07/02/2008

L'homme est -il bon ?

L’homme est-il bon ?
Et la réponse est : non !
Mais alors, pourquoi ne l’est-il pas ?
Tout simplement parce qu’etre bon est plus difficile que de ne pas l’être.
La bonté est « le caractère d’un être sensible aux maux d’autrui, désireux de procurer aux autres du bien-être ou d’éviter tout ce qui peut les faire souffrir. » (Littré)
La bonté se réalise à travers nos rapport à l’autre, ce qui implique sa reconnaissance, sa prise en compte, notre effacement total ou partiel devant lui.
Et c’est ça précisément qui est difficile.
Le monde, l’univers nous apparaît comme nôtre et, en effet, quand on y réfléchit, n’avons-nous pas l’impression d’être le seul sujet de l’univers ? Quand nous fermons les yeux quand le sommeil nous emporte, l’univers n’est plus pour nous, les autres sont gommés, il n’y a plus que notre repos dont nous sommes momentanément inconscients.
Avant d’être, il n’y avait pas d’univers pour nous, après notre
« être » il n’y en aura plus du tout.
D’où la tentation de croire que tout ce qui nous entoure est à nous. D’en faire un acteur de notre déploiment dans le monde, de considérer les choses et les gens comme des choses dont nous pouvons user. De s’en sentir maître.
Etre maître signifie que nous pouvons user de notre pouvoir sur ce qui nous entoure, lui imposer notre bon plaisir.
Le problème c’est que, malgré ce que nous pensons et ressentons, nous ne sommes pas le seul sujet de l’univers. Il y a les autres. Et le premier rapport que nous avons avec eux est un rapport de compétitivité.
L’autre n’est pas une chose mais, un concurrent. Et face à un concurrent, il y a la compétition, celle qui concerne notre place dans le monde, place que nous souhaitons toujours à notre avantage.
Les enfants, tout comme les animaux, comprennent instinctivement cette compétition. Ils ne partagent pas volontiers leurs jouets, leurs friandises et quand ils jouent entre eux, il se sont chosis auparavant et gare à celui qui veut s’inviter de son propre chef.
L’autre, c’est celui qui est différent de nous, celui qui est en face et peut nous barrer le chemin. Un obstacle (« celui qui se tient devant ») que l’on peut contourner, ignorer, annihiler ou avec lequel on peut composer.
C’est ainsi que naît la morale : ne pas voler afin de ne pas être être volé, ne pas tuer afin de ne pas l’être, ne pas séduire la femme d’autrui afin de ne pas subir le même sort. Du donnant-donnant.
Les choses cependant ne sont pas aussi simples que ça. L’instinct de procréation par exemple, ne procède-t-il pas d’un pur désir d’altruisme, plutôt que celui de se projeter, à travers sa progéniture, dans l’éternité ? Les débats sont ouverts.
Et la bonté, quand elle se manifeste, n’est-elle pas aussi, en filigrane,  une manière d’affirmer d’abord son ego ?
Et si, pour reprende la formulation de Nietzsche : « l’homme est méchant et la femme est mauvaise », y-a-t-il espoir que cet état progresse et que l’altruisme, petit à petit, prenne le pas sur l’égoïsme ?
L’espoir d’un amendement gît précisément dans le fait que l’homme qui se croit le seul sujet de l’univers n’aime pas la solitude. Et cette dernière, il ne peut la combler qu’avec les autres. Mais faire des autres des objets, c’est, en fin de compte, vivre seul avec des objets qui obéissent à sa volonté.
Or l’exercice de la volonté n’est pas anodin, c’est une tension continuelle qui consomme beaucoup d’énergie, et l’énergie de l’homme lui est comptée.
D’où le souhait de diminuer cette charge en la partageant avec les autres.
La bonté peut naître à partir de ce désir dont les prémisses sont purement égoïstes.
Reconnaître les autres comme sujets, par confort. Et une fois « conforté » » cette reconnaissance perdurante peut devenir gratuite; reconnaître les autres parce qu’ils sont autres.
Et les voir de cette façon, dans leur totale altérité, peut être source de richesse. Le moi, qui au contact du « toi », s’affirme en dehors de toute forme de compétition et se conforte grâce au partage désinteressé.
Il serait présomptueux de conclure sur ce sujet très grave au bout d’une page de considérations, retenons que nous sommes encore loin de ce type de rapports mais que « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ».

Orchidee3

14:00 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

beau texte !! cela est bien vrai....et il est vrai aussi de dire que notre temps est compté d'où l'unitilité de rajouter encore plus à notre tension en tentant de suivre une religion contraignante,une secte ou d'étudier des rites ou autres....

Vous me prouvez par là que l'homme n'est pas un être essentiellement bon et altruiste et porter aux essentiellement aux biens. Et en même temps vous me redonnez des arguements pour ce que j'avance concernant la religion.

Bien à vous.

Écrit par : Didier | 07/02/2008

Bravo J'apprécie tout particulièrement l'intelligence de ce blog que je visite régulièrement depuis de nombreux mois. Laissez-moi vous dire que je vous apprécie à la hauteur de ce que vous êtes : un être brillant qui apporte un regard éclairé sur notre société.

Bonne continuation.

Écrit par : Edouard | 09/02/2008

Merci Edouard... ... je suis confus, troppo gentile !

Écrit par : Mitso | 10/02/2008

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