24/02/2008

Exil.

 

 

2.0

 

 

 

« Je vous connais, ô monstre ! Nous voici de nouveau face-à-face. Nous reprenons ce long débat où nous l’avions laissé.

Et vous pouvez pousser vos arguments comme des mufles bas sur l’eau : je ne vous laisserai point de pause ni de répit.

Sur trop de grèves visitées furent mes pas lavés avant le jour, sur trop de couches désertées fut mon âme livrée au cancer du silence.

Que voulez-vous encore de moi, ô souffle originel ? Et vous, que pensez-vous encore tirer de ma lèvre vivante ?

Ô force errante sur mon seuil, ô Mendiante dans nos voies et sur les traces du Prodigue ?

Le vent nous conte sa vieillesse, le vent nous conte sa jeunesse…Honore, ô Prince, ton exil !

Et soudain tout m’est force et présence, où fume encore le thème du néant.

Plus haute, chaque nuit, cette clameur muette sur mon seuil, plus haute, chaque nuit, cette levée de siècles sous l’écaille.

Et, sur toutes les grèves de ce monde, un ïambe plus farouche à nourrir de mon être … !

Tant de hauteur n’épuisera la rive accore de ton seuil, ô Saisisseur de glaives à l’aurore,

Ô Nourisseur des filles les plus aigres sous la plume de fer !

Toute chose à naître s’horripile à l’orient du monde, toue chair naissante exulte aux premiers feux du jour !

Et voici qu’il s’élève une rumeur plus vaste par le monde, comme une insurrection de l’âme…

Tu ne te tairas point, clameur ! que je n’aie dépouillé sur les sables toute allégeance humaine. (Qui sait encore le lieu de ma naissance ?) »

Saint-John Perse 

 

 

perse


 

 

 

 

14:46 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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