25/01/2008

Le der de la der.

L’avant dernier est mort il y a quelques jours. Il s’appellait Louis de Cazenave et cet homme de cent-neuf ans, fumeur de pipe, affichait un pacifisme militant de jeune gauchiste.
Pour lui, ce n’avait été qu’une boucherie, rien de plus, rien de moins.
Pensez-donc, il avait fait le « chemin des dames » en 1917, ce pic de la boucherie qu’avait été la Grande Guerre. C’est le général Nivelle qui avait conçu cette brillante stratégie : prendre d’assaut une butte, la butte de Craonne (prononcez : crâne) infestée d’Allemands qui avaient creusé dans le terre crayeuse un labyrinthe bourré de nids de mirailleuses. Avant de se lancer à l’attaque il fallait traverser le chemin la bordant : Chemin des Dames...
L’offensive débute le 16 avril 1917. Premier jour : dix mille morts ! Deuxième jour : dix mille morts ! Les Allemands tiraient les Français comme des lapins, la butte était jonchées de cadavres revêtus de leur capote bleue, une butte toute bleue !
A la fin de la première semaine : mutineries !
Celles de 1917 !
Il a fallu calmer le jeu. Admettre la défaite du Chemin des Dames, plus de deux-cent mille morts et autant de blessés !
Le Président Chirac avait promis des funérailles nationales pour le dernier des poilus. Interrogé de Cazenave a refusé :  ce serait un affront à tous ceux qui sont morts sans sépulture a-t-il déclaré en dénonçant une fois de plus, la barbarie de la guerre et l’hypocrisie des commémorations de circonstances.
Son refus de la Légion d’Honneur, seule l’insistance des Anciens Combattants en est venue à bout. C’est pour eux bien plus que pour lui qu’il  l’a finalement acceptée.
Le dernier s’appelle Lazare Ponticelli. Cent-dix ans. En 1916 il était Italien et s’est engagé dans la Légion. Il était en France sans titre de séjour ! Un sans papiers ! Faut dire qu’à l’époque, c’était pas comme maintenant, on voyageait et passait les frontières en montrant sa carte de visite et le douanier poli et hospitalier vous saluait avant d’ouvrir la barrière.
Lui aussi, il n’en veut pas de funérailles nationales. La guerre, c’est l’horreur martèle-t-il à longueur d’interviews. Et de raconter qu’un jour, seul en patrouille, il croise un Allemand paumé comme lui. Il le met en joue, l’autre tremble de peur… alors Ponticelli réalise l’absurdité de la situation : deux jeunes gens qui ont tout autre chose à faire que de se massacrer, se croisent là où jamais ils ne seraient allés spontanément. Ponticelli lui indique la direction des tranchées allemandes et le laisse fuir , le soldat allemand lui lance des « Danke !, danke ! »
Le dernier poilu est donc un Italien, sans papiers et coupable d’un acte qui l’aurait envoyé au poteau si ses supérieus l’avaient su !
Lui non plus n’en veut pas de ces funérailles nationales.
Cela ne m’étonne pas.
On s’en passera.
Mais mon petit doigt me dit qu’on ne se passera pas de guerres si facilement.

 

Chemin_des_dames

09:00 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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