29/11/2007

Chichin, la culture et Céline.

C’était un des rares groupes que j’aimais écouter. Les Mitsouko (Mystère en japonais) sont en deuil, l’âme du groupe, Fred Chichin, le compositeur, arrangeur et guitariste, s’est éteint à cinquante-trois ans au bout d’un cancer foudroyant. Par ici la sortie ! Ciao l’artiste. !
 Gérard Lefort, maître es rosseries, change cette fois ci de registre et dans « Libération », page 27, nous brosse son portrait en quelques lignes, extrait :
« Ce type là, mon vieux, il est terrible. Un style, une classe folle de dandy des abattoires, entre Jésus la Caille rôdant à la Villette et Fred la teigne, le surineur de Pigalle. Un monde de costumes imaginaires, de déguisements d’enfants, où Chichin flottait, fantomatique et séduisant, en marlou idéal de la rue de Lappe, traînard oisif du Bal à Jo, époque entre deux guerres, mi gigolo, mi danseur mondain. Pour tout dire : un chic de marlou »
Un morceau d’anthologie, je vous dis !
Voilà, les histoires d’amour finissent mal…en général !
On croyait avoir tout dit et entendu des « Variations Goldberg » depuis le temps où Gould les avaient explorées de toute l’étendue de son talent, immense comme tout le monde en convient.
Et puis, Madame Zhu Xiao Mei, s’y attaque, timide mais téméraire et nous livre une version faite de développés calmes et ordonnés qui s’enchaînent sous ses doigts maîtrisés. Elle nous offre une version feutrée et douce où les variations nous apparaissent comme auréolée d’une nouvelle lumière, rasante comme un soleil d’hiver. Très beau !
Toujours dans « Libération », je lis dans le supplément littéraire, que David Alliot publie les lettres que Louis-Ferdinand Céline envoyait  à Marie Canavaggia depuis son exil danois. Moi qui me demandait ce que j’allais m’offrir comme cadeau pour Noël, me voilà avec un souci de moins.
Celine, on ne le lira jamais assez. On devrait nous en gaver au moment où le français fout le camp et que le magazine « Time » titre en couverture : « The death of french culture ».
Sans point d’interrogation, s’il vous plaît ! »Le pays de Proust, Monet, Piaf et Truffaut a perdu son statut de superpuissance culturelle » lit-on dans l’incipit de cet avis de décès.
Exagération ? A peine !
Les pays anglo-saxons ne s’intéressent plus à ce qui se passe hors leur zone d’influence, la culture chez eux et, chez nous aussi quoi qu’on dise, est devenu une marchandise qui obéit à des lois comptables et à l’impératif de rentabilité.
Même si ce constat est excessif, il n’en reste pas moins que la maison (de la culture) brûle, et ce n’est pas en dénonçant le désert culturel anglo-saxon qu’on fertilisera le nôtre.
Revient Céline !

2.09.3
Céline

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28/11/2007

Wittgenstein et la croyance.

Quel est le fondement de nos croyances ? Wittgenstein dans « De la certitude », fragments 158-166, s’interroge sur le fondement de nos croyances.
Nous pouvons nous poser la question : A l’instar du mieux qui n’est pas le bien, trop de scepticisme, n’entraîne-il pas un relativisme stérile ?


