01/11/2007

Arendt

« C’est en réalisant que ce mot (l’existence) n’est jamais à même d’expliquer l’essence, avec le choc effroyable d’une réalité vide en soi, que débute » la philosophie moderne. Plus la réalité est vide de toute qualité, plus immédiat et plus nu apparaît ce qu’elle a désormais exclusivement d’intéressant – qu’elle est - . C’est pourquoi dès le début, cette philosophie glorifie le hasard comme ce en quoi la réalité totalement incalculable, entièrement impensable et imprévisible envahit directement l’homme. C’est pourquoi les « situations limites » (Jaspers) philosophiques, c’est à dire les situations qui poussent l’homme à philosopher sont appelés mort, faute, destin, hasard, car dans toutes ces expériences la réalité s’avère comme inévitable, insoluble  par la pensée. Dans ces situations, l’homme acquiert la conscience de son indépendance – la conscience d’être indépendant non pas de quelque chose de spécifique et pas même de ses limites générales, mais indépendant du fait qu’il est.

Avant que Kant  ne révolutionne le concept occidental de l’être, Descartes avait posé la question de la réalité dans un sens très moderne tout en y répondant d’une manière qui restait entièrement liée à la tradition. La question de savoir si l’être est, est aussi moderne qu’est intéressante la réponse du cogito ergo sum : car cette réponse ne démontre jamais, comme le remarquait déjà Nietzsche, l’existence de l’ego cogitans mais, au mieux, l’existence du cogitare. Autrement dit : du « Je pense » ne jaillit jamais le réel Moi vivant, mais seulement un Moi pensé. C’est précisément cela que nous savons depuis Kant. »

Hannah Arendt (Qu’est-ceque la philosophie de l’existence,, Payot & Rivages p.36)

 

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Anna Arendt

18:42 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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