03/02/2008

Faut-il être "sympa" ?

Je ne suis pas un inconditionnel d’Alain Finkielkraut, si j’aime l’homme indigné, je ne partage pas toutes ses indignations. Sa récente interview dans « Libération » a cependant recueilli mes suffrages.
En substance, notre homme dit que la démocratie « déborde de son lit », qu’elle est devenu nivellement par le bas et cela lui est intolérable. Il le dénonce à l’aide quelques exemples tirés de notre quotidien.
Il fut un temps où l’on apprenait à écrire sans (trop de) fautes et à utiliser le subjonctif. L’expression correcte était respect de la langue et de l’interlocuteur et tout le monde, riche ou pauvre, instruit ou à moitié tâchait de s’y conformer.
Le français, on tentait de le parler comme le parlaient nos maîtres. En y mettant l’intonation correcte, en corrigeant les accents, en fuyant les barbarismes. On vouvoyait ceux qui avaient autorité sur nous.
Et cela nous paraissait normal !
Aujourd’hui certains et non des moindres, se piquent à imiter (mal) le parler et l’accent des banlieues, à donner des titres de noblesse à ce qui est un idiome très pauvre dans sa capacité d’expression… Les mêmes farcissent leur français d’anglicismes pas toujours bienvenus et dans leur frénésie de tutoiement, confondent sympathie et familiarité.
Il y a plus grave ! Pour ne pas froisser leurs élèves, des professeurs appauvrissent volontairement leur discours. Pas question de faire appel à des références historiques que leurs étudiants ne connaîtraient pas, ou d’auteurs quelque peu en marge, les pauvres devraient se renseigner après le cours. Ce ne serait pas sympa !
Le mot est lâché : il faut être sympa !
Sympa, le Président de la République dont le vocabulaire – il semble que certains l’aient analysé à la loupe – se compose de moins de mille mots : digne souci d’être compris par le plus grand nombre…
Sympa le prof qui tutoie des élèves qui le lui rendent bien !
Bientôt, au rythme que l’on tient, on aura des juges et même des policiers sympas !
Car sympa il faut l’être, c’est même le « must » absolu. Que vous soyez escroc, corrompu, menteur, facho et que sais-je encore, n’a aucune importance, pouvu que vous soyez sympa. Les apparences sont sauves, le peuple est floué, mais dans sa langue et ses manières…
Faire de quelques humoristes, talentueux certes mais limités, des maîtres à penser voilà un dévoiement qui n’est pas fortuit. Qu’ils amusent le peuple et se gaussent des grands principes, se disent certains, après tout le peuple a les amuseurs qu’il mérite !
Il y a une « civilisation de l’abject » comme la qualifie Finkielkraut qui consiste à désacraliser pour le seul et unique plaisir de le faire.

Au risque de ne pas être sympa, rappelons que la démocratie ce n’est pas la dissolution de la hiérarchie. Le professeur a autorité sur l’élève, les élèves n’ont pas à coter leur enseignants, ne faisons pas tourner le monde à l’envers, s’il vous plaît.
Le vouvoiement, ce n’est pas Ancien Régime et si ce l’est, je suis pour !
Il y a encore, il y aura toujours, des maîtres et des disciples, des gens qui savent et d’autres qui savent moins, certains seront revêtus d’une autorité et d’autres pas. Rien d’injuste, rien d’artificiel dans cet état de choses.
En finir avec ce qui est tout à fait naturel, c’est instaurer non pas une démocratie dont on se prévaut, mais une dictature.
Et on sait ce qu'il advient des dictatures.

 
chatnoir


09:29 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Quand l'autorité vole le pouvoir de l'élève plus évolué que le maître, je ne suis pas en accord avec elle. Elle se transforme très vite en autoritarisme conservateur de son pouvoir stagnant.

Par ailleurs, ça fait très longtemps que les policiers, plus souvent kapos qu'humanistes, ne savent plus écrire sans faute. Alors oui, plutôt que de les supporter avec leur petit pouvoir réglemantaire de "kapos légalisés", je préfère qu'ils deviennent sympas. Ca fait moins mal à ma dignité de prolétaire, cette dignité que les conservateurs veulent s'approprier sur base de dieu sait quel petit statut hiérarchique gagné de façon pas toujours très nette !

@+++++++++++ Mitso ^^

Écrit par : CherryBlueBird | 03/02/2008

RéglemEntaire - héhé ^^

Encore une chose : le pouvoir hiérarchique ne sert trop souvent qu'à protéger les couillons parvenus.