« Enfants, nous apprenons des faits, par exemple que tout homme a un cerveau, et nous y ajoutons foi. Je crois qu’il y a une île, l’Australie, qui a telle forme etc… je crois que j’ai des aïeux, que les gens qui se donnaient pour mes parents étaient réellement mes parents etc… Cette croyance peut ne jamais avoir été exprimée, et même la pensée qu’il en est ainsi peut ne jamais avoir été pensée.
L’enfant apprend en croyant l’adulte. Le doute vient après la croyance.
J’ai appris une masse de choses, je les ai admises par confiance en l’autorité d’être humains, puis au cours de mon expérience personnelle, nombre d’entre elles se sont trouvées confirmées ou infirmées.
Ce qui est écrit dans les manuels scolaires, dans le livre de géographie par exemple, je le tiens en général pour vrai. Pourquoi . Je dis : Tous ces faits ont été confirmés des centaines de fois. Mais comment le sais-je ? Quel témoignage en ai-je ? J’ai une image du monde. Est-elle vraie ou fausse ? Elle est avant tout le substrat de tout ce que je cherche et affirme. Les propositions qui la décrivent ne sont pas toutes également sujettes à la vérification.
Y-a-t-il quelqu’un pour jamais vérifier si cette tabble qui est là y reste lorsque personne ne lui prête attention ? Nous vérifions l’histoire de Napoléon, mais non si tout ce qui nous est rapporté de lui repose sur l’illusion ou l’imposture ou autre chose de ce genre. Oui, même si nous vérifions, nous présupposons déjà, ce faisant quelque chose que l’on ne vérifie pas.
Vais-je dire maintenant que l’expérimentation à laquelle je me livre, p.ex. pour vérifier une proposition, présuppose la vérité de la proposition selon laquelle l’appareil que je crois y voir (et autrees choses de ce genre) est réellement ?
Vérifier, cela n’a-t-il pas un terme ?
Un enfant pourrait dire à un autre : « Je sais que la terre est vieille de plusieurs centaines d’années » et cela voudrait dire ; je l’ai appris.
La difficulté c’est de nous rendre compte du manque de fondement de nos croyances. »

10.02
Croyance

17:19 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/11/2007

Soyez extraordinaires.

Ne menez pas une vie ordinaire. Votre vie est exceptionnelle, vous ne la vivrez qu’une fois, alors n’en faites pas quelque chose de banal.
C’est vite écrit , cela, car, si l’on y réfléchit, tout se conjugue pour vous faire passer la vie la plus ordinaire qui soit. « Tout », c’est la vision bourgeoise de la vie, celle préoccupée par le « bien être », ou la vision marxiste qui vous voit comme « producteur.
Ne vivez pas pour être simplement « bien » ou pour produire, ou pour consommer comme le veut la vision capitaliste libérale.
 »Les petits et vulgaires plaisirs », comme les appellaient Tocqueville, fuyez-les !
Partez à la recherche de votre « authenticité ».
Là aussi, c’est vite écrit. C’est quoi l’authenticité ?
C’est marquer votre positionnement face à l’autre. L’autre c’est celui qui n’est pas comme vous. Ce sont vos parents, c’est votre conjoint, ce sont vos amis, vos collegues, vos ennemis.
Tous, sans exception,  ils vous veulent saisir comme il l’entendent. Vous les connaissez ces parents abusifs qui voient en leurs enfants une projection de leur ego. Vous le cotoyez peut-être ce conjoint qui vous veut à sa convenance (pour lequel vous devez con-venir) ; ces amis et collègues qui ne vous voient qu’à travers leur prisme et ces ennemis qui ne veulent pas vous voir.
Face à eux, faites-vous voir. Pas nécéssairement tels que vous êtes ou qu’ils croient que vous êtes. Comment pouvez-vous savoir réellement comment vous êtes ? Mais au moins tel que vous, vous croyez que vous êtes.
Pour opérer cela, vous devrez être votre témoin. Vous devrez vous regarder et juger comme on regarde et juge un acteur et vous remettre en jeu. C’est cela le positionnement.
Ce dernier réclamera de vous des remises en cause, des revirements, des abandons, des prises de positions que vous n’envisagiez pas.
Faites-le ! Trompez-vous, s’il le faut, n’ayez pas peur !
Dès votre naissance vous avez été programmé par un environnement que vous n’avez pas choisi. Remettez-le en question. Jugez-le. Jugez-vous. Jugez-vous tout le temps !
Affirmez-vous, s’affirmer c’est mettre en œuvre son autonomie. Soyez nihiliste pour mieux combler non pas le vide, mais votre propre vide.
Partez de ce principe tout à fait faux, sachant que tous les principes le sont :
 l’évasion est laRaison !
 Et une fois dehors, bâtissez votre propre palais, rédigez vos codes, tracez votre route.
Mais ne soyez pas prisonnier de ce palais, astreint aux codes et à l’itinéraire. Prenez de la hauteur, revoyez tout cela. La Révolution est permanente. C’est inconfortable ?. La vie authentique n’est pas le confort !
Nous vivons une ère de technicité où la question principale que se pose notre voisin est : comment ?
Vous, demandez-vous plutôt : pourquoi ?
A « comment ? », on trouvera toujours une réponse. Réponse technique à question technique .
A « pourquoi ? », interrogation philosophique, la réponse sera plus difficile. Si réponse il y a.
Et s’il n’y a pas de réponse, eh bien, vivez avec ce vide !. Ce vide sera un Mystère, n’ayez pas peur des mystères, vous êtes un mystère, vous aussi.
Mais dites-vous bien que vous n’êtes pas seul. Les autres ne sont pas seulement des ombres, ils interfèrent en vous comme vous interférez en eux.
Allez vers l’autre, mais n’y allez que si vous vous sentez fort. Mieux vaut une glaciale solitude qu’une tiède convivialité.
Et si vous vous sentez fort, n’oubliez pas que vous êtes faible.
Si vous êtes fort, vous n’aurez pas peur de l’autre. Vous le jaugerez, vous l’admettrez dans sa diversité et cette diversité vous l’accueillerez sans préjugés. Vous savez que vous pourrez partir à tout moment.
Et quand vous serez parti, songez au retour !
Soyez extra-ordinaires !

