10/11/2007

Cheminer & philosopher

"Caminante, no hay camino, se hace camino al andar" *

 

 

« Le point commun entre le marcheur et le philosophe : ils n’ont d’autre but que de cheminer. Comme l’écrit Jaspers, philosopher, c’est être en route. » (Christophe Lamoure dans Le Matin Dimanche, Suisse)

Je la trouve juste cette phrase, encore qu’on puisse me rétorquer : marcher pour quoi, vers où ?

Dans une société où il faut aller de plus en plus vite, trouver sans délai, voilà que le philosophe prône un petit bonhomme de chemin. Prendre son temps, réfléchir à l’aise en se promenant… ah ! les péripatéticiens !

Rien de plus antagoniste à la mode ambiante. On nous donne en exemple un Président agité, on confond joie de vivre et remous vains et rieurs. Le calme n’est pas l’antichambre de la mort, le silence est chapitre du solfège.

Aller où ? Eh bien, justement, il n’y a pas de destination.  On verra bien. Vous imaginez-vous dans une agence de voyage acheter un billet pour une destination inconnue. J’en connais qui relèveraient le défi, il en existe encore, mais combien ?

Aujourd’hui, on veut des assurances. Pour tout. La vie, la mort, les mains, les seins, et l’on en souscrirait même sur le conjoint, l’amour qui ne vient pas, qui s’en va, la pluie qui tarde et le succès aux examens.

Et puis, dites-moi, les gens veulent-ils aller quelque part ? Leur chez soi, leur conjoint, leurs mômes qui grandissent, quel dommage ! la petite bouffe, le petit coup, la petite extase du week-end, la petite retraite, les petites obsèques et le chrysanthème jaune du jour des morts.

Mort à crédit !

« Les gens ont l’impression qu’ils ne pourront plus changer le monde, alors ils préfèrent changer de canapé » (Alain de Botton, Le Figaro 21/09/07)

Et c’est plus facile le canapé… encore qu’un canapé conserve des souvenirs. Surtout chez Monsieur M. Proust, Marcel. Mais que valent encore les souvenirs dans un monde où il importe de tout recommencer à zéro ? On jette tout, on garde rien ! La vie comme emballage !

Plus facile, le canapé… le conjoint, c’est plus dur, la vie… parfois impossible.

Ah, il en faut pour changer le cours de son existence, cela ne se fait pas comme ça au bout d’un zinc, au troisième canon… la plupart s’en retournent chez eux en zigzaguant, oublieux, le lendemain, des serments de la veille… Et puis les gens ne veulent pas changer, ils sont indécrottablement  conservateurs, petits-bourgeois comptables de leurs quelques malheureux deniers… de leurs rares instants de bonheur négocié.

Petites gens, petits bonheurs parfois, grands malheurs toujours…

Il en reste du chemin à parcourir pour atteindre ces rives lumineuses  dont parlent les poètes.

Vous me répondrez que les poètes rêvent tout haut et qu’on en a rien à…

Et vous aurez raison.

Il n’y a plus de poètes…

« Nous n’habiterons pas toujours ces terres jaunes, notre délice… »  (St John Perse)

2.01
* Antonio Machado: "Cheminant, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en cheminant"

 

 

 

 

 

 

17:13 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Je suis ouvrier, et j'aurais bien aimé faire des études de philosophie, alors j'essaie d'apprendre par moi-même, je débute seulement... Je vous propose, sans rire, d'aller prôner "un petit bonhomme de chemin" sur les lieux de travail... Tout le monde ou presque rève de cela, ralentir, prendre le temps. Parfois je me dis, on veut tout, le plus vite possible et pour le moins cher possible. Cette course folle n'est-elle pas le résultat de cela? Pourquoi aurait-on besoin d'esclaves? Pour qui se prend-on? Je trouve qu'il y a de moins en moins de respect pour ceux qui travaillent pour assurer les besoins essentiels. On fait semblant. On a de grands discours politiquements corrects. Pendant ce temps-là les autres triment, triment, à s'en user la santé, ils vivent moins vieux. Et on se complaît à de belles idées étherées, bien au-dessus de ces ridicules préoccupations matérielles. Et si, dans les écoles de philosophie, on proposait des expériences de travail très concrètes dans les usines, les services sociaux, les exploitations agricoles, pour servir de bases à des réflexions? Et aussi des promenades dans la nature...

Écrit par : Francis | 10/11/2007

Cher Francis, Vous avez parfaitement raison. Mais qu'on ne se fasse pas d'illusions, le néo-libéralisme étant ce qu'il est, on vous fera crever pour la plus grande gloire du profit et sans scrupules avec ça. Voyez le nombre d'ouvriers contaminés mortellement par l'amiante et les scandaleuses dénégations du patronat, écoutez des phrases du style: travailler (encore plus) pour gagner plus. L'irrespect pour le monde du travail va de pair avec le désir qu'à le patronat d'en finir avec ce dernier, les ouvriers sont les vecteurs de la révolution, supprimons les ouvriers ! Voilà leur mot d'ordre, et le pire c'est qu'il réussissent !
Cette semaine, en France, il y aura des grèves, pourquoi le privé n'accompagne-t-il pas le public ? Parce qu'il a peur: peur des licenciements, du chantage à l'emploi et aux délocalisations. Les patrons sont des voyous !
Aujourd'hui, comme hier, Francis, il nous faut la Révolution, c'est elle et elle seule qui nous permettra de remettre les choses à l'endroit !
Mais pour la Révolution, il faut des révolutionnaires !

Écrit par : Mitso | 11/11/2007

J'ai un problème, Je n'aime pas la violence et j'aime la liberté. Dans la petite Belgique, s'il y a beaucoup de choses à critiquer, il faut tout de même avouer que l'on a toujours pu résoudre les problèmes avec le moins de violence possible. Je ne sais pas si l'on peut imposer par la force une morale, contre le profond désir de liberté des gens. J'ai le sentiment que cela a l'effet contraire, que cela rend les gens réactionnaires. Regardez la Russie! Il me semble que derrière la volonté de révolution, il y a souvent de la haine, du ressentiment, une volonté de revanche. Je pense qu'il y a des voyous et des pervers dans tout les milieux. J'ai l'impression que l'amour, et l'autolimitation de nos besoins pourra sauver le monde, mais je ne sais pas comment. Les petits progrès au jour le jour, par la voie démocratique sont peut-être les seuls possibles? Et les grandes utopies très dangereuses? Angéliques? J'ai aussi l'impression que ce qui manque, c'est une vraie éducation à la vie sociale et à la pensée, par des expériences concrètes, dans les écoles, surtout les moins favorisées. En tout cas personellement j'ai n'ai pas appris grand-chose dans le domaine à l'école. Si par révolutionnaire, vous voulez dire Gandhi, Tolstoï, Martin Luther King, là je suis d'accord, mais avaient-ils un vrai projet concret de société? En tout cas ils donnaient un meilleur exemple qu'un monarque anachronique comme chez moi qui donne l'image qu'il y aurait encore des gens qui auraient des besoins supérieurs de naissance ainsi que des qualités morales supérieures également! Je vous jure que cela influence encore plus qu'on le croit l'esprit des belges, j'ai parfois l'impression de vivre dans un pays de castes comme en Inde. Chacun dans son petit groupe. Bien, je vais arrêter! Quelle tartine! Je pense que j'écris cela pour moi, cela m'aide à y voir un peu plus clair. C'est pour cela que j'ai commencé mon blog, c'est comme une thérapie... Et ça marche! Ce n'est q'un début...

Merci pour votre réponse, bonne soirée à vous.

Écrit par : Francis | 12/11/2007

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