08/12/2007

Hélène Grimaud et la musique.

2.05.01
 
Hélène Grimaud est-elle une extraterrestre ?
Vous le jugerez vous-mêmes à la lecture de la remarquable préface qu'elle a écrite pour cet enregistrement chez Deutsche Grammophon.
Elle interprète Corigliano (Fantasia on an ostinato for solo piano), Beethoven (Sonate n° 7 en ré mineur et Fantaisie pour piano, chœur et orchestre en do mineur) et Pärt (« Credo » for piano, mixed choir and orchestra).

Choix beau et eclectique, parfaite exécution, et cette surprise : la profonde préface que je vous livre sans commentaires avant que vous n’écoutiez ce remarquable disque.

 

 

"Pourquoi la musique existe-t-elle, sinon pour porter secours au plus malheureux, pour le sauver dans les pires circonstances, rendre son cœur à celui qui l’a perdu ? Ce n’est pas le musicien qui compte, ni la musique non plus. L’auditeur seul, et cette étoile qui se lève, inattendue et impossible, dans le ciel de sa tristesse ; la chaleur dans son froid ; l’espérance inconnue dans l’océan connu et tourmenté du désespoir. L’amour est là. Ni dans celui qui donne ni dans celui qui reçoit, ni même entre les deux : il est l’échange de l’un à l’autre. La musique est cet échange ; le musicien celui qui le commence.

Cette pensée, Shakespeare l’a faite sienne dans La Tempête, son ultime chef-d’œuvre, lorsque Prospero, le mage aux mille sortilèges, fait ses adieux au monde, pour renaître à lui-même, sur un autre plan, enfin libre. Il incarne l’espérance de l’amour à venir ; il rend sensible à chacun une sérénité ardente, mais détachée, qui survit sans l’effacer, à la tristesse de la tragédie, qui fait le fond de toute existence. Impossible de ne pas rapprocher la pièce de Shakespeare de la sonate en ré mineur de Beethoven, tant le lien d’une œuvre à l’autre a été souligné par le compositeur lui-même : la tempête de la passion. Une passion héroïque et contemplative qui a trouvé son terme dans une révélation parfaite pour le cœur.

Cependant, à une certaine hauteur, le cœur n’est pas disjoint de l’esprit qui le révèle. Ainsi l’esprit qui souffle dans la « Tempête » de Beethoven résonne dans sa Fantaisie chorale et dans le Credo d’Arvo Pärt : le texte de la Fantaisie célèbre l’avènement de la lumière, celui du Credo la foi en la bonté de Christ. Mais ce qu’expriment ces œuvres en profondeur, ce n’est pas tant un message philosophique ou religieux que l’illumination qui le porte et lui donne sens, par-delà les époques. Nous sommes sur le seuil : la musique est la clef. En chaque être se trouve un être, qui n’est pas encore mais qui doit apparaître peu à peu. A chacun de se transformer et de se renouveler en déplaçant le centre de gravité de sa conscience : il s’agit de ne plus se tourner vers soi-même, mais vers l’éternité. Dès lors, celle-ci commence dès cette vie. Avoir le sens de l’éternité, ce n’est pas mettre l’Eternel au-dessus du monde, c’est naître à une toute autre réalité, enchâssée dans la première, à un autre état de l’amour qui remplace le premier dans une conversion à la joie. Ainsi Beethoven prend-t-il la main tendue de Shakespeare, Corigliano celle de Beethoven – dans sa Fantaisie sur un ostinato fondée sur le fameux Allegretto de la Septième Symphonie -, cependant que Pärt fait résonner un prélude de Bach, tous unis dans une même ferveur. La question de la musqiue a peut-être trouvé sa réonse non dans le regret du passé, mais dans la création de l’avenir. Ce mouvement vers l’universel, vers un point de conciliation possible de tous les contraires, l’ai-je bien fait entendre à travers ce disque ? J’ai voulu en assurer le rythme. Il fut, il est, je le sais maintenant, le battement régulier de ma vie."

 

Hélène Grimaud

 
 

16:54 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

C'est Google qui m'a amené jusqu'à votre page suite à une recherche sur Hélène Grimaud.

Merci pour cette citation somptueuse, l'une des plus encourageantes pour la nouvelle année ! Les voeux devraient aussi se permettre un peu d'idéalisme de haut vol.

Écrit par : Adrien LANGLOIS | 02/01/2008

Les commentaires sont fermés.