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22/11/2007

Révolution permanente.

Quand dans un pays les riches deviennent plus riche, et les pauvres plus pauvre, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans la République. Et c’est pourquoi les gens sont dans la rue.
La vie est une Révolution permanente. A l’instar de la révolution de la Terre autour du soleil, notre vie ne peut s’arrêter. Pour nous, l’univers recommence et tous les jours, les choses sont à remettre à leur juste place. L’homme qui s’arrête, est mort. Mort, non pas physiquement, mais essentiellement, il n’est plus qu’un élément passif qu’entrâine le cours des choses.
Sans cesse il nous faut penser, ne pas nous contenter des solutions trouvées, les remettre à l’aune de notre esprit critique, toujours juger, toujours jauger.
Ah ! je sais, ce n’est pas pratique, ce serait plus simple de se dire que la formule idéale on l’a trouvée une fois pour toute, ou pire… faire sienne la formule d’un  (ou d’une…) autre, gourou  coach ou que sais-je encore …
Remarquez que c'est ce que fait la majorité des gens: ils trouvent leur "petite vérité et n'en démordent plus". C'est tellement rassurante et facile que de se savoir investi d'une vérité éternelle.
San cesse remttre en question ce que l'on a trouvé, ce n'est pas du relativisme absolu. Il faut écouter, lire, voir, comparer, adopter… L’important c’est d’intégrer en soi, sans heurts, sans tiraillements, ce qu’il nous semble bon, juste et vrai… pour la journée d’aujourdhui et, peut-être, pour celle de demain.
C'est une manière d’être et de faire qui peut convenir toute une vie.
Les credo sont une excellente chose en matière de foi, une foi sans credo, ce n’est qu’une opinion, pas une foi. Mais la foi s’arrête là où commence notre interrogation et fait place à notre faculté de discernement.
Il en va de même en politique. Juger les actions de ceux qui nous gouvernent n’est pas seulement souhaitable, c’est obligatoire si l’on veut se réclamer de la qualité de citoyen.
L’action d’un gouvernement se fait au jour le jour en fonction d’un programme défendu devant le Parlement qui l’a approuvé. Cela ne signifie pas que ce programme doive être figé une fois pour toute, car la vie continue, les facteurs économiques et sociaux qui étaient ceux d’il y a six mois, ne sont plus les mêmes quelques temps après. D’où le devoir de remettre en question, de rappeler la contingence des évènements et de réclamer un ajustement au cours du temps.
Chez moi, les cheminots sont dans la rue, les fonctionnaires y étaient, les étudians y sont toujours, magistrats et avocats râlent dans leur coin et les buralistes sont à Paris.
Neuf-cent mille jeunes sont en danger, dénonce un rapport. Ils boivent trop d’alcool et sont tentés par les drogues dures. L’analphabétisme est en progresson, la violence conjugale ne désarme pas, une femme, tous les trois jours, meurt des suites de ces violences, un homme tous les treize…
Le salaire minimum ne permet pas à certaines catégories qui travaillent à temps complet de payer un loyer dans une grande ville. Il y a des fonctionnaires qui se retrouvent en grande précarité.
Alors, aujourd’hui comme hier, c’est cette révolution permanente que j’appelle de mes vœux. Elle n’est rien d’autre que remettre les choses à l’endroit en faisant fi des croyances, des opinons et autres doctrines figées. Remettre de l’ordre là où il n’y en a pas, de la justice quand elle est dramatiquement absente, rétablir des pans de vérité à défaut de la Vérité tout court, n’est-ce pas la tâche la plus noble qu’il incombe à l’homme d’accomplir ?  

