31/01/2008

Arrosons l'arroseur !

Braves gens qui possédez un compte en banque, vous savez tous ce qui se passe si vous dépasez le découvert autorisé d'un fifrelin.
Depuis le bruyant dérapage de la SociétéGénérale, son PDG n'en finit plus de nous rassurer sur la solidité des comptes dela banque, de la perennité de son action, et patati et patata...
Ci-dessous, trouvé sur l'excellent site RUE89, un dialogue, ma foi pas si imaginaire que ça entre un client et le directeur de son agence...
Arrosons l'arroseur !

"Allo, la Société Générale, je passe vider mon compte..."

Société Générale, Boulevard Michelet, j’écoute!

Bonjour Mademoiselle, je souhaiterais parler à votre directeur d’agence, Monsieur Durant.

De la part de qui?

Jean Dubois, de l’entreprise Dubois et Cie.

Ah, bonjour Monsieur Dubois, comment allez vous?

Bien merci

Je vous passe Monsieur Durant.

...

Allo, allo, comment allez vous Monsieur Dubois

Bien merci. Je vous téléphone pour vous demander de préparer les soldes de mes comptes en vos livres; je viendrai les chercher , en liquide, cet après midi.

Le solde de tous vos comptes!? Mais… puis-je savoir pourquoi?

Monsieur Durant, j’ai les plus grandes craintes sur la solidité de la Société générale. Je crains que comme pour cette banque anglaise, dont j’ai oublié le nom...

Ah, la Northern Rock!!!...

C’est ça! Donc j’ai peur qu’une panique saisisse vos clients et qu’il devienne plus difficile sinon impossible de récupérer mes fonds.

Mais enfin, Monsieur Dubois,vous plaisantez, la Société Générale est solide. Notre bilan, nos fonds propres

Justement Monsieur Durant, je viens d’apprendre que vos dirigeants cherchaient une recapitalisation de 5 milliards d'euros, égale à la perte que l’on impute au jeune trader, Jérôme machin…

Mais, Monsieur Dubois, n’importe quel entreprise peut -être victime d’un accident, d’un aléa. Comme l’a dit notre Président, nous avons été victimes d’un spécialiste extrêmement fort en informatique qui a bénéficié de circonstances exceptionnelles… Nous n’aurons aucun mal à trouver ces fonds propres . Nos comptes sont audités par KKTR, deuxième agence d’audit mondiale et au dessus de tout soupçon. Nous sommes toujours noté AAA par l’Agence Goody’s.

Je connais ce discours, Monsieur Durant, mais que voulez vous, ma confiance est ébranlée, comme la votre l’était l’été, il y a trois ans.

Il y a trois ans? Ma confiance? Mais qu’est ce que vous voulez dire?

Vous ne vous souvenez pas? J'étais en vacances dans ma petite maison de Bretagne ou je vais toujours au milieu d’août, quand les affaires me laissent un moment de répit entre le commercial , les achats, les questions de personnel…

Oui ! Je sais que vous partez en août, et alors?

Vous qui étiez partis un mois en juillet, m’avez appelé sur mon portable . Mon plafond d’escompte de 100 000 euros était atteint, et le découvert dépassait de 3 000 euros , l’autorisation de 10 000 euros que vous m’aviez octroyée comme une faveur exceptionnelle deux ans auparavant. Je vous ai bien expliqué mes deux aléas, mes deux accidents: un de mes clients important, avait demandé un report d’échéance d’un mois suite à un incendie et un autre avait fait faillite alors qu’il me devait 5 000 euros , ce qui expliquait à la fois le remplissage de mon escompte et le petit découvert . Rien à faire, vous m’avez donné huit jours pour "rentrer dans les clous" comme vous m’avez dit.

Vraiment? Je ne me souviens plus…

Si! Si, j’ai dû revenir, vous donner en hypothèque ma maison de vacances en Bretagne, alors que vous aviez déjà ma résidence principale, et, ayant découvert que ma femme et moi étions mariés sous le régime de la séparation de biens, vous avez exigé sa caution solidaire pour élargir temporairement le découvert à 15 000 euros.

Ah, oui, cher Monsieur Dubois, maintenant que vous le dites...

Et vous vous souvenez des justifications que vous avez données pour cet ultimatum?

Euh!!! Non... Pas vraiment.

Mais si, mais si Monsieur Durant! Vous ne vouliez pas avoir d’ennui avec l’Inspection de la "Générale", qui disiez vous, est considérée comme la meilleure de la place; vous me disiez que vos lignes d’escompte et de découvert était étroitement surveillées, comme tous les autres risques de la banque! Que l’informatique très performante de l’établissement repérerait tout de suite mes dérapages...

