04/12/2007

Un café, une jeunesse et Modiano.

Modiano n’écrit pas toujours le même livre. Il écrit un livre auquel, tous les trois ou quatre ans, il ajoute un chapitre. « Le café de la jeunesse perdue » est donc le dernier volet d’une histoire inaugurée en 1978 avec le somptueux « Rue des boutiques obscures » (Prix Goncourt).
Nous retrouvons dans ce café toutes les marques modianesques :  « zones neutres » dans un Paris nocturne qui se perd dans un temps qui n’est plus et ne reviendra pas, zones surréelles où se meuvent des personnages interlopes dont l’imaginaire transcende les ombres qui les parent de leur halo blafard. Endroits qui, pareils à des aimants, attachent les souvenirs et nourissent les expectatives ls plus désspérées.
Et c’est le cortège de ces héros élégiaques dont on ne sait rien du passé, sinon de vagues supputations qui se perdent dans les rues en pentes d’un Paris en marge.
Et au milieu d’eux, la silhouette de Louki, héroïne discrète qui donne le la.
Dans son dernier roman, Modiano inaugure le quatre voix, quatre personnages qui, chacun à leur tour prennent la parole et nous livrent leur vision de ce café, dans ce quartier qui n’est plus, qui peut-être n’a jamais été que dans leur imagination, à l’instar de ces ombres qui le peuplent et qui font que : « les fantômes eux-mêmes étaient morts ».
Jeunesse perdue, monde perdu, Paris enfoui sous les strates du temps et des souvenirs.
Jamais sans doute, Modiano n’a été autant poète dans cet adagio automnal en ton mineur.
Mais, la question est posée, aime-t-on encore les poètes ?
Quand ils ne s’appellent pas Modiano !
« Dans cette vie qui vous apparaît quelques fois comme un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repères, dresser une sorte de cadastre pour n’avoir plus l’impression de naviguer  au hasard. Alors, on tisse des liens, on essaie de rendre plus stables des rencontres hasardeuses. » (page 50)

Patrick Modiano : « Le café de la jeunesse perdue » Gallimard, 149 pages, 14,50 euros.

2.05.01
Patrick Modiano

16:42 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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