proposition.
Mais à tout prendre et en réfléchissant bien, ne constatons-nous pas que la solidarité, la paix, l’entente entre les hommes sont nettement plus utiles à tout points de vue que le conflit, la guerre, l’isolement ? Et s’imposent d’une manière quasi naturelle ?
Le bien est plus utile aux hommes que le mal ; la paix plus utile que la guerre. Personne, je pense, ne contestera cette affirmation.
Dewey ne voit pas le pragmatisme comme une philosophie  mais comme une méthode qui consiste à trouver un dénominateur commun à des thèses opposées. C’est aussi un refus de l’intelectualisme, des idées creuses et générales, une invitation à trouver des propositions vérifiables par tous.
J’ai peur que l’Amérique de Mr. Bush ne se soit fort éloignée de ce pragmatisme terre à terre. On y brandit des slogans, conforte des certitudes qui sont autant de credo : « notre manière de vivre, de penser est la meilleure, la preuve c’est que nous sommes les plus riches et les plus puissants ! ». On dénigre la culture d’autrui, la religion des autres, leur manière de faire, de penser, de manger (l’impérialisme de Mac-Do !). On exporte par les armes une vision particulière et géocentrique de la démocratie et des droits de l’homme.
Et ils le font d’autant plus facilement que les grands penseurs à la Dewey s’en sont allés depuis longtemps.
Reste un cheveu dans la soupe : Noam Chomsky !
Est-ce assez ?

11.09999

John Dewey
Chomsky
Naom Chomsky (à gauche)

13:46 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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