19/02/2008

Zizek, Badiou et Jésus

Slavoj Zizek est un philosophe slovène peut-être – comment peut-on être Slovène ? – mais iconoclaste sûrement. Nous voilà rassuré, l’iconoclastie, à la différence de la Slovénie, est une affection reconnue.
Saint-Just disait : « Le monde est vide depuis les Romains », Zizek pense, lui, qu’un héritage peut encore être sauvé : le christianisme et le marxisme !
Mais passons aux prolégomènes de l’œuvre de notre Slovène de philosophe. Nos générations sont mortes. Elles ne sont même pas l’ombre des générations précédentes qui viendraient les tourmenter comme le font les fantômes, elles sont à ce point inertes – d’autres écriraient infectées - et insensibles que les fantômes n’ont pas de prise sur elles.
Dur constat. Les peuples ne seraient plus que des masses gelatineuses qui vont et viennent au gré de pulsions primaires qu’elles ne contrôlent plus et qui s’appellent : consommation, spectacle, repli intellectuel, exacerbation de l’individualisme. Pour satisfaire ces pulsions elles acquièscent passives à tout ce qui fait en leur nom : dévoiement de la démocratie.
Le marché, avatar du capitalisme : voilà l’ennemi !
Le détournement d’une ligne est une crise. Le gouvernement du peuple, par le peuple et au nom du peuple est squatté par un petit groupe qui a recours au mandat populaire et s’en prévaut pour conforter ses intérêts personnels… au nom du peuple.
Alors, comment supporter encore la démocratie, le scrutin populaire, le suffrage universel quand ces principes ne sont que des rituels périodiques  dont les zélateurs ignorent délibérement les arcanes ? Et que la suite obligée en est le sophisme et le cynisme, ce dont Sarkozy est le nom, tout comme il est le nom de la peur pour le philosophe Alain Badiou.
(Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Circonstances éditeur).
Faut-il rallier Zizek et Badiou qui prônent la violence révolutionnaire pour en finir avec cette décomposition putride qui empeste l’air et l’esprit ?
Badiou est partisan de la « dictature » de ce qu’il appelle la « Vertu »,  je vois dans ce type de « dictature » un retour aux aristocrates dont Platon parle dans « La République ». Souvenez-vous, la cité est d’abord dirigée par le meilleur, celui-ci devient petit à petit tyrannique, alors le peuple se soulève, le dépose et c’est l’anarchie,  mais comme l’anarchie est stérile, le peuple décide de déléguer son pouvoir à une assemblée représentative, qui, petit à petit, elle aussi, finit par ne s’occuper que de ses intérêts claniques et calme le peuple par du pain et des jeux,  mais les intérêts claniques sont contradictoires par essence, les clans s’opposent, se combattent et c’est l’implosion au bout le laquelle le peuple fait appel à un aréopage de sages choisis parmi les plus influents des philosophes…c’est le pouvoir des meilleurs, l’aristocratie.
Zizek rappelle que le Christ fut d’abord un révolutionnaire haïssant les élites de la société juive de l’époque et exigeant que ses disciples’arrachent de leur milieu ambiant. (« Qui ne hait pas et son père et sa mère et son frère et sa sœur…. n’est pas digne d’être mon disciple »).
Et qu’il a été crucifié non pas pour avoir prêché l’amour, mais pour avoir dénoncé le pouvoir en place.
Zizek nous propose d’en finir avec l’absolu (Dieu aussi est Absolu), car l’Absolu est fragile… alors, nous dit Zizek, intégrons cette fragilité de l’Absolu et recherchons dans le marxisme le fondement même du christianisme. « L’héritage chrétien authentique est bien top précieux pour être abandonné aux freaks intégristes » (Slavoj Zizek. Fragile Absolu, ou pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu, Flammarion). Ne laissons pas le christianisme entre les mains d’incultes qui s’en servent et le déforment au sein de leurs sectes. Zizek, apologiste de l’intolérance nous démontre que les « droits de l’homme » sont en fait des droits qui autorisent la violation des dix commandement. Ils ne descendent pas du Sinaï, ils le contournent. Liberté de croyances = liberté d’adorer les idoles ; liberté d’aimer = liberté de commettre l’adultère, de contourner l’interdit homomsexuel. Et ainsi de suite.
Retrouver la sève de la charité chrétienne dans la dialectique historique marxiste.
Il y a aussi une jouissance dans les régimes totalitaires, poursuit Zizek. Les Allemands jouirent durant le nazisme, tout comme les Russes sous le bolchévisme, les peuples n’ont pas vocation à gouverner, ils préfèrent le laisser-faire. Gouverner implique une responsabilité : qui veut encore être responable ?
Badiou comme Zizek nous interpellent : cessons de nous raconter des histoires. Notre démocratie n’est qu’un moment de notre histoire, les histoires que nous nous racontons aujourd’hui ont dépassé ce moment, elles ne sont que des « storytelling » dont Hollywood est friand et qui conjugent New Age et Guerre des Etoiles, or ce sont des fantômes de pacotilles, des narcotiques autorisés.
Redevenir capable de recevoir le legs d’autres fantômes, ceux qui autrefois étaient bien vivants, voilà ce que proposent Badiou et Zizek

zizek
Slavoj Zizek

16:44 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ce que je lis ici me fait peur ! Qui vous a dit que le peuple aime qu'on exerce un pouvoir sur lui et n'était pas responsable ? N'est-ce pas une caricature ? Personnellement, aimez-vous que l'on exerce un pouvoir sur vous ? Que quelqu'un qui croit mieux savoir que vous-même ce qui est bon pour vous vous commande ? Acceptez-vous cela en votre "for intérieur", que l'on vous commande ? Pourquoi alors voudriez-vous que d'autres acceptent cela ?
L'aristocratie comme vous en parlez a-t-elle un jour existé ? N'a-t-elle pas plutôt souvent été le pouvoir des plus riches ou des plus fous que des meilleurs ou des sages ?
Je ne suis pas un spécialiste de l'histoire, mais il y a une question que je me pose à lire ceci : jusqu'à présent le christianisme et le marxisme n'ont-ils pas causés plus de morts que le capitalisme ? Evidement je n'ai pas de réponse à cela. L'enfer n'est-il pas pavés de bonnes intentions ? Je me demande si ce M. Zizek aime les gens, la liberté, s'il aime la vie et s'il est heureux. A moi, il ne me donne pas le sentiment d'être un sage mais plutôt d'une sorte de romantique agité, dépressif avec des tendances totalitaires. J'ai le sentiment que le bolchevisme tout comme le nazisme sont nés de la haine, le ressentiment, la frustration. Comment peut-on faire l'apologie ou presque du plaisir pervers et sadique des totalitaires ? J'ai le sentiment que la "démocratie" même comme elle maintenant est une bonne base, le moins mauvais des systèmes jusqu'à présent, qu'au lieu de vouloir faire la révolution il faut tenter de l'améliorer de l'intérieur jour après jour. Par exemple, les homosexuels ont toujours existé et ont été opprimés pendant des siècles. A présent, au lieu de vouloir qu'ils n'existent pas, ce qui est absurde, ils commencent à recevoir un début de respect. N'est-ce pas un progrès ? Qui n'a pas besoin d'être aimé et respecté comme il est ? Beaucoup de gens manquent d'éducation et de conscience politique, que faudrait-il faire pour ça ? Je souvent étonné de ce que des gens n'ayant pas eu la chance de grandir dans un état de droit ont comme conscience politique, beaucoup d'africains par exemple. Mais pas ceux qui sont au pouvoir en général...
Bon week-end à vous

Écrit par : Francis | 23/02/2008

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