08/11/2007

"Je" et "Nous" en Belgique.

Rentré dans mon Midi où souffle le Mistral après quelques jours à Bruxelles.
C’est curieux un pays qui se délite, qui meurt chaque jour un peu plus, cela ressemble à un couple dont on ne sait pas au juste, quel jour et à quelle heure, l’un quittera l’autre.
Filip, Flamand et collaborateur de Jan Fabre conclut d’une formule lapidaire : « La Belgique est un pays où les Flamands vivent en Flandre et les francophones en Belgique ». Deux concepts différents… comment s’entendre dans des conditions pareilles ?
Et Wilfried (pseudo), jeune romancier flamand, en rajoute : « Pays fait par et pour la bourgeoisie du XIXem siècle, ignorante et inconsciente des soucis du peuple. »
L’union, si paradoxalement présente dans la devise du Royaume (« L’Union fait la Force »), suppose une communion entre un « Je » et un « Tu » qui se fondent dans le « Nous ».
Pour que cette communion se fasse, il faut un dénominateur commun, l’amour entre un homme et une femme, un intérêt supérieur ou ce quelque chose qui soude un peuple et qui fait qu’il se sente « un ».
En France, c’est la République qui a fondé la nation française après que le Roi, son dénominateur, ait été renversé et exécuté ;  et cette République n’a rien eu de plus pressé que d’uniformiser la jeune nation : tout le monde désormais devra parler la même langue, accepter les mêmes lois, jouir des mêmes droits, adopter les mêmes unités de mesures…
Et c’est ainsi qu’un « Nous » s’est formé, petit à petit, transcendant le « Je » et le « Tu » originels.
Le « Je », vous l’aurez peut-être observé,  « n’est » qu’à partir de sa reconnaissance par l’autre. C’est autrui qui vous conforte dans votre identité. Si personne ne vous dit que vous êtes ceci ou cela, personne, ne vous reconnaît comme tel, vous n’en serez pas conscient. Et dès lors que vous voilà reconnu, vous vous trouvez intégré dans une identité que vous acceptez et intégrez dans votre être… ou pas.
Un « Je »  sans référence extérieure conduit à l’autisme, à l’exacerbation de l’ego et au cloisonnement social et affectif. Le « Nous » est un destination naturelle de l’ego.
La délitescence du « Nous » entraîne le recours à l »Eux ». « Eux », c’est ce qui n’est pas « Nous », les autres qui sont hors de la communion, qui la mettent en péril ; dans un couple c’est le « Lui » qui apparaît quand le couple se meurt. Un conjoint donnera du « Il » (ou « Elle ») au terme de l’union, alors qu’avant c’était le « mon » ou le « ma » qui prédominait.
La délitescence du « Nous » résulte du refus de reconnaissance, donc d’acceptation de son contenu. Dans un couple, ce sont les conjoints (ou un des conjoints)  qui ne se reconnaissent plus, dans un pays, ce sont ses composantes (ou l’une de ses composantes) qui ne reconnaît plus l’autre.
Fragilité du couple. Fragilité d’une nation. Mais si les mariages de raison existent et même prospèrent- pourquoi pas ? – une nation de raison n’existe pas. Même en Suisse !
C’est qu’une nation ne se définit pas seulement par l’histoire, la langue ou l’intérêt économique commun, une nation ne naît qu’au terme d’une volonté commune forgée par ce qui précède mais aussi par ce désir d’assumer ensemble une destinée à la mesure de ses aspirations. C’est le cas des Suisses.
J’ai vu, en Belgique, des Flamands soucieux de se retirer d’une nation dans laquelle ils ne se reconnaissent pas, dans laquelle certains ne se sont jamais reconnus. Faut-il le regretter ? Ce n’est pas à moi de le dire. J’assiste au spectacle d’un couple qui se désunit et sera séparé aujourd’hui ou demain peut-être, mais certainement.

1b
Monsieur Leterme (Flamand), soucieux et chargé de former un gouvernement

18:09 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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