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19/11/2007

Un "monde imaginal".

Dans mon dernier papier, j’écrivais que le bonheur ne peut se faire qu’en vivant le présent qui est le devenir en action. Evoquer le passé, espérer en l’avenir, c’est se tourner vers ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore, c’est-à-dire le néant.
Mais vivre le présent, cela signifie quoi ?
On pourrait répondre que c’est tout simplement manger, boire, faire ses courses ou son travail et, le soir venu, se coucher. Les tenants du zen résument cela par la phrase : « Quand je mange, je mange, quand je dors, je dors ! »
Réduire le présent à cela serait pour le moins réducteur. C’est bon pour mon chat ou votre toutou.
Le présent, qui est, je le répète, le devenir de l’a-venir, ne peut être marqué de notre volonté par cette simple conformité aux besoins physiques et sociaux, il faut autre chose.
Entre le monde sensible (ce que je vois, ressens, touche etc…) et celui des concepts de l’entendement (le Beau, le Vrai, le Juste, le Bonheur etc…) n’y a-t-il pas une place intermédiaire qui ne soit pas celle de l’imaginaire et du phantasme ?
Les premiers à l’avoir compris et comblé furent les poètes et les artistes qui « imaginèrent » un monde connotant les deux premiers. A l’épure du quotidien, ils ajoutèrent un monde d’images reliant le sensible à l’intelligible.
Ce monde n’est pas celui d’une imagination débridée qui ne sécréte que de l’imaginaire mais qui constitue une réalité sui generis, vision d’un monde sensible.
C’est une « réalité en acte ». L’action du Beau, du Vrai, du Bonheur.
C’est une imagination active qui relie l’être (au quotidien) et le connaître.
Ce monde intermédiaire, le philosophe et orientaliste Henry Corbin l’appelle le « monde imaginal ». Il matérialise les formes sensibles et imaginalise les formes intelligibles auxquelles il donne figure et dimension. C’est un monde de l’icône, de l’image.
Explicitons cette notion :
Nous ne pouvons saisir l’essence de la Beauté, du Vrai ou de Dieu, comme ça, sans support auquel nous puissions nous raccrocher. L’essence de la Beauté suscite en nous l’image d’une œuvre d’art, la grâce d’un poème ou l’harmonie d’une partition.  Et le contraire est vrai aussi. L’essence de Dieu nous pouvons (le cas échéant) la trouver dans la création, la nature, l’infini de l’espace. Je ne sache pas qu’il soit possible de l’approcher sans ce support qui s’offre à nos sens et à notre intellect.
Je puis contempler un paysage qui ne me dit rien. Dans ce cas, je ne saisirai pas sa beauté. Je le verrai de mes yeux et rien de plus. Si par contre, je contemple un paysage que je trouve sublime, c’est l’image qui s’offre à mes sens qui est sublimée et qui se mue en apparition (épiphanie)  de la Beauté et me fait saisir son essence.
Dans ce cas, Henry Corbin écrit que l’on ne voit pas avec ses yeux d’hommes, mais avec des yeux de feu.
Il en va de même pour le Vrai, Dieu ou la Sagesse.
Notre bonheur quotidien, je le conçois ainsi, fait de ces petites choses de rien du tout que sont boire, manger, travailler, mais aussi de cette vision d’un monde imaginal qui nous invite, à chaque moment, à saisir l’essence du Beau ou de la Joie.
Se tourner vers ce monde est une conversion à la Beauté et au Bonheur, une conversion féconde tant il est vrai que la Beauté et le Bonheur ne vont que vers ceux qui les recherchent ardemment.