Mais Monsieur Dubois, vos fonds propres…

Mon capital est de 40 000 euros Monsieur Durant, et mes fonds propres pouvaient donc largement absorber une perte de 10 000 euros ou 15 000 euros. Mais vous avez quand même exigé les garanties supplémentaires. Vous avez ajouté qu’en tout état de cause il m’appartenait de mieux contrôler les paiements de mes clients, de mieux les sélectionner, bref de mieux gérer, que la "Générale" ne pouvait se permettre de laisser les découverts déraper, que si un million de clients faisaient comme moi , la Société générale aurait à provisionner 3 milliards d'euros, ce qui entamerait la confiance dans la banque.

……….

Alors, vous comprenez, Monsieur Durant, devant une perte de 5 milliards d'euros, sur un seul trader, et tant que je ne sais pas si d’autres pertes ne vont pas être révélées , ni si la Société Générale va être recapitalisée, c’est au tour de ma confiance d’être ébranlée. Je dois être prudent, autant pour mon entreprise, que pour ma famille.

Préparez moi ces sommes pour cet après-midi.

 

 

http://rue89.com/

14:30 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/01/2008

La morale et les banques.

Le banquier est un commerçant comme les autres. C’est du moins ce qu’il prétend. Il y a cependant une différence : il ne paie pas son stock.
Un chausseur, un boulanger doivent acheter le stock qui leur permettra de pratiquer leur commerce. Et si l’un achète trop de farine et l’autre des chaussures invendables, ils supporteront chacun la perte d’exploitation.
Un banquier reçoit son stock, ce sont nos dépôts, nos économies. Il le reçoit gratuitement et vous dit merci, ce qui est bien la moindre des choses... Parfois même il fait la fine bouche et vous fait comprendre qu’il préfèrerait vous voir ailleurs.
En contrepartie, il est soumis à un contrôle extérieur, il a des obligations de couverture et il est prié, c’est marqué en toute lettre dans la loi, de gérer ces dépôts « en bon père de famille ».
C’est ce qu’il faisait il y a cinquante ans encore.
C’était l’époque où le banquier prêtait de l’argent. Il ne spéculait pas.
Depuis, les temps ont changé et les banquiers se sont mis à vendre des produits purement financiers, des produits composés de valeurs diverses qui, d’après les calculs de la banque, sont appelées à un bel avenir… si tout se passe bien.
Et ces produits sont de plus en plus sophistiqués, ils sont élaborés à partir de modules économétriques concoctés par des mathématiciens et ces modules sont parfois tellement complexes que seuls ces mathématiciens peuvent en saisir les tenants et aboutissants. Les autres font semblants.
Et si les banques vendent des produits financiers, ce n’est pas par philanthropie, c’est parce qu’elles veulent gagner plus, quitte à travailler plus…
Mais ces produits financiers, c’est du papier et rien d’autre. Ce sont des plans tirés sur la comète Finance, des suppositions, de la spéculation. Et la spéculation, c’est risqué, ce n’est pas gérer en « bon père de famille », c’est calculer des risques et les prendre… avec l’argent des autres.
Et en spéculant sur telle ou telle matière première, sur telle ou telle activité industrielle ou de service, on fausse le jeu, on crée des écrans fumeux qui feront croire que telle ou telle valeur bousière est en béton et l’autre du vent… on intervient, parfois brutalement, dans la vie de l’industrie et du commerce et cela peut faire mal.
Et quand dans l’industrie ou le commerce cela fait mal, ce sont toujours les plus exposés, les salariés, qui encaissent (enfin, façon de parler !)…
Et tout ça pour faire du profit, vite de préférence, empocher la plus-value et puis se tailler pour recommencer ailleurs !
Braves gens, je trouve cela immoral ! C’est avec nos sous qu’ils spéculent, c’est avec nos sous qu’ils peuvent, s’ils le veulent, perturber  les marchés boursiers et influencer d’une manière souvent artificielle la valeur d’une action.
Regardez ce qu’ils ont fait aux Etats-Unis en transformant en actions des créances. Vendre des dettes ! Prendre des risques est une chose, maquiller les risques c’est rédiger un faux et en user.
Cela relève du pénal.
Ils ne sont poutant pas en prison, nos banquiers…
Vous trouvez normal, vous, que l’argent des particulier, c’est-à-dire du public, soit en dépôt dans des banques privées ?  Qui vont s’enrichir avec ces dépôts qui ne leur coûtent rien. Ou qui vont engendre des pertes énormes dès lors que les prévisons ne sont pas ce qu’elles devraient être…
Platon avait écrit dans « La République » que la Cité serait bien gérée si chacun se tenait à sa place. L’agriculteur cultivant, le commerçant vendant, l’industriel produisant et le banquier prêtant. A partir du moment où l’une de ces composantes sort de son rôle, c’est le débordement assuré.
On le voit aujourd’hui avec ce scandale de la Société Générale qui perd cinq milliards d’euros, fruit des spéculations malheureuses d’un lampiste.
Si ce garçon, au terme de ses tours de passe-passe, en avait gagné cinq… il eut été félicité et récompensé royalement…
Et on aurait tu les accrocs à l’orthodoxie des contrôles… En affaires mentir ce n’est pas mentir, comme l’a récemment déclaré Monsieur Bolloré (l’ami de l’ami de Clara…)
Mais là, il a perdu… et on veut nous faire croire au méchant loup solitaire…
Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de la finance.



