20/01/2008

Sarkozy et le philosophe.

Nicolas Sarkozy dans sa dernière conférence de presse a cité le philosophe Edgard Morin et son concept de civilisation. Curieux. Morin préconise une forme de décroissance, une vision du bonheur ramenée à des fondamentaux. La vie au village, loin des embouteillages, les petits commerces, le temps de vivre... Tout cela très loin de la frénésie du marché, étalon régulateur, s'il en est, pour l'entourage économique du chef de l'Etat.
Ci-dessous, l'article de Pierre Haski repris dans l'excellent site Rue89.

 

 Sarkozy et Edgar Morin: la fable du président et du philosophe

Une fois retombée la poussée de fièvre suscitée par la conférence de presse de Nicolas Sarkozy, il reste un mystère: que venait donc faire le philosophe Edgar Morin dans ce contexte politico-médiatique?

Edgar Morin, c’est l’homme à qui l’on doit ce concept de "politique de civilisation" que le président de la République a cité pas moins de 41 fois au cours de son intervention. Edgar Morin avait eu la surprise d’entendre cette formule dans les voeux télévisés de Nicolas Sarkozy, sans que son origine lui soit imédiatement attribuée.

Mardi, non seulement le Président a rétabli la paternité de cette idée qu’il fait désormais sienne, mais il a plusieurs fois cité ce grand philosophe et sociologue qui, à 86 ans, est pourtant mal connu du grand public. Il a même révélé qu’il l’avait reçu lundi à l’Elysée.

Alors Nicolas Sarkozy a-t-il réellement été converti à ce concept radical formulé par Edgar Morin et le politologue Sami Naïr dans un livre publié il y a plus de dix ans? Ou s’agit-il d’une diversion après une séquence people trop fournie? Ou encore d’une nouvelle tentative de récupération d’un intellectuel clairement marqué à gauche?

Edgar Morin, le théoricien de la complexité, a du mal à savoir si la sollicitude de Nicolas Sarkozy est réelle ou feinte. Il dit avoir trouvé que le président de la République avait 75% de sincérité dans ses propos, mais avait les mêmes accents de sincérité pour les 25% restant, même quand il ne l’était pas... Complexe en effet.

Mais, surtout, Edgar Morin se dit en désaccord fondamental avec deux aspects de la politique actuelle: sa diplomatie, jugée trop alignée sur l'administration Bush, et sa politique d’immigration carrément qualifiée d’"inhumaine". Et s’il n’exclut pas que Nicolas Sarkozy réoriente effectivement ses choix en faveur de son concept, il n’en voit pas encore le signe. Et, surtout, il estime que le chef de l’Etat se trouverait alors dans d’immenses contradictions.

La thèse d’Edgar Morin préconise en effet une dose de décroissance dans les secteurs dans lesquels la croissance a eu des effets pervers, et plaide pour la qualité plutôt que la quantité. Nicolas Sarkozy a donné quelques indications dans ce sens, avec son annonce de la réflexion de deux prix Nobel d’économie sur un nouvel indicateur allant au-delà de la croissance du PIB. Mais est-il prêt à revoir le modèle économique et social sur lequel est aujourd’hui fondée sa politique, et, paradoxalement, sur la relance duquel il s’est fait élire il y a seulement huit mois?

Edgar Morin est méfiant et on le comprend. Mais le vieux philosophe ne boude pas son plaisir de voir ses thèses sortir des cercles académiques, pour être jetés en pâture au coeur du débat politique. D’ailleurs, Ségolène Royal a, elle aussi, pris rendez-vous avec lui, sans doute piquée au vif par ses critiques adressées à une gauche qui a ignoré des idées conçues à l’origine pour elle. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette fable du président et du philosophe.

Pierre Haski

http://rue89.com/

18:39 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Je pense avec sincérité et simplicité que c'est une façon d'amadouer la galerie des scrutateurs...

Tout comme ce manipulateur de luxe économicofinancier a ramené à sa foi des chanteurs et autres acteurs, il a besoin maintenant des philosophes pour crédibiliser ses voeux persos, soit une France qui travaille, qui se tait, qui dit merci et amen et surtout, qui ne pense pas trop mais qui compte sur LUI, le nouveau dieu.

Rien de plus, rien de moins. Pourtant je vous assure que j'ai cru en lui, moi, de Belgique. je n'aimais pas Ségolène Royal. Ben j'en suis revenue !

Dommage que l'Abbé Pierre, Coluche et Jean Yanne ne soient plus de ce monde, ça nous aurait aidés un peu.

^^

Écrit par : CherryBlueBird | 21/01/2008

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