27/12/2007

Self-islam ?

Il s'appelle Abdennour Bidar, il est Français et a trente-cinq ans. Il est le fils d'une mère française, médecin et convertie à l'islam.

Agrégé de philosophie, il enseigne sa discipline à l'Université de Nice.

En 2006, il a publié un essai remarqué : « Self Islam » (Seuil).

Sa thèse repose sur le constat suivant : d'une part, un Occident d'où le spirituel a été évacué ou anémié, de l'autre un islam où le spirituel est exacerbé, instrumentalisé à des fins politiques et contestataires et où la liberté est absente.

L'islam, écrit Bidar, est la deuxième religion en Europe, les musulmans en Europe, petit à petit, abandonnent leur ethno-centrisme et, spontanément ou par la force des choses, sont imprégnés par des valeurs occidentales de liberté et d'égalité.

Le danger est de voir une faction de l'islam en Europe réclamer une reconnaissance communautaire qui enfermerait les musulmans dans un ghetto religieux co-existant, plus ou moins pacifiquement,  avec les non-musulmans.

C'est la position défendue par Tarik Ramadan, pour lequel la société doit reconnaître le fait islamique afin que l'islam reconnaisse le fait sociétal.

Il y aurait, dès lors, au sein de la société européenne, des « communautés » régie par leurs propres lois et traditions, différentes des lois et traditions des autres citoyens.

C'est une tentation qui a titillé longtemps la Grande-Bretagne avec les résultats que l'on sait : laxisme coupable à l'égard des extrémistes religieux.

Bidar, lui, va à l'opposé de cette revendication. L'Occident et ses valeurs de liberté et d'égalité, issues d'une laïcisation de valeurs religieuses, sont une chance pour l'islam car elles permettront aux musulmans de mettre en œuvre leur liberté à accepter ou non ce qui en islam est obligatoire et interdit.

Le musulman européen serait celui qui choisit en fonction de sa liberté et de son inspiration religieuse.

« ...si Untel veut s'interdire quelque chose que le Coran présente comme interdit, si Untel veut s'obliger à quelque chose que le Coran définit comme une obligation, alors il faut lui en laisser le choix. Ce que le Livre interdit ou ordonne ne sont que des interdictions ou des obligations possibles. » (page 220)

Et il va plus loin encore : « Parmi tout ce que propose le Coran, de quelles pratiques ai-je personnellement besoin, ici et maintenant, pour conduire ma vie spirituelle ? » Untel n'aura besoin que de la prière, un autre du jeûne, un troisième encore d'égrener son chapelet comme le font les soufis » (page 221)

Il y a de quoi faire bondir les oulémas. C'est un véritable choix « à la carte » qu'il justifie ainsi : «  ...c'est une parole du Prophète - là encore un reflexe typique- qui énonce que le musulman, approfondissant sa démarche spirituelle, passe de l'islam (la soumission) à l'iman (la foi), puis de l'iman à l'ishan (l'excellence). Autrement dit , l'islam n'est que la première étape de l'islam...Ou pour l'exprimer plus clairement, le musulman est invité à dépasser l'islam comme soumission pour aller vers l'ishan. » (page 229)

Cette excellence, il la compare à l'arété d'Aristote, soit cette perfection que l'homme atteint quand il a découvert ce qu'il avait au fond de lui même et qu'il agit en fonction de sa nature profonde.

Hérésie vient d'un mot grec qui signifie « couper » ; l'hérétique « coupe » du texte ce qui ne lui convient pas. Est-il hérétique, Abdennour Bidar ?

Je laisse aux doctes muftis le soin de répondre, je constate simplement ceci : Bidar n'annule rien du Coran, il ne touche pas à son essence (Il n'y a qu'un Dieu et Muhammad est son Prophète), il déclare tout simplement que le Coran est un plateau sur lequel on prend ce qui convient à sa propre spiritualité. On s'oblige, on s'interdit librement. N'est pas un mauvais musulman pour lui, celui qui ne pratique pas les prières ou le Ramadan, ou le fait à son rythme. Le pélerinage à La Mecque n'est que l'extériorisation d'un voyage intérieur bien plus utile pour « ré-orienter » l'âme qu'un ticket d'avion aller-retour.

Bidar privilégie ainsi l'esprit à la lettre.

 

Sa thèse est séduisante. Elle pèche cependant sur un détail d'importance : elle s'adresse à des gens raisonnables, des gens qui ont un sens critique, qui réfléchissent et sont conscients de leur individualité.

Or la masse, des musulmans ou des autres catholiques, évangéliques, athées etc... , préfère croire que savoir, suivre plutôt que découvrir, obéir plutôt que réfléchir.

Suivre des rites sans se poser des questions est rassurants. Dire à un homme : fais ceci ; c'est bien, ne fais pas cela ; c'est mal,  le conforte... la foi du charbonnier...

Suivre un maître, plutôt que d'être son maître.

N'empêche Bidar est sympathique, lui qui a longemps vécu une schizophrénie  traumatisante : être Français, pure souche et, ... musulman

 

 2.09.3

 

 

 

 

 

16:43 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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