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17/11/2007

Notre bonheur quotidien.

Le bonheur est une idée neuve. C’est Saint-Just, en 1793, qui déclare « Le bonheur est une idée neuve en Europe », il entendait par là qu’il fallait que l’Etat (révolutionnaire) s’occupât du bonheur de ses citoyens.
Le bonheur a toujours eu mauvaise presse. Le judéo-christianisme aidant, il fut regardé comme une futilité blâmable qui ne pouvait conduire l’adepte qu’à l’enfer, tant il est vrai que cette vie se déroule dans une vallée de larmes. Poursuivre le bonheur et rien que le bonheur était péché. Les Grecs ne valaient guère mieux. La vie des hommes est dominée par le Destin, la volonté des dieux, contre laquelle les mortels ne peuvent rien et qu’ils subissent sans savoir et sans espoir. Des philosophes, comme les épicuriens ou les stoïciens proposent aux hommes de supporter sans rien dire cette inéluctable fatalité. Toute tentative pour contrer, voire se rebeller, contre la toute puissance des dieux est punie de mort. Pauvre Socrate !
Et, quand on y pense, la vie n’est pas vraiment emballante. Elle se termine par la mort à laquelle nous sommes tous conviés. Et si notre mort peut ne pas être grave, la mort d’autrui nous affecte et peut même nous révolter, songez à la mort des enfants par exemple.
Et il n’y a pas que la mort. La maladie est là qui nous guette jeunes ou vieux, et certaines, nous le savons tous, sont « longues et douloureuses » comme le dit l’expression convenue.
Il y a de quoi, avouons-le, se faire bouddhiste, se mettre dans un coin, ne plus bouger et méditer sur l’impermanence des choses et des gens…
La question que je me pose aujourd’hui est la suivante : l’homme cherche-t-il un bonheur absolu ou relatif ?
Je m’explique. Et si l’homme, instinctivement, présupposait que le bonheur et rien que le bonheur est un objectif inaccesible ? Si « quelque chose » lui dictait de ne pas viser trop haut, que le bonheur et rien que le bonheur est folie et que le but à rechercher est un bonheur qui tienne compte des contingences ?
Cette deuxième supposition m’apparaît comme la plus réaliste et la moins difficile à comprendre. Il s’agit, ni plus, ni moins de faire « comme si », tout en sachant parfaitement que c’est « comme ça ».
Il doit y avoir en l’homme une sagesse enfouie qui lui conseille de tenir compte des contingences et de ne pas viser au-delà de ce qui lui est humainement possible. Le bonheur doit toujours être à l’aune de notre humanité.
On y arrive en vivant au présent. Le passé est annihilé à jamais et l’avenir n’est jamais là, ce qui compte c’est le présent. Chaque matin voit, pour nous, l’émergence du monde et c’est tout ce qui importe. Des plans sur la comète sont voués à l’échec, des regrets, des remords ne servent pas à grand chose. Seule la préhension du présent nous permet d’affirmer notre vouloir. Le présent, ne l’oublions pas, c’est la vie, c’est notre vie, sur laquelle nous imprimons, nous pouvons imprimer, notre marque.
« L’éternité du présent » dont nous parle Comte-Sponville, est le présent du devenir. C’est au présent que nous devenons ce que nous voulons.
C’est ainsi que nous pourrons aborder un bonheur qui, comme le pain, serait quotidien et rien de plus.
Et le poète, Pessoa a raison quand il parle de cette vie qui "est un mal qu'il faut savoir savourer"

 



 

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15/11/2007

Le drame des stoïciens.