12:30 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

25/01/2008

Le der de la der.

L’avant dernier est mort il y a quelques jours. Il s’appellait Louis de Cazenave et cet homme de cent-neuf ans, fumeur de pipe, affichait un pacifisme militant de jeune gauchiste.
Pour lui, ce n’avait été qu’une boucherie, rien de plus, rien de moins.
Pensez-donc, il avait fait le « chemin des dames » en 1917, ce pic de la boucherie qu’avait été la Grande Guerre. C’est le général Nivelle qui avait conçu cette brillante stratégie : prendre d’assaut une butte, la butte de Craonne (prononcez : crâne) infestée d’Allemands qui avaient creusé dans le terre crayeuse un labyrinthe bourré de nids de mirailleuses. Avant de se lancer à l’attaque il fallait traverser le chemin la bordant : Chemin des Dames...
L’offensive débute le 16 avril 1917. Premier jour : dix mille morts ! Deuxième jour : dix mille morts ! Les Allemands tiraient les Français comme des lapins, la butte était jonchées de cadavres revêtus de leur capote bleue, une butte toute bleue !
A la fin de la première semaine : mutineries !
Celles de 1917 !
Il a fallu calmer le jeu. Admettre la défaite du Chemin des Dames, plus de deux-cent mille morts et autant de blessés !
Le Président Chirac avait promis des funérailles nationales pour le dernier des poilus. Interrogé de Cazenave a refusé :  ce serait un affront à tous ceux qui sont morts sans sépulture a-t-il déclaré en dénonçant une fois de plus, la barbarie de la guerre et l’hypocrisie des commémorations de circonstances.
Son refus de la Légion d’Honneur, seule l’insistance des Anciens Combattants en est venue à bout. C’est pour eux bien plus que pour lui qu’il  l’a finalement acceptée.
Le dernier s’appelle Lazare Ponticelli. Cent-dix ans. En 1916 il était Italien et s’est engagé dans la Légion. Il était en France sans titre de séjour ! Un sans papiers ! Faut dire qu’à l’époque, c’était pas comme maintenant, on voyageait et passait les frontières en montrant sa carte de visite et le douanier poli et hospitalier vous saluait avant d’ouvrir la barrière.
Lui aussi, il n’en veut pas de funérailles nationales. La guerre, c’est l’horreur martèle-t-il à longueur d’interviews. Et de raconter qu’un jour, seul en patrouille, il croise un Allemand paumé comme lui. Il le met en joue, l’autre tremble de peur… alors Ponticelli réalise l’absurdité de la situation : deux jeunes gens qui ont tout autre chose à faire que de se massacrer, se croisent là où jamais ils ne seraient allés spontanément. Ponticelli lui indique la direction des tranchées allemandes et le laisse fuir , le soldat allemand lui lance des « Danke !, danke ! »
Le dernier poilu est donc un Italien, sans papiers et coupable d’un acte qui l’aurait envoyé au poteau si ses supérieus l’avaient su !
Lui non plus n’en veut pas de ces funérailles nationales.
Cela ne m’étonne pas.
On s’en passera.
Mais mon petit doigt me dit qu’on ne se passera pas de guerres si facilement.

 

Chemin_des_dames

09:00 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/01/2008

Pour une nouvelle philosophie.

