24/10/2007

De la chrématistique.

Ce mot, qui fut introduit en économie par le Suisse Sismondi, vient du grec. On appelle conception chrématistique de la science économique, celle qui prend pour but de rechercher la multiplication la plus grande possible des richesses, sans qu’il soit fait état de l’utilité  plus ou moins grande que prennent ces richesses selon qu’elles viennent à être consommées par par tel individu ou par tel autre.
En un mot comme en cent, c’est la science de la richesse.
Au terme de cette définition, j’ai bien envie de prendre ma plume et d’écrire à Madame Lagarde, notre Ministre, pour la proposer à ses méditations. Mais je ne le ferai pas, Madame Lagarde, Ministre de la République Française, communique en anglais avec son cabinet, vieille habitude qu’elle a rapportée de Chicago où elle était Présidente mondiale d’un célèbre cabinet d’avocats, et je ne pense pas, en outre, qu’elle médite longtemps…
Quand on écoute nos ministres, ils nous parlent tous de « gagner des points de croissance », d’augmenter les richesses et je suis tenté de dire : pourquoi faire ?
Pas d’objections si augmenter les richesses est le moyen de réduire les inégalités entre les riches et les pauvres. Mais ne soyons pas naïfs. Les nouvelles richesses profitent d’abord aux riches en place.
Pas d’objections si les nouvelles richesses sont consacrées à l’enseignement, la culture et la recherche. En France, la culture fout le camp. L’enseignement est confronté à des problèmes dramatiques et, soixante-dix pour cent des étudiants du cycle supérieur seront éliminés au bout de la première année. Quant aux chercheurs… la plupart rêvent des Etats-Unis.
Mais là aussi, ne nous faisons pas d’illusions, si de l’argent frais arrive, on nous parlera de « dette publique », d’inflation, de surenchèrement de l’énergie et que sais-je encore…
La vérité c’est, qu’avec l’attrait du sexe, celui de l’argent reste un facteur primordial de l’action des hommes et que les meilleures volontés ne résistent pas à pareil chant de sirènes.
Aristote l’avait compris qui dans la « Politique »  fait remarquer que l’argent monnayé n’est pas une richesse par nature, mais seulement par convention.
Et, au début du siècle dernier, Elie Halevy écrivait ces lignes qui restent d’une brûlante actualité : « Bien que l’économie ait réfuté l’erreur du mercantilisme, elle constitue un mercantilisme d’un nouveau genre, ne considère que les intérêts du marchand, et pense avoir assuré par là ceux de la collectivité tout entière, ce qui serait vrai seulement si elle se composait tout entière de marchand. Elle n’est pas économie politique véritable, art d’aménager la cité, dans l’intérêt général, mais art de l’enrichissement individuel ». (Halevy, Sismondi p.14.)
Rien de nouveau sous le soleil.

10.10

19:02 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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