« 21. Si les vertus [virtutes] sont égales entre elles, il est nécessaire que les défauts [vitia] aussi soient égaux. Et il est très facile de voir que les vertus sont égales : il ne peut exister un homme meilleur qu’un homme bon, plus modéré que modéré, plus courageux que courageux ou plus sage que sage. Appellera-t-on homme de bien celui qui rendra une somme déposée sans témoin alors qu’il pouvait impunément gagner dix livres d’or, s’il n’a pas agi de la même manière pour un dépôt de dix mille livres ? Fait-il preuve de modération [temperantem], celui qui aura retenu ses désirs [qui se in aliqua libidine continuerit] un jour, et y aura cédé le lendemain ?

22. La vertu est une, en accord avec la raison et la constance parfaite [consentiens cum ratione et perpetua constantia]; rien ne peut s’y ajouter pour qu’elle soit davantage de la vertu, rien ne peut s’en retrancher pour qu’il n’en reste que le nom. Et si vraiment les bonnes actions ont été faites honnêtement [recte] et que rien ne soit plus honnête [rectius] que ce qui est honnête, il est bien évident qu’on ne peut rien trouver de mieux que le bien. Il s’ensuit que les défauts sont égaux, si du moins on a raison d’appeler défauts les mauvaises dispositions de l’âme [pravitates animi]. Or puisque les vertus sont égales, les actions honnêtes provenant des vertus doivent être égales, de même que nécessairement les mauvaises actions, émanant des défauts, sont égales. »

Ciceron : Les Paradoxes des Stoïciens

Le sage est infaillible, il n’est sujet à aucun trouble, il est parfaitement heureux quellles que soient les circonstances ; il est seul libre, seul riche, seul bon roi, seul bon artisan, la sagesse n’a pas de degrés, tout ce qui n’est pas parfait est également vicieux etc…
C’est Plutarque qui, le premier, a utilisé cette expression : « Paradoxes des Stoïciens ». A raison.
Les stoïciens voyaient en la nature, la norme infaillible règlant toute l’action des choses animées et inanimées. La contemplation de cette dernière, son imitation était l’œuvre du sage. Aller à l’encontre des lois de la nature était péché d’orgueil ou ignorance funeste.
Ah ! on les connaît ces philosophes un peu austère, manichéens sans se l’avouer et pareils a des acteurs conscients que la vraie vie n’est pas sur scène mais dans des coulisses feutrées.
Zenon, Cleanthe, Chrysippe, Sénèque, Epictète et Marc-Aurèle illustrent parfaiement cette doctrine de l’indifférence avec ce divin orateur que fut Ciceron.
Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts, leurs successeurs ont réalisé que cette nature qu’ils prenaient pour modèle n’est pas ordonnée, encore moins parfaite, qu’elle obéit aux lois du hasard et qu’elle n’est pas plus l’ennemie que l’amie des créatures qui la peuplent. Elle est indifférenciée.
La vertu et le vice vont de pair. A croire qu’il n’y aurait pas de vertu sans vice. La vertu d’aujourd’hui ne fut pas  celle d’hier et le vice, lui-même est sujet à controverse. Le bien et le mal ont été déconstruits par Nietzsche et ses disciples. Le bien doit sans cesse être poursuivi, le mal ne peut être éradiqué. Ce qui fut exemple pour les uns devient repoussoir pour les autres.
Ils crurent, ces sages, que se mettre en retrait du « vulgaire » était l’attitude de l’homme noble insensible aux rumeurs de la foultitude. Or la vie vie est faite de bruits, de va et de vient qui interpellent tout un chacun. Se retirer sous sa tente vaut un temps, pas une vie.
Ils croyaient en la raison ; la suite, hélas ! prouva qu’ils avaient tort.
Aujourd’hui, le sage s’implique, au risque de se tromper, de choisir le mauvais camp, au risque de perdre son aura, mais il n’en a cure. Il sait que vertu, vice, bien et mal sont sujets à multiples cautions et remises en cause.
De la nature, il ne sait qu’une chose : elle est capricieuse et au fur et à mesure que l’on perce ses secrets, d’autres, encore plus opaques, nous lancent un défi.
Pourtant, quelle noblesse, quelle majesté dans leur pensée austère, épurée, transparente.
Et quel dommage que les choses ne soient pas comme ils le pensaient.

2.01

 






 

 

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