Les temps sont durs, la Bourse se porte mal et les gens s’interrogent.
Nous vivons dans un drôle de système. Pensez, depuis Max Weber nous savons que le capitalisme a été légitimé par l’idéologie protestante. Avant, chez les catholiques et les musulmans, le prêt à intérêt était interdit. Tout juste bon pour les juifs qui, naturellement sont devenus banquiers, une des rares professions qui leur était réservée.
Les Protestants, s’ils s’enrichissaient, ne dépensaient cependant que le nécessaire. Gens austères, pingres, s’habillant de noir, s’abstenant de boire du vin et de manger gras, ils thésaurisaient à outrance. Riches et écononmes.
Voyez leurs portraits dans les galeries anglaises et hollandaises. Pas le genre de bonhommes avec lesquels on prendrait un pot dans un troquet.
C’était le temps où les riches étaient riches et les pauvres pauvres. Et si les uns étaient riches et les autres pauvres, c’est que Dieu en avait décidé ainsi. Chez les Protestants, Dieu bénit les riches.
Aujourd’hui, les temps ont changé. Il y a toujours des riches, mais ces riches ne restent riches que si les pauvres ne veulent plus rester pauvres sans pour autant devenir riches.
Je m’explique :
Les riches ne thésaurisent plus tellement. Ils investissent dans la production de biens de consommation. Des biens nécessaires et d’autres qui le sont moins.
Pour rentabiliser leurs investissements, ils faut que les consommateurs achètent. Il faut donc consommer. Plus on consomme, plus les riches gagnent. Clair !
Or pour acheter, il faut de l’argent. Alors quand le consommateur n’en a pas, on lui prête de l’argent. Après tout, se disent les banquiers, l’argent c’est une marchandise comme une autre, prêtons !
Et comme plus un banquier prête, plus il gagne des intérêts, la tentation est forte de prêter même à de braves gens qui ne seraient pas en état de rembourser.
Ce qu’il faut, c’est que la machine tourne, que les gens consomment et pour ce faire il doivent avoir de quoi.
Il ne faut pas s’étonner, dès lors, que la machine se grippe, que tout le système vacille sur ses fondements et qu’une crise grave s’installe, perdure et ruine les espoirs des uns et des autres.
C’est le prix à payer dans une économie de la consommation.
On parle beaucoup aujourd’hui d’une autre civilisation. Le Président Sarkozy semble en avoir découvert tout l’impact, qu’il réserve à ses effets médiatiques, mais passons…
Toujours est-il que l’on peut se poser la question : vivre dans un système où la consommation est l’origine même du vécu économique, est-ce encore supportable ?
Ne faudrait-il pas en revenir aux fondamentaux ? A savoir, se nourrir, sainement de préférence, savoir que la sécurité sociale est la règle en matière de maladie et d’invalidité. Que se loger dignement ne soit plus un luxe réservé à une élite. Que le superflu est le superflu et non pas le nécessaire.
Que le bonheur ne réside pas dans un compte en banque, que se payer onze mois sur douze d’ embouteillages et un boulot stressant , pour un mois de vacances sur une plage surpeuplée n’est pas la vie…
Logique me répondrez-vous.
Mais si vous, braves gens, cessez de consommer comme des malades, les riches deviendront moins riches et comme leur richesse est très virutelle de nos jours, elle se concentre dans des valeurs mobilières à  rendement juteux comme la haute technologie (vous savez ces téléphones qui photographient et servent le café en même temps…), leurs actions vont perdre de la valeur et donc ils seront moins riches et donc ils investisseront moins et donc il y aura moins d’emploi et donc il y aura plus de chômeurs et donc plus d’allocations et ainsi de suite jusqu’à défaut de soir, un grand krach….
Alors quoi ? Vous vous imaginez un riche déclarer : j’ai réfléchi, après tout je peux très bien vivre avec un peu moins et investir mon super-superflu dans des secteurs non retables comme l’éducation, la recherche, l’écologie… ? On peut rêver, non ?
Et vous, êtes-vous encore capable de vous désintoxiquer et de réaliser qu’après tout vous n’avez peut-être pas besoin d’un i-pod dernier cri pour demander à votre copain : « t’es où ? » ?
Une nouvelle civilisation, c’est aussi la volonté de changer de système.
Et changer de système c’est opérer une révolution.
Soyons révolutionnaires.
Non ?

13:11 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/01/2008

Sarkozy et le philosophe.