Bien frat' ;)

Écrit par : CherryBlueBird | 03/02/2008

Dans le monde de l'entreprise, maintenant tout le monde doit être "sympa" comme s'il n'y avait plus de chef, de petit chef et de sous-chef, plus de hiérarchie, tous égaux ! A coté de cela, la fracture sociale augmente...
Autrement, quand je vois la hiérarchie, je ne trouve pas que l'autorité corresponde toujours à plus de savoir. Il y a une phrase de Simone Weil que j'aime bien : "l'obéissance à un homme dont l'autorité n'est pas illuminée de légitimité, c'est un cauchemard" Dans ma société (la Belgique) les privilèges et le pouvoir s'acquièrent plus souvent par sa naissance, ses relations que par son savoir. Et même, je ne vois pas pourquoi le savoir universitaire amènerait de façon automatique des privilèges, mais qu'il soit au services des autres, de l'état, ça d'accord ! Qui aime qu'on exerce un pouvoir sur lui, surtout s'il est injuste ? A-t-on envie d'être l'ami de celui qui exerce un pouvoir sur soi ? N'est-il pas normal que ceux qui n'ont pas eu la chance de pouvoir faire de études aient du mal à accepter ce pouvoir, le trouve injuste ? J'ai un problème avec les gens qui ont eu la chance d'avoir fait des études, qui excercent un pouvoir sur les gens et se croient autorisés, par dessus le marché, à leur faire la morale... Et on parle de justice ?
Personnellement, j'ai des origines plutôt modestes, mais j'aime la lecture, m'exprimer correctement (afin qu'on puisse comprendre ce que je veux dire) et j'ai une assez bonne orthographe. Là où je travaille, certains de ceux qui ont du pouvoir sur moi (pouvoir qu'ils ont hérité d'une entreprise familliale) possèdent moins ces aptitudes, et gagnent plus... J'ai parfois le sentiment que je les énerve à cause de cela, qu'ils cherchent à me dominer, d'autant plus que j'ai tendance à dire ce que je pense, ce qui apparemment est une sorte de déviance pour certains. Ils préfèrent que tout le monde se complaise dans les mensonges et ricane ensemble.
Encore concernant l'autorité, n'est-il pas un devoir pour chacun de désobéir quand elle est injuste ? Et pour la démocratie, si j'en suis un ardent défenseur, la plupart d'entre nous ne vote-t-il pas pour plus riche que lui ?

Merci pour tout ce qu'il y a à lire d'intéressant ici.

Bonne semaine à vous




Écrit par : Francis | 03/02/2008

Ah mais Francis, je suis tout à fait d'accord avec ce que vous avez dit.

A main levée, j'ajouterai ceci : la démagogie, la manipulation, le mensonge sont des forces "bien utilisées" et quasi légalisées via la banalisation pour obtenir "le pouvoir sur les autres".

Et comme vous dites, si celui qui veut avoir le pouvoir sur l'autre est plus indigne que cet autre, il essayera d'abord d'abîmer cette dignité de l'être qu'il considère comme étant "inférieur".

C'est ainsi que les "SS" ont apprimé et torturé des êtres qui n'avaient pas leur "pouvoir" mais qui étaient trop dignes, et donc qu'il fallait faire disparaître.

Cette phrase de Simone Weil est magnifique !

Et bien Mitszo, en voilà une belle réaction. Voilà de quoi méditer ^^

Merci de nous avoir permis cette réflexion écrite.

Bien amicalement,

cbb

Écrit par : CherryBluebird | 04/02/2008

Ah, je vois que vous avez apprécié l'intelligence du commentaire de Francis. Je vous cite, je viens de passer sur son blog ^^

Désolée si mon élan " de paysannerie authentique" ne vous convient pas autant.

L'énergie de l'authenticité abrupte de par sa spontanéïté, c'est comme le vent surgissant d'on ne sait où, ça décoiffe et ça dérange les petits bourgeois "hiérarchisés par convenance" qui préfèreraient un monde sans vent(s) et sans secousse(s).

Désolée pour vous si vous ne comprenez pas mon langage. Vous devriez l'apprendre : ça vous ferait une langue supplémentaire quant à votre connaissance... du monde.

Je vous promets que lors d'une autre occasion éventuelle, et si celle-ci m'est offerte, je traduirai en langage tiédasse et bienséant pour votre petit confort personnel.

Bien cordialement,

Écrit par : CherryBluebird | 04/02/2008

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