06/01/2008

La laïcité selon Sarkozy.

J'ai déjà eu l'occasion, ici, de définir la laïcité comme « le fait de ne considérer l'habitant de la cité  que dans sa seule et unique qualité de citoyen ».
Cela signifie que le concept de laïcité est un creuset dans lequel cohabitent toutes les croyances, les non-croyances, les idéologies et autres opinions diverses et variées.
La laïcité les accueille sans faire de distinction, sans prendre parti et dans un esprit neutre exempt d'hostilité ou de bienveillance.Elle n'est que le vêtement qui habille le corpus social.
Elle permet la cohabitation pacifique de toutes les opinions, de toutes les non-opinions.
D'où, mon inquiétude face au discours de M. Sarkozy à St Jean de Latran et son concept de « laïcité positive ».
Pour le Président de la République Française, sans croyances, il n'y a pas de corpus politique. La religiosité est diffuse et présente dans le jeu politique, il appartient, dès lors, à la laïcité de gérer ces croyances sur le mode « croyez en ce que vous voulez, mais croyez en quelque choses ».
C'est dénaturer totalement le concept de laïcité qui, lui, met la croyance entre parenthèses et comme relevant de la seule sphère privée. Le citoyen est citoyen, qu'il croie ou non. La société garantit la liberté de croyance, d'opinion, la liberté de culte, mais ne s'implique pas.
Dans son discours, le Président va plus loin, trop loin : « Celui qui ne croit pas ne peut soutenir en même temps qu'il s'interroge sur l'essentiel. »
De quel droit cette affirmation péremptoire ?
Seul le croyant si l'on suit M. Sarkozy, se pose des questions métaphyques. L'incroyant est un mécréant, jouisssant de l'existence inconscient des grandes interrogations qu'elle génère, et surtout étranger à cette « tendance naturelle partagée par tous les hommes » (toujours selon M. Sarkozy) que « le fait spirituel est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance ». Exeunt les athées, les agnostiques, les bouddhistes, les anismistes, les confucianistes qui ne croient pas en cette transcendance. C'est pour le moins réducteur !

Un discours pareil, que la presse n'a pas commenté (à l'exception de « Libération » et « Marianne »), vide le concept de laïcité de toute sa substance. Et porte en lui les germes d'un communautarisme religieux contraire à l'esprit de la République,  pour laquelle il n'y a que des Français, croyants ou non.
C'est une régression par rapport à ce qui était et elle témoigne, une fois de plus, que sous des dehors de « modernité », M. Sarkozy rétablit, en fait, une conception archaïque et conservatrice de la religion et de la morale.
Comme d'habitude, habité par je-ne-sais quel prurit réformateur, M. Sarkozy se singularise et se situe en rupture des traditions républicaines établies.
A nous d'être vigilants.

 


 
 

17:15 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Cela ressemble malheureusement assez au concept Etats unien ,dans lequel la religion est omni présente dans la politique,cela ne devrait pas nous rassurer!!! mais nous alarmer ,il est vrai que peu de journaux en ont parlé ,mais que reste t'il de la presse ?

Écrit par : yoko | 07/01/2008

Très juste ! La fascination de Sarkozy pour les Etats-Unis irait-elle jusque là ?
J'ai bien peur que oui !

Écrit par : Mitso | 07/01/2008

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