17/11/2007

Notre bonheur quotidien.

Le bonheur est une idée neuve. C’est Saint-Just, en 1793, qui déclare « Le bonheur est une idée neuve en Europe », il entendait par là qu’il fallait que l’Etat (révolutionnaire) s’occupât du bonheur de ses citoyens.
Le bonheur a toujours eu mauvaise presse. Le judéo-christianisme aidant, il fut regardé comme une futilité blâmable qui ne pouvait conduire l’adepte qu’à l’enfer, tant il est vrai que cette vie se déroule dans une vallée de larmes. Poursuivre le bonheur et rien que le bonheur était péché. Les Grecs ne valaient guère mieux. La vie des hommes est dominée par le Destin, la volonté des dieux, contre laquelle les mortels ne peuvent rien et qu’ils subissent sans savoir et sans espoir. Des philosophes, comme les épicuriens ou les stoïciens proposent aux hommes de supporter sans rien dire cette inéluctable fatalité. Toute tentative pour contrer, voire se rebeller, contre la toute puissance des dieux est punie de mort. Pauvre Socrate !
Et, quand on y pense, la vie n’est pas vraiment emballante. Elle se termine par la mort à laquelle nous sommes tous conviés. Et si notre mort peut ne pas être grave, la mort d’autrui nous affecte et peut même nous révolter, songez à la mort des enfants par exemple.
Et il n’y a pas que la mort. La maladie est là qui nous guette jeunes ou vieux, et certaines, nous le savons tous, sont « longues et douloureuses » comme le dit l’expression convenue.
Il y a de quoi, avouons-le, se faire bouddhiste, se mettre dans un coin, ne plus bouger et méditer sur l’impermanence des choses et des gens…
La question que je me pose aujourd’hui est la suivante : l’homme cherche-t-il un bonheur absolu ou relatif ?
Je m’explique. Et si l’homme, instinctivement, présupposait que le bonheur et rien que le bonheur est un objectif inaccesible ? Si « quelque chose » lui dictait de ne pas viser trop haut, que le bonheur et rien que le bonheur est folie et que le but à rechercher est un bonheur qui tienne compte des contingences ?
Cette deuxième supposition m’apparaît comme la plus réaliste et la moins difficile à comprendre. Il s’agit, ni plus, ni moins de faire « comme si », tout en sachant parfaitement que c’est « comme ça ».
Il doit y avoir en l’homme une sagesse enfouie qui lui conseille de tenir compte des contingences et de ne pas viser au-delà de ce qui lui est humainement possible. Le bonheur doit toujours être à l’aune de notre humanité.
On y arrive en vivant au présent. Le passé est annihilé à jamais et l’avenir n’est jamais là, ce qui compte c’est le présent. Chaque matin voit, pour nous, l’émergence du monde et c’est tout ce qui importe. Des plans sur la comète sont voués à l’échec, des regrets, des remords ne servent pas à grand chose. Seule la préhension du présent nous permet d’affirmer notre vouloir. Le présent, ne l’oublions pas, c’est la vie, c’est notre vie, sur laquelle nous imprimons, nous pouvons imprimer, notre marque.
« L’éternité du présent » dont nous parle Comte-Sponville, est le présent du devenir. C’est au présent que nous devenons ce que nous voulons.
C’est ainsi que nous pourrons aborder un bonheur qui, comme le pain, serait quotidien et rien de plus.
Et le poète, Pessoa a raison quand il parle de cette vie qui "est un mal qu'il faut savoir savourer"

 



 

11:02 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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