15/02/2008

Enfants et devoir de mémoire.

Monsieur Sarkozy nous donne, une fois de plus, matière à polémique et controverse. Cette fois-ci ce n’est pas son mariage, mais sa dernière déclaration sur le devoir de mémoire des victimes de la Shoah.
Au dernier dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, le Président de la République a déclaré que cette année chaque enfant de CM2 serait parrain d’un enfant déporté et décédé au cours de la dernière guerre mondiale.
Le problème est de savoir si ce parrainage obligé, par un enfant de dix ans, est chose bonne et utile et dans quelle mesure un enfant de cet âge peut intégrer le drame vécu par un de ses semblables voici plus de soixante ans.
Des enseignants ont aussitôt rétorqué que le devoir de mémoire était déjà dans les programmes scolaires : lecture du jounal d’Anne Franck, discussion sur ces évènements tragique, visites de camps de transit comme celui de Drancy et de conférences par des rescapés de l’Holocauste.
En rajouter, en faisant un élève de dix ans porteur d’une mémoire qu’il n’est pas à même d’intégrer dans son vécu conscient et inconscient me paraît au moins léger.
Comment cet enfant va-t-il faire pour recueillir cet héritage qu’il n’a pas réclamé ? Empathie peut-être, indifférence, curiosité morbide, défiance, rejet, racisme… Toutes ces réactions sont possibles qui ne sont ni dans l’intérêt de l’enfant, ni dans celui du devoir de mémoire.
De plus, ce ministère peut induire chez l’enfant un sentiment de responsabilité, donc de culpabilité dont il n’a, en aucune façon, à répondre. Pourquoi risquer des traumatismes inutiles alors qu’il y en a suffisamment dans la vie de tous les jours ?
Et puis, soyons clairs : devoir de mémoire pour ces innocentes victimes d’un massacre crapuleux, certes ! Mais quid du devoir de mémoire pour les autres atrocités de l’Histoire ?
Génocide des Arméniens, des Indiens d’Amérique, des Africains victimes de l’esclavagisme ?
Ce qui me choque particulièrement c’est la manière unilatérale que le Président adopte pour faire passer son projet. Pas de concertation avec les enseignants, les psychologues, les historiens. Projet personnel à l’aune de son exercice du pouvoir.
La forme aussi,  qui le voit déclarer son intention au cours d’un dîner offert par un groupe de pression dont il importe de s’attirer la faveur, surtout quand les sondages lui sont défavorables.
Monsieur Sarkozy a, ces derniers temps, ébranlé un principe fondateur de notre République : la laïcité. Loin de regretter ses discours de Latran et Ryad il a avoué, toujours lors de ce dîner, qu’il « persistait et signait ». Cette affirmation clôturait un discours dans lequel il estimait que si le mal avait à ce point triomphé dans les régimes nazis et communistes c’etait plus dû à l’absence de Dieu qu’à sa présence dans le siècle.
Je suppose que cette « idée » pédagogique du Président connaîtra le même sort que la première, celle qui obligeait les enseignants des Lycées à lire en classe la dernière lettre de Guy Môquet, l’adolescent communiste fusillé par les Allemands. Cinquante pour cent du corps enseignant avait refusé de le faire.
On n’instrumentalise pas impunément les gens, que ce soit Guy Môquet ou les enfants juifs martyrs. Il y a un devoir de mémoire, mais ce devoir est inséparable du respect auquel ils ont droit.
Mais le respect, manifestement Monsieur Sarkozy ne sait pas ce que cela veut dire.






16:12 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Pour rester dans le même registre d'indignation ,lire la réaction de Simone veil sur le site de Rue 89

Écrit par : yoko | 15/02/2008

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