13/02/2008

L'homme a-t-il peur ?

2.02

 

 L’homme a-t-il peur ?
Et la réponse est : oui !
La peur est un affect qui peut- qui doit-être analysé.
D’une part,  la peur a un objet bien déterminé : la foudre, l’orage, la mort, toute manifestation naturelle ou tout simplement son prochain.
De l’autre, la peur n’a pas d’objet : c’est l’angoisse.
Dans le premier cas, il y a peur parce que l’homme est affecté par l’objet de sa peur. Il « prend » peur parce que pour lui une manifestation naturelle, la mort ou un autre homme est cause de sa peur. Sans cette cause, il n’y a pas de peur.
Il suffit, dès lors que disparaisse la cause ou – mieux – qu’elle soit comprise, intégrée et acceptée pour que disparaisse la peur.
L’angoisse, cette peur sans objet, est beaucoup plus pernicieuse.
Elle procède du sentiment qu’à l’homme de ne pas être à sa place ou de ne pas être à la bonne place. Il se sent « là » sans savoir au juste pourquoi. Il est « jeté », comme dit Sartre.
Et il est « jeté » il ne sait où, ni pourquoi, ni comment.
Il sent qu’il y a comme un vide autour de lui. Un vide ce n’est rien du tout, cela ne se voit pas, ne se palpe pas non plus, ce vide enveloppe son être et ce « non-être » le (re)met en question.
Mais il ne peut apporter une réponse à cette question, on ne discute pas avec ce qui est vide et qui transcende l’espace et le temps.
L’étudiant peut être apeuré à l’approche des examens, mais, passé cette échéance et quel qu’en soit le résultat,  ce qui cause cette peur a disparu. L’angoisse, elle, est là, dans toute sa non-réalité.
Et l’homme aussi est là, être-là face à un non-être-là.
La peur se raisonne, l’angoisse se subit. La peur se surmonte, l’angoise s’annihile.
Ce face-à-face est la marque de notre condition humaine, elle est inhérente à notre nature d’ »être-pour-la-mort » (« Sein-zum-Tod » comme l’écrit Heidegger). Seule la mort, cet état où nous ne serons plus « là » mettra un terme à la peur sans objet.
L’homme, par l’angoisse, réalise qu’il est  entouré d’abysses qu’il doit combler, c’est la construction de son environnement propre, c’est le déploiement de son être dans l’étant. Ce déploiement est cependant relatif car l’étant revient à son point de départ, l’être, qui est le non-étant.
L’existence pour être authentique doit assimiler cette angoise qu’elle ne peut « néantiser » comme elle le ferait pour la peur. L’homme authentique incorpore l’angoisse dans son étant, il est lui aussi non pas sujet mais acteur de son angoisse. L’accepter, c’est la dominer.
Dans mon avant-dernier papier, je me demandais si l’homme était bon et je répondais par la négative. Cette interrogation sur la peur – avec ou sans objet – qu’a l’homme aurait dû, pour bien faire précéder celle d’aujourd’hui, car l’homme est aussi mauvais parce qu’il a peur et se sent angoissé.
Et s’il peut surmonter sa peur, il ne peut – même s’il le veut et tente de le faire - réifier son angoisse et la faire endosser par une chose ou  « l’autre », ce en quoi il se trompe car « l’autre » est lui-même enveloppé par ce non-être qu’est l’angoisse.
Il peut aussi nier son angoisse et pour cela tous les moyens sont bons pour mettre son angoisse entre parenthèses, combler le vide en y mettant Dieu par exemple. Mais, tapie dans l’ombre et attendant, patiente, son heure, l’angoisse est là.
Exister avec ce sentiment que l’abîme est là devant soi est l’existence authentique.

18:46 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Etes-vous angoissé ? Il aura fallu que j'en arrive aux crises d'angoisse pour m'y interesser et comprendre enfin de quoi je souffrais ......ce que je prenais pour un mal de vivre .
Palpitations cardiaques inexpliquées , nausées , vertiges , troubles visuels ( brouillard ) , impressions que l'on va exploser , devenir fou !
Je suis névrosé d'angoisse ... je dois l'accepter .
J'ai toujours considèré la mort comme échappatoire , comme délivrance sans avoir le courage de la précipiter ....je l'attends sans savoir pourquoi .

Écrit par : bokion | 13/02/2008

Pas vraiment... ... non, je ne suis pas angoissé, j'ai décidé que cette peur sans objet n'allait pas me gâcher la vie et je la regarde en face comme je le fais pour un réverbère ou une chèvre dans un champ.
Ca, c'est moi. En ce qui vous concerne et d'après ce que vous écrivez, je vous conseille de consulter, car, même si la mort n'est que le retour à l'être, le point de départ en quelque sorte, le déploiement de notre étant dans la vie de tous les jours, vaut la peine d'être vécu... attendre la mort, oui ! mais en prenant son temps...
Bien à vous !

Écrit par : Mitso | 14/02/2008

Merci . Prendre le temps oui , et surtout profiter de ce qui me reste ... j'avais déjà pris cette décision .La mise en oeuvre prendra encore du temps , ... mais .

Écrit par : bokion | 14/02/2008

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