Nicolas Sarkozy dans sa dernière conférence de presse a cité le philosophe Edgard Morin et son concept de civilisation. Curieux. Morin préconise une forme de décroissance, une vision du bonheur ramenée à des fondamentaux. La vie au village, loin des embouteillages, les petits commerces, le temps de vivre... Tout cela très loin de la frénésie du marché, étalon régulateur, s'il en est, pour l'entourage économique du chef de l'Etat.
Ci-dessous, l'article de Pierre Haski repris dans l'excellent site Rue89.

 

 Sarkozy et Edgar Morin: la fable du président et du philosophe

Une fois retombée la poussée de fièvre suscitée par la conférence de presse de Nicolas Sarkozy, il reste un mystère: que venait donc faire le philosophe Edgar Morin dans ce contexte politico-médiatique?

Edgar Morin, c’est l’homme à qui l’on doit ce concept de "politique de civilisation" que le président de la République a cité pas moins de 41 fois au cours de son intervention. Edgar Morin avait eu la surprise d’entendre cette formule dans les voeux télévisés de Nicolas Sarkozy, sans que son origine lui soit imédiatement attribuée.

Mardi, non seulement le Président a rétabli la paternité de cette idée qu’il fait désormais sienne, mais il a plusieurs fois cité ce grand philosophe et sociologue qui, à 86 ans, est pourtant mal connu du grand public. Il a même révélé qu’il l’avait reçu lundi à l’Elysée.

Alors Nicolas Sarkozy a-t-il réellement été converti à ce concept radical formulé par Edgar Morin et le politologue Sami Naïr dans un livre publié il y a plus de dix ans? Ou s’agit-il d’une diversion après une séquence people trop fournie? Ou encore d’une nouvelle tentative de récupération d’un intellectuel clairement marqué à gauche?

Edgar Morin, le théoricien de la complexité, a du mal à savoir si la sollicitude de Nicolas Sarkozy est réelle ou feinte. Il dit avoir trouvé que le président de la République avait 75% de sincérité dans ses propos, mais avait les mêmes accents de sincérité pour les 25% restant, même quand il ne l’était pas... Complexe en effet.

Mais, surtout, Edgar Morin se dit en désaccord fondamental avec deux aspects de la politique actuelle: sa diplomatie, jugée trop alignée sur l'administration Bush, et sa politique d’immigration carrément qualifiée d’"inhumaine". Et s’il n’exclut pas que Nicolas Sarkozy réoriente effectivement ses choix en faveur de son concept, il n’en voit pas encore le signe. Et, surtout, il estime que le chef de l’Etat se trouverait alors dans d’immenses contradictions.

La thèse d’Edgar Morin préconise en effet une dose de décroissance dans les secteurs dans lesquels la croissance a eu des effets pervers, et plaide pour la qualité plutôt que la quantité. Nicolas Sarkozy a donné quelques indications dans ce sens, avec son annonce de la réflexion de deux prix Nobel d’économie sur un nouvel indicateur allant au-delà de la croissance du PIB. Mais est-il prêt à revoir le modèle économique et social sur lequel est aujourd’hui fondée sa politique, et, paradoxalement, sur la relance duquel il s’est fait élire il y a seulement huit mois?

Edgar Morin est méfiant et on le comprend. Mais le vieux philosophe ne boude pas son plaisir de voir ses thèses sortir des cercles académiques, pour être jetés en pâture au coeur du débat politique. D’ailleurs, Ségolène Royal a, elle aussi, pris rendez-vous avec lui, sans doute piquée au vif par ses critiques adressées à une gauche qui a ignoré des idées conçues à l’origine pour elle. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette fable du président et du philosophe.

Pierre Haski

http://rue89.com/

18:39 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/01/2008

"La Route": Un chef-d'oeuvre ?

On connaissait l’Apocalypse, voici l’après.
Et c’est l’horreur ! L’angoisse ! La mort comme délivrance.
« Vous qui entrez ici, laissez tout espoir »
Le dernier roman de Cormac McCarthy nous entraîne à notre esprit défendant dans un maelström abject, répugnant, inimaginable de perversion. On croyait que tout avait été fait, il restait l’ultime, le voici.
Cannibalisme, torture, famine, fuite éperdue, route de cendres où la peur ronge les âmes et les corps.
Un homme et son jeune fils la parcourent poussant un caddie avec leurs maigres affaires.
Il n’y a plus d’humanité, plus de soleil, plus rien qu’une atroce férocité qui les poursuit tout au long de ce périple abandonné de Dieu et des Siens.
L’espoir est mort, ce qui reste est le Destin, aveugle prédateur n’écoutant que sa logique infernale.

