02/10/2007

Foi raisonnée.

Je vais vous raconter une histoire.


Peu après sa chute, l’ange Gabriel rendit visite à Adam et lui dit :
« Dieu t’envoie Son Salâm, et te demande de faire un choix entre la raison, la foi et la pudeur. »
Après avoir réfléchi, Adam, répondit : « Je choisis la raison ».
« Bien » dit l’ange Gabriel, qui demanda à la foi et à la pudeur de  s’en aller.
Mais ces dernières refusèrent. « Et pourquoi ne partez-vous donc pas ? » demanda l’ange.
 « Parce que Dieu nous a ordonné de rester toujours du côté de la raison ! » répliquèrent-elles.


Voilà un récit tiré d’un livre fondateur du shî’isme : « Le livre de l’intelligence et de l’ignorance »
Foi-raison-pudeur, un trio inséparable et pourtant…
La religion privilégie la foi du charbonnier, celle dont le questionnement est absent, celle du brave homme qui croit et puis baste ! Elle se méfie de celui qui croit mais questionne, qui va au-delà de la lettre et veut pénétrer l’esprit. Ce dernier est très souvent l’excommunié, l’hérétique, l’infidèle.
L’Occident à fait un choix, ce sera la raison et rien d’autre. Et cela donne ce que j’ai si souvent dénoncé : l’égoïsme, l’orgueil (hybris), la violence, le matérialisme, la « religion de la lettre », et pour finir… la perte de la raison.
L’Orient aussi a choisi : ce sera la foi et rien d’autre. Et cela donne la superstition, le fanatisme, l’ignorance, des crapuleries à la Ben Laden, et cela se terminera par… la perte de la foi.

La foi,la raison et la pudeur (considérée ici comme l’antidote de l’orgueil) voilà ce qui constitue, pour ce texte, la nature même de l’Adam (homme).
Nous en sommes loin !
Le seul texte sacré qui, à ma connaissance, met la raison au même plan que la foi, est le Coran. Comme une litanie, reviennent au bout des versets, les phrases : « ceci sont des signes pour ceux qui réfléchissent », « réfléchissez ! », « ne savez-vous donc pas ? » etc…
Et malgré cela, bien des croyants ce sont retranchés dans la foi pure. Pourquoi ?
Car la foi sans la raison, c’est plus facile ! On ne se pose plus de questions, on s’attache à la littéralité d’un texte. On sanctifie le texte. Quelle aberration ! Un texte sacré, dès qu’il se trouve entre les mains et dans la bouche des hommes est altéré. C’est la raison, alliée à l’humilité (la pudeur) qui préserve et révèle la sacralité du texte à qui ose l’interroger.
On parle de plus en plus de « spiritualité laïque », voire athéiste. J’ai en tête des noms comme Ferry ou Comte Sponville. C’est le signe que l’homme « ne vit pas que de pain » et que, levant les yeux au ciel, il cherche un signe, comme pour conjurer un présent qui lui est de plus en plus étranger.
Je doute que cette « spiritualité horizontale » comme l’appellent, mes deux philosphes, puisse transcender grand chose,  tant il est vrai que l’approche de la spiritualité suppose une disposition telle qu’elle suppose la mort de l’adepte.
Se dépouiller de la peau du viel homme pour renaître…
Vous en connaissez beaucoup, prêts pour cette aventure ?

 

11.11

 

Le Prophète prêchant (miniature persane).

16:45 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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