12/03/2008

Ch'tis amers !

Huit millions d’entrées en deux semaines. C’est magnifique pour le cinéma français, mais pose des questions.
Ainsi donc, l’auto-dérision serait la meilleure pratique de la méthode Coué.
Ils vivent dans un pays plat, au climat médiocre, la mer y est grise et mauvaise, la pluie (drache) omniprésente… mais qu’est-ce que c’est beau !
Et appétissantes les frites-fricadelles-picadilly… comme la bière blonde, les chicons (endives) gratinés, les carbonnades et autres anguilles au vert.
Quand rien ne va plus, que le travail devient rare, que la grandeur industrielle est passée, reste le pays – défiguré par ses terrils et corons – mais qu’importe, on l’aime, on y est chez soi, personne n’en veut, mais on ne l’aime que plus.  Et de même pour le parler local aussi incompréhensible que l’accent gras qui le sous-tend.
Les bouleversements économiques, la mondialisation, la précarité font que les braves gens se recentrent et finissent par trouver – à tout prix – le bonheur chez eux. Je ne vais pas le leur reprocher,  c’est même une émergence de sagesse populaire qu’il serait de mauvais aloi de snober.
N’empêche, on quitte ce film, ou plutôt cette suite de gags plutôt lourds, avec le sentiment que les protagonistes ont abandonné tout futur.
Car enfin, quelle morale en tirer ? Qu’on n’est jamais aussi bien que chez soi, qu’on ne se comprend que mieux en parlant patois… que le monde est à côté mais que nous on est chez soi… Il y a comme un provincialisme attardé qui recevrait ses lettres de noblesse.
Je suis sévère, me direz vous… Je suis surtout un homme du Sud  et nous, nous ne sommes pas, quoi qu’en pense le père Pagnol, des rigolos. Nous cultivons un certain pessimisme, une langueur nostalgique, voire une tristessse occultée par le rire et la dérision.
Nous ne nous moquons pas de nous. Honneur oblige. Cet honneur, nous, les hommes, nous le mettons un peu trop au niveau de la braguette et les femmes dans leur vocation matrimoniale.
Nous accueillons l’étranger, c’est vrai… mais trop souvent par devoir.
Le soleil nous brûle, la mer est trop bleue et la pluie une richesse. Trop de beauté tue la beauté.
Nous avons un passé riche, comme celui de gens du Nord, mais il nous pèse… pas facile d’être les héritiers des Grecs et des Romains, il y a comme des comptes à rendre.
Alors nous sommes un peu étonnés que ces Picards, Flamands et autres se prennent à rire d’eux-mêmes, cultivent leurs singularités, les exhibent et les revendiquent.
Sans doute est-ce la meilleure médecine pour contrer l’uniformisation générale que l’Europe mercantile nous promet… mais la médecine, que je sache, s’adresse aux malades.
Et même au malades rigolards.
En fin de compte, cet amour du régional je l’assimile moins à un sentiment brûlant qu’à un refuge tout précaire.
Fragile refuge, il y a des lendemains qui ne chanteront guère.

bienvenue_Chtis-2

17:40 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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