13/01/2008

Marguerite et le beau combat.

Elle est morte en 1987, ce fut, sans doute, sa seule erreur. Elle n’était pas de ce siècle, ni du précédent. C’est celui des Lumières qui aurait dû accueillir son talent, son humanisme et toute l’aura de sa personne.
Mais si elle s’est trompée de siècle, le siècle lui, ne s’est pas trompé qui a consacré un grand écrivain et une culture universelle comme il s’en faisaient autrefois quand les gens lisaient et discouraient en sachant de quoi.
Marguerite Cleenewerck de Crayencour, Yourcenar depuis 1947, publie son premier roman en 1931, à l’âge 28 ans, c’est le célèbre « Alexis ou le Traité du vain combat ».
D’un classicisme épuré et dans une langue limpide comme du crital, le narrateur évoque, sans jamais la nommer, son homosexualité et sa volonté de quitter sa femme.
C’est, en filigrane, l’histoire de Marguerite.
On a parlé de l’influence de Gide, pourquoi pas ? c’est une excellente référence. On reste quand même sidéré devant la maîtrise du jeune auteur (elle commence à l’écrire a vingt-quatre ans) qui analyse, développe et amplifie une tendance qui, à l’époque était domaine d’une stricte confidentialité.
Quelques extraits :
« Il est terrible que le silence puisse être une faute » (page 29).
« …ils se figurent qu’ils aiment parce qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’ils désirent » (page 36)
«Je souris de penser que c’est souvent ainsi : « nous nous croyons purs tant que nous méprisons ce que nous ne désirons pas » (page 45)
« Ce sont nos imaginations qui s’efforcent d’habiller les choses, mais les choses sont définitivement nues. » (page 54)

Marguerite est une hélléniste des plus distinguées, elle vit avec le panthéon, Homère, les philosophes, Zénon en particulier, elle appelle « magie sympathique » la faculté de se « transporter en pensée à l’intérieur de quelqu’un » ; ce transport, elle le fera toute sa vie marquée par un anti-conformisme que ne renie pas le bon goût et la hauteur d’esprit.
Elle est, en fait, un des derniers dandys et je la compare volontiers à ces jeunes anglais de la meilleure des sociétés qui, au 19em siècle, voulaient que leur vie soit une œuvre d’art, soit ;  se tenir en marge de ce qui se fait pour ne faire que ce qui illumine et embellit sa vie.
Quitte à se marginaliser, à se faire montrer du doigt ou à souffrir de l’indifférence et du jugement des autres.

« … rien ne prouve mieux notre misère que l’importance du bonheur » (page 55)
« …il n’est pas plus absurde de nier le passé que d’engager l’avenir. Ce que j’avais éprouvé n’était rien moins qu’un amour ; ce n’était même pas une passion. » (page 58)

Yourcenar illuminera par ses mots ciselés à l’ancienne, des vécus simple et quotidiens que transfigurent des drames intimes, comme celui de l’homosexualité.
« On ne souffre pas de ses vices, on souffre seulement de ne pouvoir s’y résigner » (page 78).


(Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat, Gallimard)

yourcenar-marguerite

13:16 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.