26/02/2008

Démocratie: état ou droit ?

On nous dit toute la sainte journée que nous sommes en démocratie. Mais à y voir de plus près, est-ce vraiment le cas ?  N’y-a-t-il pas de l’intoxication dans le martèlement de cette affirmation ?
Démocratie : gouvernement de par et pour le peuple.
Vite dit !
Prenons la vie économique, celle qui vous voit au boulot tous les jours. Quelle démocratie dans les relations de travail ? Aucune ! Que vous soyez salarié dans le privé ou le public, vous n’avez pas votre mot à dire, ou si peu… Les rapports de force et de hiérarchie prévalent sur les autres. Même si vous êtes du côté patronal, vous êtes confronté à la concurrence et à des clients plus puissants que vous qui vous dictent leur volonté. C’est la loi du marché.
Le travail, c’est environ la moitié de votre temps.
En politique, on vous demande votre avis. Pour les élections présidentielles, législatives, municipale et autres réferendum…
Cette démocratie est représentative. Vous votez pour choisir votre représentant à la Chambre. Après…
Et puis il y a le politique et l’économique.
Le politique ne dicte pas sa loi à l’économique. Vous le constatez tous les jours. Hausse des prix et un gouvernement qui ne sait quoi faire pour la ralentir.
Le budget d’un Microsoft est vingt ou trente fois plus élevé que celui du Kosovo, de la Macédoine ou du Burkina ? Qui tient le bon bout ? Et il n’y a pas que Microsoft, la liste est longue de ces mega-sociétés superpuissantes.
Démocratie représentative :pour se faire élire il faut de l’argent. Voyez le Etats-Unis, vous imaginez les moyens financiers dont il faut disposer pour faire campagne dans cet immense pays ? Les assurances que les candidats doivent donner aux lobbies qui les financent …
Et si avant d’être un droit, la démocratie était un état qui permettrait l’exercice de ce droit ? Un état politique et sociologique qui réunirait les conditons pour que les citoyens, parfaitement informés et impliqués, donnent leur avis et fixent leur choix ?
On en est loin.  Hitler a été démocratiquement élu et si Mussolini et Staline ne l’ont pas été, un referendum populaire eut sanctionné positivement leur politique. Ne nous leurrons pas.
Ceux que nous élisons  traquent nos voix en jouant sur nos peurs, nos pulsions, nos aspirations et épousent le profil que nous souhatons les voir endosser. Les conseillers des campagnes électorales sont des spécialistes de la psychologie des foules et savent comment diriger l’opinion.
La mode aujourd’hui est au storytelling, ce procédé qui consiste à bannir toute référence ennuyeuse comme les chiffres, les tableaux comparatifs, les statistiques et le ton sérieux et empâté de jadis. Ce que l’on met en avant est l’histoire du candidat, on transforme son programme en histoire. Ecouter une histoire fait rêver. Des statistiques font bailler.
C’est la mode, mais ce n’est pas nouveau ! C’était l’apanage des dictateurs : Hitler contant l’histoire gloreuse d’un Reich millénaire ou Staline celui d’un Grand Soir à venir. Aujourd’hui Bush nous raconte comment, jeune, il a combattu son alcoolisme, de la même manière qu’il combat en Irak le Mal ! Obama, c’est l’épopée d’un gosse abandonné par son père et qui, métis, se fait tout seul dans une société de blancs. Sarkozy récite sa saga pour le pouvoir d’achat et la rupture d’avec les vieilles habitudes d’antan.
Et le bon peuple de marcher dans la combine !
Alors, que faire !
Des philosophes comme Badiou et Zizek se posent la question : la pseudo-démocratie que l’on nous vend, n’est-elle pas l’allié objectif d’un capitalisme libéral de plus en plus puisssant et totalitaire ? Et dans ce cas, pourquoi ne pas le combattre ?
Toutes les révolutions sont le fait d’une minorité éclairée. La française, la russe, la cubaine… toutes.
Dépasser cette  « démocratie » aliénante et retrouver le droit chemin du pouvoir par le peuple, en éducquant ce peuple, voilà leur programme qui n’est pas une histoire.
Créer un état de démocratie avant un droit à la démocratie.
Je reviendrai sur ces deux penseurs.

revolution

 

Pierre Bourdieu :
« la domination symbolique est une domination qui s'exerce avec la complicité du dominé, ou plus précisément avec la complicité des structures que le dominé a acquises dans la confrontation prolongée avec des structures de domination (…) ; il est évident qu’il ne suffit pas de prendre conscience de ces structures ; il faut transformer profondément les dispositions acquises, par une sorte de rééducation –celle qui est nécessaire pour perdre un « mauvais pli » (…) et on sait combien c’est long et difficile- et inséparablement, il faut changer les conditions de production de ces structures incorporées, et il faut donc changer l’ordre symbolique ».

Nouvelles réflexions sur la domination masculine, séminaire du Gesdist du 14 juin 1994, in Cahier du genre, n°33, Paris 2002.

18:47 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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