04/11/2007

Croire et savoir.

Karl Jaspers philosophe catalogué dans l’existentialisme chrétien, pose la question dans « Introduction à la philosophie » :
« Pourquoi cette hostilité contre les lumières ?
Elle naît souvent du fait qu’on aspire à l’absurde, qu’on éprouve le besoin d’obéir à des hommes pris pour les porte-voix de Dieu. Elle naît de la passion qui nous atttire vers la nuit, qui ne se soumet plus aux lois du jour : lorsque nous sentons concrètement le sol se dérober sous nos pas, cette passion nous fait apporter le salut. Il existe chez les incroyants un besoin de croire qui se forge une loi fictive. Et ceux qu’anime la volonté de puissance croient rendre les hommes plus dociles en les soumettant plus aveuglément
à une autorité dont ils font aussi leur instrument. »
Ces lignes me confortent dans la conviction que les hommes préfèrent croire que savoir ou connaître. Croire est relativement facile, il suffit de le vouloir. Se poser des questions et les résoudre est un exercice périlleux.
Dès lors que l’on pense, on peut se trouver logiquement contraint de remettre en cause ses convictions les plus ancrées, de reprendre « à zéro » et cela n’est pas confortable, nous le reconnaissons volontiers.
Jaspers insiste : « ... aucune dignité humaine n’est possible désormais sans un esprit scientifiquement authentique, aussi longtemps que celui-ci reste possible pour l’homme grâce à la tradition qui est la sienne. La science se perd-elle, aussitôt c’est l’envahissement des crépuscules, du clair-obscur, des sentiments confusément édifiants, des décisions fanatiques... »
Affirmation on ne peut plus actuelle en cette époque qui voit fleurir d’un peu partout des doctrines limites, surgies on ne sait d’où et qui prétendent remettre de l’ordre dans vos esprits. Je pense tout spécialement à ces techniques pseudo-psychologiques, venues des Etats-Unis généralement, cela fait plus chic, et que l’on vend très cher. Les sectes exotiques, c’est fini, les remplacent des ersatz de savoir qui se fardent de science pour mieux faire scintiller leurs paillettes.
Mais, si la voie du connaître et du savoir est un droit chemin qu’empruntent des hommes qui ne veulent pas recevoir une vérité toute faite, le danger du relativisme qui fait croire que, tout compte fait, toutes les vérités se valent, est réel. 
Ils risquent de perdre leur sens critique, de considérer que le sentier de la vérité est la vérité elle-même. Le risque existe aussi de croire que l’on peut savoir et penser tout ce qui est. Or, des questions demeurent sans réponses, à commencer par la première, lancinante : qu’y-a-t-il après la mort ?
La pensée à des limites, elle est tributaire d’un ensemble de facteurs que l’homme ne maîtrise pas toujours et ce qui, à première vue, ressemble à une vérité peut fort bien, toute réflexion faite, se révéler un poison.

Karl Jaspers : « Introduction à la philosophie ».  Plon.

11:34 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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