29/02/2008

Du "storytelling"

 

"Il était une fois »". Pour capter l'attention de vos interlocuteurs, rien ne vaut cette formule-choc. Les hommes aiment les histoires, ils vous écouteront, croyez-moi.Une histoire permet d'explorer les conditions d'une expérience possible, les nouveaux rapports au temps et à l'espace.
On invente un « peuple qui manque » comme dirait Deleuze.Qui n'a pas été Sitting Bull, Lancelot, le petit chaperon rouge ou la Sophie et ses malheurs ?
Cette possibilité de l'histoire n'a pas échappé aux publicitaires. Aujourd'hui, plutôt que de vanter les mérites intrinsèques de l'objet, ils racontent l'histoire de ceux qui l'utilisent.
Vous savez comme moi combien les utilisateurs des chaussures de sports N... sont jeunes, beaux, athlétiques, et performants. Autant que ceux qui portent les vêtements X ou portent la montre Y. On ne vous anône plus les caractéristiques techniques de la chaussure, du vêtement ou de la montre. Ce n'est pas porteur.
Les hommes politiques ont compris l'impact de l'histoire sur leurs électeurs.  Bien plus que d'austères statistiques, de fichiers Power Point ou Excell, ils se mettent à raconter une histoire : la leur ! Obama, jeune étudiant nécéssiteux qui vient à bout des préjugés et pièges d'une société de blancs nantis. Clinton, la femme de l'autre, qui raconte sa saga d'épouse du Président, ses combats pour que prévale son avis dans la nomenklatura mâle, son expérience acquise au bout d'une lutte âpre et sans merci.
L'histoire de ces conteurs est toujours au diapason de celles et de ceux qui l'écoutent. Ce ne sera jamais une histoire vraiment extraordinaire, mais une histoire qui pourrait faire dire : cela aurait pu être moi !
Comme pourrait être « moi », le gosse pauvre de banlieue  qui devient champion de basket, les chaussures N... aux pieds, ou « moi » ce pdg en herbe qui devient « wonder boy » la montre X au poignet et les lunettes R.B sur le nez.
Ces « stories » sont des protocole de dressage qui visent à contrôler des pratiques, à s'approprier savoirs et désirs des individus.
« A travers l'injonction aux récits lancée par toutes sortes d'instance du pouvoir, nous assistons bien à l'émergence d'un nouvel ordre narrratif. ». (Christian Salmon, Le Storytelling, La Découverte, p.213)
Ce nouvel ordre narrratif (N.O.N) dessine un nouveau champ de lutte démocratique : ses enjeux ne seront plus seulement le partage des revenus du travail et du capital, les inégalités au niveau mondial, les menaces écologiques, mais aussi la violence symbolique qui pèse sur l'action des hommes, influence leurs opinions et instrumentalise leurs émoltions, les privant ainsi des moyens intellectuels et symboliques de penser leur vie.
Henri Guaino, conseiller du Président Sarkozy, déclarait aujournal Le Monde en juillet 2007 :
« La politique c'est écrire une histoire partagée par ceux qui la font et par ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d'écrire et de raconter une histoire. ». Ce disant, il s'en référait à un De Gaulle capable d'écrire un récit collectif faisant d'une nation, une narration.
Mais n'est pas De Gaulle qui veut !
Ce même Henri Guaino a introduit dans l'équipe de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy des conseillers du Boston Consulting Group afin que les  membres de cette équipe « apprennent un autre langage ». (ibid, p.209).
Comme quoi, vendre des chaussures de sport ou élire un homme à la présidence, même combat.
Faut-il en rester là et subir ? Rien n'est moins sûr. Un peu partout des groupes d'intellectuels contrent cette offensive d'assujetissement de nos esprit. « La lutte des hommes pour leur émancipation qui ne saurait être ajournée par l'émergence de ces nouveaux pouvoirs, passe par la reconquête de leurs moyens d'expression et et de narration. Cette lutte a déjà commencé, elle se fraye un chemin dans le tumulte d'Internet et le désordre des stories, elle s'éveille à des pratiques nouvelles et minoritaires, échappant largement au regard des medias dominants, mais dont la puissance est bien réelle ». (ibid, p.212)
Sachons être minoritaires.
Et lisons l'excellent ouvrage de M. Christian Salmon.

14:28 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/02/2008

Démocratie: état ou droit ?

On nous dit toute la sainte journée que nous sommes en démocratie. Mais à y voir de plus près, est-ce vraiment le cas ?  N’y-a-t-il pas de l’intoxication dans le martèlement de cette affirmation ?
Démocratie : gouvernement de par et pour le peuple.
Vite dit !
Prenons la vie économique, celle qui vous voit au boulot tous les jours. Quelle démocratie dans les relations de travail ? Aucune ! Que vous soyez salarié dans le privé ou le public, vous n’avez pas votre mot à dire, ou si peu… Les rapports de force et de hiérarchie prévalent sur les autres. Même si vous êtes du côté patronal, vous êtes confronté à la concurrence et à des clients plus puissants que vous qui vous dictent leur volonté. C’est la loi du marché.
Le travail, c’est environ la moitié de votre temps.
En politique, on vous demande votre avis. Pour les élections présidentielles, législatives, municipale et autres réferendum…
Cette démocratie est représentative. Vous votez pour choisir votre représentant à la Chambre. Après…
Et puis il y a le politique et l’économique.
Le politique ne dicte pas sa loi à l’économique. Vous le constatez tous les jours. Hausse des prix et un gouvernement qui ne sait quoi faire pour la ralentir.
Le budget d’un Microsoft est vingt ou trente fois plus élevé que celui du Kosovo, de la Macédoine ou du Burkina ? Qui tient le bon bout ? Et il n’y a pas que Microsoft, la liste est longue de ces mega-sociétés superpuissantes.
Démocratie représentative :pour se faire élire il faut de l’argent. Voyez le Etats-Unis, vous imaginez les moyens financiers dont il faut disposer pour faire campagne dans cet immense pays ? Les assurances que les candidats doivent donner aux lobbies qui les financent …
Et si avant d’être un droit, la démocratie était un état qui permettrait l’exercice de ce droit ? Un état politique et sociologique qui réunirait les conditons pour que les citoyens, parfaitement informés et impliqués, donnent leur avis et fixent leur choix ?
On en est loin.  Hitler a été démocratiquement élu et si Mussolini et Staline ne l’ont pas été, un referendum populaire eut sanctionné positivement leur politique. Ne nous leurrons pas.
Ceux que nous élisons  traquent nos voix en jouant sur nos peurs, nos pulsions, nos aspirations et épousent le profil que nous souhatons les voir endosser. Les conseillers des campagnes électorales sont des spécialistes de la psychologie des foules et savent comment diriger l’opinion.
La mode aujourd’hui est au storytelling, ce procédé qui consiste à bannir toute référence ennuyeuse comme les chiffres, les tableaux comparatifs, les statistiques et le ton sérieux et empâté de jadis. Ce que l’on met en avant est l’histoire du candidat, on transforme son programme en histoire. Ecouter une histoire fait rêver. Des statistiques font bailler.
C’est la mode, mais ce n’est pas nouveau ! C’était l’apanage des dictateurs : Hitler contant l’histoire gloreuse d’un Reich millénaire ou Staline celui d’un Grand Soir à venir. Aujourd’hui Bush nous raconte comment, jeune, il a combattu son alcoolisme, de la même manière qu’il combat en Irak le Mal ! Obama, c’est l’épopée d’un gosse abandonné par son père et qui, métis, se fait tout seul dans une société de blancs. Sarkozy récite sa saga pour le pouvoir d’achat et la rupture d’avec les vieilles habitudes d’antan.
Et le bon peuple de marcher dans la combine !
Alors, que faire !
Des philosophes comme Badiou et Zizek se posent la question : la pseudo-démocratie que l’on nous vend, n’est-elle pas l’allié objectif d’un capitalisme libéral de plus en plus puisssant et totalitaire ? Et dans ce cas, pourquoi ne pas le combattre ?
Toutes les révolutions sont le fait d’une minorité éclairée. La française, la russe, la cubaine… toutes.
Dépasser cette  « démocratie » aliénante et retrouver le droit chemin du pouvoir par le peuple, en éducquant ce peuple, voilà leur programme qui n’est pas une histoire.
Créer un état de démocratie avant un droit à la démocratie.
Je reviendrai sur ces deux penseurs.

revolution

 

Pierre Bourdieu :
« la domination symbolique est une domination qui s'exerce avec la complicité du dominé, ou plus précisément avec la complicité des structures que le dominé a acquises dans la confrontation prolongée avec des structures de domination (…) ; il est évident qu’il ne suffit pas de prendre conscience de ces structures ; il faut transformer profondément les dispositions acquises, par une sorte de rééducation –celle qui est nécessaire pour perdre un « mauvais pli » (…) et on sait combien c’est long et difficile- et inséparablement, il faut changer les conditions de production de ces structures incorporées, et il faut donc changer l’ordre symbolique ».

Nouvelles réflexions sur la domination masculine, séminaire du Gesdist du 14 juin 1994, in Cahier du genre, n°33, Paris 2002.

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24/02/2008

Exil.

 

 

2.0

 

 

 

« Je vous connais, ô monstre ! Nous voici de nouveau face-à-face. Nous reprenons ce long débat où nous l’avions laissé.

Et vous pouvez pousser vos arguments comme des mufles bas sur l’eau : je ne vous laisserai point de pause ni de répit.

Sur trop de grèves visitées furent mes pas lavés avant le jour, sur trop de couches désertées fut mon âme livrée au cancer du silence.

Que voulez-vous encore de moi, ô souffle originel ? Et vous, que pensez-vous encore tirer de ma lèvre vivante ?

Ô force errante sur mon seuil, ô Mendiante dans nos voies et sur les traces du Prodigue ?

Le vent nous conte sa vieillesse, le vent nous conte sa jeunesse…Honore, ô Prince, ton exil !

Et soudain tout m’est force et présence, où fume encore le thème du néant.

Plus haute, chaque nuit, cette clameur muette sur mon seuil, plus haute, chaque nuit, cette levée de siècles sous l’écaille.

Et, sur toutes les grèves de ce monde, un ïambe plus farouche à nourrir de mon être … !

Tant de hauteur n’épuisera la rive accore de ton seuil, ô Saisisseur de glaives à l’aurore,

Ô Nourisseur des filles les plus aigres sous la plume de fer !

Toute chose à naître s’horripile à l’orient du monde, toue chair naissante exulte aux premiers feux du jour !

Et voici qu’il s’élève une rumeur plus vaste par le monde, comme une insurrection de l’âme…

Tu ne te tairas point, clameur ! que je n’aie dépouillé sur les sables toute allégeance humaine. (Qui sait encore le lieu de ma naissance ?) »

Saint-John Perse 

 

 

perse


 

 

 

 

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21/02/2008

Pourquoi elle est vierge.

" Le mode de comprendre est conditionné par le mode d'être de celui qui comprend " (Henry Corbin, En Islam iranien, Gallimard).
Pour le croyant, quand éclôt le sens vrai, ce sens rend vrai du même coup l'existence.
Les Livres Saints racontent des évènements dont la geste extérieure se présente comme accomplie dans le passé. Ils mettent en scène des personnages du passé. Comme ils ont un sens pour la vie et la mort pour le croyant qui qui les lit, ils ne sont pas de simples évènements du passé, c'est que dit un Imâm shî'ite : " Si le Coran n'avait de sens que par rapport aux hommes à l'occasion desquels tel ou tel versets furent révélés, alors tout le Coran serait mort ". Ce qui signifie qu'un Livre Saint est au présent " perpétuel ". Il est au-delà de ce que l'on pourrait appeler l'historicisme.
Comprendre signifie " impliquer " : comprendre un sens c'est l'impliquer dans son mode d'être. Les événement que relatent les Livres Saints ne sont pas des constats ni des descriptions, mais des signes qui sont adressés au lecteur qui les comprend au présent.
Le sens du signe est impliqué dans celui qui le comprend parce qu'il est celui à qui il s'adresse.
Prenons deux exemples. Si, dans la Bible, on lit l'épisode de Moïse et qu'on le lit avec le mode d'être d'un simple lecteur, le récit est purement fantastique (qui relève du phantasme).
Moïse, s'il a vécu, est peut-être un Egyptien (Mose signifie " fils " en égyptien pharaonique), sans doute un haut dignitaire frappé d'ostracisme qui se soulève et s'enfuit avec des travailleurs émigrés lassés de leur condition. Ils réussisent à semer l'armée qui les poursuit et errent dans le désert à la recherche d'une " terre promise " par Moïse lequel, pour souder le groupe, impose une monolâtrie, peut-être un reste du culte monothéïste d'Athon.
Cette histoire là se déroule dans un passé et n'a pas vocation de " signe " pour le lecteur, elle est affaire non pas d'hermétiste mais d'historien.
Pour le croyant qui lit le texte " au présent ", Moïse est l'appelé qui ne refuse pas la mission que Dieu lui convie, ce faisant il fait signe au lecteur de ne pas ignorer l'appel divin. Il est celui qui rassemble le troupeau dont il est le pasteur et son " exode " (exode signifie " hors de la route ") est un voyage initiatique vers une " terre promise " dont la " Loi ", qu'il révèle, est le garant.
Le croyant est toujours un Moïse en vocation (tout homme a une vocation prohétique), il est toujours en " exode " et erre dans les ténèbres pour trouver une terre de Lumière (Terre Promise dans l'Ancien Testament, Jérusalem Céleste dans le Nouveau).
La foi du croyant ne peut s'appuyer uniquement sur les fait " historiques " repris dans le paragraphe supra. Le croyant va donc s'attacher davantage au caractère de révélation qu'il perçoit dans ce texte. Ce n'est pas le lieu et le temps qui importent mais la révélation qu'il reçoit au présent. Ce texte est pour lui une apparition qu'il comprend (implique) telle quelle.
Même analyse pour un passage du Nouveau Testament. L'ange Gabriel visite Marie et lui annonce qu'elle enfantera de Jésus. Ce à quoi elle lui répond : " comment puis-je être enceinte alors que je n'ai connu aucun homme ? "
Dans l'espace et le temps historique, il est impossible qu'une vierge enfante et qu'un mortel soit visité par les anges.
Dans le temps proto-historique, ces événement sont vrais pour le croyant parce que son mode d'être le veut ainsi.
Marie qui enfante de Jésus, Dieu incarné pour les Chrétiens, ne peut être que vierge. La naissance de l'enfant-Dieu ne peut être que merveilleuse. Le sens naturel ou littéral n'est que l'enveloppe d'un sens intérieur qui est le sens spirituel et ce sens en contient un autre plus intérieur encore qui est le sens célestiel (cfr. Swendenborg).
Le phénomène (l'apparition)  dit l'histoire immanente à la conscience dont il laisse se montrer les intentions.. Et cette conscience rend compte en dévoilant les intentions cachées qui les motivent et les " font se montrer ".
Pour mieux pénétrer les arcanes du pourquoi du fait religieux et spirituel, consultez les ouvrages d'Eugen Drewermann.

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19/02/2008

Zizek, Badiou et Jésus

Slavoj Zizek est un philosophe slovène peut-être – comment peut-on être Slovène ? – mais iconoclaste sûrement. Nous voilà rassuré, l’iconoclastie, à la différence de la Slovénie, est une affection reconnue.
Saint-Just disait : « Le monde est vide depuis les Romains », Zizek pense, lui, qu’un héritage peut encore être sauvé : le christianisme et le marxisme !
Mais passons aux prolégomènes de l’œuvre de notre Slovène de philosophe. Nos générations sont mortes. Elles ne sont même pas l’ombre des générations précédentes qui viendraient les tourmenter comme le font les fantômes, elles sont à ce point inertes – d’autres écriraient infectées - et insensibles que les fantômes n’ont pas de prise sur elles.
Dur constat. Les peuples ne seraient plus que des masses gelatineuses qui vont et viennent au gré de pulsions primaires qu’elles ne contrôlent plus et qui s’appellent : consommation, spectacle, repli intellectuel, exacerbation de l’individualisme. Pour satisfaire ces pulsions elles acquièscent passives à tout ce qui fait en leur nom : dévoiement de la démocratie.
Le marché, avatar du capitalisme : voilà l’ennemi !
Le détournement d’une ligne est une crise. Le gouvernement du peuple, par le peuple et au nom du peuple est squatté par un petit groupe qui a recours au mandat populaire et s’en prévaut pour conforter ses intérêts personnels… au nom du peuple.
Alors, comment supporter encore la démocratie, le scrutin populaire, le suffrage universel quand ces principes ne sont que des rituels périodiques  dont les zélateurs ignorent délibérement les arcanes ? Et que la suite obligée en est le sophisme et le cynisme, ce dont Sarkozy est le nom, tout comme il est le nom de la peur pour le philosophe Alain Badiou.
(Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Circonstances éditeur).
Faut-il rallier Zizek et Badiou qui prônent la violence révolutionnaire pour en finir avec cette décomposition putride qui empeste l’air et l’esprit ?
Badiou est partisan de la « dictature » de ce qu’il appelle la « Vertu »,  je vois dans ce type de « dictature » un retour aux aristocrates dont Platon parle dans « La République ». Souvenez-vous, la cité est d’abord dirigée par le meilleur, celui-ci devient petit à petit tyrannique, alors le peuple se soulève, le dépose et c’est l’anarchie,  mais comme l’anarchie est stérile, le peuple décide de déléguer son pouvoir à une assemblée représentative, qui, petit à petit, elle aussi, finit par ne s’occuper que de ses intérêts claniques et calme le peuple par du pain et des jeux,  mais les intérêts claniques sont contradictoires par essence, les clans s’opposent, se combattent et c’est l’implosion au bout le laquelle le peuple fait appel à un aréopage de sages choisis parmi les plus influents des philosophes…c’est le pouvoir des meilleurs, l’aristocratie.
Zizek rappelle que le Christ fut d’abord un révolutionnaire haïssant les élites de la société juive de l’époque et exigeant que ses disciples’arrachent de leur milieu ambiant. (« Qui ne hait pas et son père et sa mère et son frère et sa sœur…. n’est pas digne d’être mon disciple »).
Et qu’il a été crucifié non pas pour avoir prêché l’amour, mais pour avoir dénoncé le pouvoir en place.
Zizek nous propose d’en finir avec l’absolu (Dieu aussi est Absolu), car l’Absolu est fragile… alors, nous dit Zizek, intégrons cette fragilité de l’Absolu et recherchons dans le marxisme le fondement même du christianisme. « L’héritage chrétien authentique est bien top précieux pour être abandonné aux freaks intégristes » (Slavoj Zizek. Fragile Absolu, ou pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu, Flammarion). Ne laissons pas le christianisme entre les mains d’incultes qui s’en servent et le déforment au sein de leurs sectes. Zizek, apologiste de l’intolérance nous démontre que les « droits de l’homme » sont en fait des droits qui autorisent la violation des dix commandement. Ils ne descendent pas du Sinaï, ils le contournent. Liberté de croyances = liberté d’adorer les idoles ; liberté d’aimer = liberté de commettre l’adultère, de contourner l’interdit homomsexuel. Et ainsi de suite.
Retrouver la sève de la charité chrétienne dans la dialectique historique marxiste.
Il y a aussi une jouissance dans les régimes totalitaires, poursuit Zizek. Les Allemands jouirent durant le nazisme, tout comme les Russes sous le bolchévisme, les peuples n’ont pas vocation à gouverner, ils préfèrent le laisser-faire. Gouverner implique une responsabilité : qui veut encore être responable ?
Badiou comme Zizek nous interpellent : cessons de nous raconter des histoires. Notre démocratie n’est qu’un moment de notre histoire, les histoires que nous nous racontons aujourd’hui ont dépassé ce moment, elles ne sont que des « storytelling » dont Hollywood est friand et qui conjugent New Age et Guerre des Etoiles, or ce sont des fantômes de pacotilles, des narcotiques autorisés.
Redevenir capable de recevoir le legs d’autres fantômes, ceux qui autrefois étaient bien vivants, voilà ce que proposent Badiou et Zizek

zizek
Slavoj Zizek

16:44 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/02/2008

Sarkozy taclé par Veil

Shoah: Veil juge l'idée de Sarkozy "insoutenable"

Déportée à 16 ans, cette proche du Président a des mots très durs contre "l'adoption" de jeunes victimes par des écoliers.

De toutes les réactions hostiles, négatives ou simplement réticentes à la proposition de Nicolas Sarkozy concernant les enfants et la Shoah, il en est une, remarquable par sa violence, qui sort du rang: celle de Simone Veil, ancienne déportée à l'âge de 16 ans, proche du Président et qui était assise à sa droite au dîner du Crif mardi soir.

Elle a jugé que la proposition de Nicolas Sarkozy était "inimaginable, dramatique, injuste".

Sur L'Express.fr, l'ancienne ministre, dont le ralliement à Nicolas Sarkozy avait été un des temps forts de la campagne présidentielle, raconte que son sang "s'est glacé" en entendant le président de la République proposer que chaque élève de CM2 en France adopte un enfant victime de la Shoah.

"C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de 10 ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école."

L'ancienne ministre redoute également que cette idée puisse attiser les antagonismes religieux en France:

"Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif?"

Cette réaction remarquable s'ajoute au concert de protestations qui a accompagné dans tous les milieux cette proposition surprise de Nicolas Sarkozy. Seules quelques voix se sont exprimées en faveur de la proposition présidentielle, parmi lesquelles celle de François Hollande, le premier secrétaire du PS, et celle de Marek Halter, qui l'a qualifiée d'"initiative formidable".

La sortie de Simone Veil permet, surtout, de s'interroger, une nouvelle fois, sur la manière de procéder du chef de l'Etat: comment a-t-il pu lancer une telle idée sans consulter cette femme dont l'histoire personnelle et le positionnement politique en font l'interlocuteur idéal avant de lâcher en pâture à l'opinion une bombe pareille? Sauf à considérer que les idées de ses conseillers de l'Elysée sont au-dessus de toute contestation.

Quoi qu'il en soit, le jugement sans appel de Simone Veil risque fort de peser suffisamment lourd pour condamner cette initiative présidentielle à finir dans la poubelle, déjà passablement remplie, des fausses bonnes idées de Nicolas Sarkozy.

A lire : Sarkozy et les adoptions d'enfants de la Shoah, l'éditorial de Rue89

18:53 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

15/02/2008

Enfants et devoir de mémoire.

Monsieur Sarkozy nous donne, une fois de plus, matière à polémique et controverse. Cette fois-ci ce n’est pas son mariage, mais sa dernière déclaration sur le devoir de mémoire des victimes de la Shoah.
Au dernier dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, le Président de la République a déclaré que cette année chaque enfant de CM2 serait parrain d’un enfant déporté et décédé au cours de la dernière guerre mondiale.
Le problème est de savoir si ce parrainage obligé, par un enfant de dix ans, est chose bonne et utile et dans quelle mesure un enfant de cet âge peut intégrer le drame vécu par un de ses semblables voici plus de soixante ans.
Des enseignants ont aussitôt rétorqué que le devoir de mémoire était déjà dans les programmes scolaires : lecture du jounal d’Anne Franck, discussion sur ces évènements tragique, visites de camps de transit comme celui de Drancy et de conférences par des rescapés de l’Holocauste.
En rajouter, en faisant un élève de dix ans porteur d’une mémoire qu’il n’est pas à même d’intégrer dans son vécu conscient et inconscient me paraît au moins léger.
Comment cet enfant va-t-il faire pour recueillir cet héritage qu’il n’a pas réclamé ? Empathie peut-être, indifférence, curiosité morbide, défiance, rejet, racisme… Toutes ces réactions sont possibles qui ne sont ni dans l’intérêt de l’enfant, ni dans celui du devoir de mémoire.
De plus, ce ministère peut induire chez l’enfant un sentiment de responsabilité, donc de culpabilité dont il n’a, en aucune façon, à répondre. Pourquoi risquer des traumatismes inutiles alors qu’il y en a suffisamment dans la vie de tous les jours ?
Et puis, soyons clairs : devoir de mémoire pour ces innocentes victimes d’un massacre crapuleux, certes ! Mais quid du devoir de mémoire pour les autres atrocités de l’Histoire ?
Génocide des Arméniens, des Indiens d’Amérique, des Africains victimes de l’esclavagisme ?
Ce qui me choque particulièrement c’est la manière unilatérale que le Président adopte pour faire passer son projet. Pas de concertation avec les enseignants, les psychologues, les historiens. Projet personnel à l’aune de son exercice du pouvoir.
La forme aussi,  qui le voit déclarer son intention au cours d’un dîner offert par un groupe de pression dont il importe de s’attirer la faveur, surtout quand les sondages lui sont défavorables.
Monsieur Sarkozy a, ces derniers temps, ébranlé un principe fondateur de notre République : la laïcité. Loin de regretter ses discours de Latran et Ryad il a avoué, toujours lors de ce dîner, qu’il « persistait et signait ». Cette affirmation clôturait un discours dans lequel il estimait que si le mal avait à ce point triomphé dans les régimes nazis et communistes c’etait plus dû à l’absence de Dieu qu’à sa présence dans le siècle.
Je suppose que cette « idée » pédagogique du Président connaîtra le même sort que la première, celle qui obligeait les enseignants des Lycées à lire en classe la dernière lettre de Guy Môquet, l’adolescent communiste fusillé par les Allemands. Cinquante pour cent du corps enseignant avait refusé de le faire.
On n’instrumentalise pas impunément les gens, que ce soit Guy Môquet ou les enfants juifs martyrs. Il y a un devoir de mémoire, mais ce devoir est inséparable du respect auquel ils ont droit.
Mais le respect, manifestement Monsieur Sarkozy ne sait pas ce que cela veut dire.






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