Le roman n’aurait pu être qu’un roman d’horreur, un de plus. Une sorte de « Simetterre » à l’échelle planétaire. Mc Carthy transcende le genre. Son style est une succession de paragraphes courts, avec peu de ponctuation, pas de guillements, des dialogues réduits au minimum comme si les héros épuisés de cette sanglante saga s’épargnaient une parole inutile dans ce désert de la désolation.
Excellente traduction de François Hirsch.
Est-ce un chef-d’œuvre ?
Du genre, certainement !
Un livre écrit depuis une tombe hermétique sous un linceul d’éternité.

"...Quand on sera tous enfin partis alors il n'y aura plus personne ici que la mort et ses jours à elle aussi seront comptés. Elle sera par ici sur la route sans avoir rien à faire et personne à qui le faire. Elle dira: Où sont-ils tous partis ? Et c'est comme ça que cela se passera. Qu'y-a-t-il de mal là-dedans ? " (page 150)

Cormac Mc Carthy: La Route, Editons de l'Olivier, 244pages.

Mc Carthy




14:47 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/01/2008

Un Président bateleur.

Des courriers électroniques très sympathiques me reprochent gentiment de faire de l’anti-sarkozysme primaire. Et d’insister sur « la chance » qu’il faut encore laisser à notre Président.
Je ne vois pas en quoi je fais de « l’anti ».
Ce que dénoncent mes derniers articles est une dérive dangereuse du concept de laïcité et une instrumentalisation de sa vie privée.
La laïcité, dans notre République, c’est une borne à ne pas franchir. Le faire c’est réveiller de vieux démons semant la discorde et la rupture sociale.
Un discours comme celui de Latran qui précède celui de Ryad, c’est jouer avec le feu. Le premier magistrat de l’Etat peut-il se le permettre ?
Est-ilconscient qu’en le faisant, il se marginalise au regard d’une Constitution qu’il a le devoir de respecter ?
Et que penser de ses volte-faces quand il reçoit les dignitaires du Grand-Orient où, comme hier, face aux représentants des religions auxquels il délivre le discours le plus laïque qui soit ?
Le résultat de toute cette agitation c’est la défiance et l’interrogation…
On peut, en effet, se demander si M. Sarkozy n’agite pas le chiffon rouge dans un but de diversion. Si toute cette polémique sur la laïcité et la place du religieux n’a pas pour objectif de faire parler d’autre chose que des problèmes quotidiens des Français qui n’oublient pas, eux, les promesses du candidat-Président du « pouvoir d’achat » ?
Et dans la même veine, cette exhibition douteuse de sa vie privée, ses cachotteries sur son mariage, annoncé, pas démenti, occulté et que sais-je encore…
Je retiens de tout ceci une chose.
Il y avait, jadis, dans nos villes et campagnes, des citoyens qui participaient à la vie publique. Ils avaient des opinions. Bonnes ou mauvais, peu importe, ils en avaient. En discutaient, entretenaient parfois des polémiques, voire des philippiques, mais tout ce beau monde avait une idée de ce qu’il fallait faire ou défaire.
Aujourd’hui, les braves électeurs ont des images, des représentations mentales qu’ils collent à leur propre personne et il réagissent en fonction. En positif ou négatif.
On ne discute plus, on n’échange pas. On agrée ou non…
Alors, on aime untel parce qu’il a une bonne tête, est bon orateur et promet ou ne promet pas telle ou telle mesure. Sur le contenu de cette dernière, l’électeur lambda se tait. Il ne sait pas et pour cause : on ne l’informe pas.
Et les politiques d’en rajouter sur « l’extrême complexité » des dossiers à l’heure de l’Europe, de la mondialisation, de la Banque Centrale, du FMI, de la Banque Mondiale etc…
Moi, je veux bien, mais alors qu’on ne parle plus de démocratie, qu’on nous dise que c’est impossible et qu’il faut laisser la place aux technocrates.
Aux électeurs, j’en ai peur, on propose un choix, non de politiques, mais d’acteurs. Ceux qui s’agiteront en scène, pendant qu’en coulisses, d’autres, inconnus ou presque, prendront les décisions.
Et ces acteurs, il faut qu’ils plaisent, que l’on s’identifie à eux, qu’on les comprenne même dans leur dénégations et qu’ils nous parlent et nous rassurent.
Et à ce petit jeu, l’acteur Sarkozy qui avouait crûment l’autre jour qu’il ne pouvait rien faire pour le pouvoir d’achat, est un super-doué.
Est-ce suffisant pour être le Président de tous les Français ?


17:20 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |