11/12/2007

Sarkozy ou le pétainisme "soft"...

 Prenez le temps de voir cette interview d'Alain Badiou, le plus influent et le plus critique des intellectuels français, un des rares, hélas ! 

  
 
 
 
 
Si ce petit livre s’est assuré, en quelques semaines, un si grand retentissement, c’est qu’il formule correctement la question qui nous préoccupe, et qui n’est plus de savoir « qui est vraiment N. Sarkozy » (ça, tout le monde le savait [1] et chacun est responsable en conséquence), mais bien plutôt : que signifie son élection. Alain Badiou nous propose d’abord de disséquer un sentiment (« ce qui vous déprime, c’est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sakozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. » p. 28). Ce qui nous déprime, c’est de ressentir d’abord cette évidence contradictoire : Nicolas Sarkozy d’une part est le pur produit de la démocratie, et de ce qu’elle peut avoir de vicié, d’irrationnel (seule une démocratie à son paroxysme peut élire un tel démagogue). Mais d’autre part, nous voyons bien que ce qui nous dérange dans son élection est bien qu’elle est le résultat d’une offensive réactionnaire de restauration politique fondamentalement anti-démocratique. Comment penser cette contradiction ? D’abord en revendiquant, dans notre compréhension de la démocratie, la différence qu’il ne faut jamais cesser de faire entre son esprit et sa lettre. « Les juristes le savent, la règle trouve son équilibre dans l’esprit de la règle et non dans sa lettre. Elle vit d’être interprétée, ouverte, ou bien elle ne vit plus. Et, ne vivant plus, elle étouffe et devient meurtrière. Les violents sont toujours fondamentalistes, ils n’interprètent jamais la loi. Ils lui obéissent à la lettre, pour enquiquiner le monde en toute quiétude. Ils font du zèle, ils prennent tout au pied de la lettre, sans recul, sans humour, pour piéger leurs adversaires. » (Bertrand Vergely) [2] L’un des discours les plus fréquents depuis l’élection de N. Sarkozy n’est-il pas d’affirmer que, massivement élu, il n’y a plus aucune légitimité à s’opposer à son action, sauf à fouler aux pieds le scrutin démocratique ? Et n’est-ce pas précisément cet argument qui est avancé aujourd’hui constamment dans la rhétorique merdoyante des contempteurs de la grève ?

18:08 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Vous avez de la chance en France de bénéficier d'intellectuels de haut rang capables de délivrer une analyse pertinente de la vie démocratique de votre pays. Par ailleurs, ils osent prendre la parole et sont à la hauteur de ce qu'ils pensent !
En Belgique, cela n'existe pas et c'est une chose terrible. Il n'y a personne pour faire avancer et élever le débat. Que du contraire ! La crise se confine dans un espace exclusivement politico-
médiatique que rien ne vient perturber.
J'ai beaucoup apprécié l'intervention de BHL sur Kadhafi et dans un premier temps celle de Rama Yade. Cette dernière m'a déçue en rentrant dans le rang et en se soumettant de la sorte par la suite.

Bien à vous !

Écrit par : Sunyata | 11/12/2007

Proficiat ! Félicitation pour ce blog ! J'ai pris beaucoup de plaisir à le parcourir, et ai d'hors et déjà décidé de lire le dernier Alain Badiou.

Il est vrai qu'en Belgique, aussi, sous prétexte d'élection massivement gagnée, on estime que la critique est une insulte à la démocratie. D'un certain point de vue, je suis donc rassuré que nous n'en ayons pas l'exclusivité... quoique.

Écrit par : Bernard | 12/12/2007

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