15/03/2008

Chronique de viols ordinaires;

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Avril 1945 : les Soviétiques s’emparent de Berlin. Il y a encore quatre millions de civils dans la capitale du Reich. Parmi eux,  beaucoup de femmes de vieillards et d’enfants.
Une de ces femmes, restée anonyme jusqu’à sa mort il y a huit ans, a rédige du 20 avril au 22 juin un journal écrit dans un petit cahier, sur des feuilles volantes, et tout ce qu’elle pouvait trouver.
Cette femme a trente ans. Elle est cultivée, parle des langues étrangères, dont un peu de russe, elle a voyagé, elle connaît Paris, Londres et Moscou.
Ce qu’on y lit est la vie de quelques habitants terrés dans les caves, puis dans ce qui leur reste de logement, la lutte pour la nourriture, l’eau, la vie…
Les viols y sont décrits froidement, d’une manière quasi clinique, on comprend que pour l’auteure s’exprimer de la sorte est une thérapie pour évacuer l’innomable, l’insoutenable, l’abject.
Les viols sont de plusieurs sortes. Crapuleux quand des hommes de troupe, ivres et brutaux s’emparent de femmes terrorisées et en font l’objet de ce que l’on appelle aujourd’hui, une tournante.
D’autres sont furtifs,  qui se passent en un temps record entre deux portes ou dans un couloir sombre et puant.
Et puis, très vite, des femmes comprennent que pour éviter le harcèlement des soldats il faut se trouver un « protecteur », un officier, au plus gradé, au mieux.
Et cette femme de se demander, après avoir déniché un major affable et doux, si de victime elle n’est pas devenue une prostituée. Il lui assure une sécurité et un approvisionnement quasi assuré. Elle lui « donne » son corps…
Il y a aussi les hommes, les Allemands, qui se terrent de peur d’être arrêtés et préfèrent envoyer leur femme à la corvée d’eau, et tant pis si elle se fait violer. Les mêmes qui apprécient, chez eux, une demoiselle et son « amant » officier qui les ravitaille et ensuite s’empressent de donner congé à cette dernière, le Russe parti.
Après les viols et la troupe débridée, il y eut, une fois les soldats dans des campements,  la faim, la lutte quotidienne pour une pomme de terre et quelques grammes de farine. Et l’humiliaton constante des vaincus, le sentiment que les vainqueurs feront d’eux des objets dans leurs projets d’après-guerre.
Contrainte de s’abandonner aux autres, cette femme ne s’est jamais abandonnée, c’est ce qui l’a sauvée elle et des autres… Mais pour ces quelques rescapées, combien de femmes, jeunes et moins jeunes n’ont-elles pas été marquées à jamais ?
Son témoignage est bouleversant de dignité, de retenue et de courage.
Quelle superbe leçon !


Le viol est un crime, faut-il le répéter ? Un million cinq-cent mille femmes allemandes ont été violées par les seuls Russes durant la dernière guerre. Cent mille à Berlin…
Ce crime n’a jamais été dénoncé ni jugé !
C’est honteux !




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Anonyme: Une femme à Berlin, Témoins, Gallimard. 260 pages

19:41 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

On parle aussi très peu, pour la même époque, des viols commis par les soldats américains en France et ailleurs. Ce genre de témoignage montre la nécessité d'un état de droit et prouve que ceux qui rêvent de l'anarchie sont des fous : regardez par exemple ce qui se passent actuellement au Congo, en matière de viols aussi.

Écrit par : Francis | 16/03/2008

"ce qui se passe"

Écrit par : Francis | 16/03/2008

Ah ça, "malheur aux vaincus !" Il y eut des viols perpétrés par les Alliés, mais quand même moins que par les Russes, encore que cela n'enlève rine à l'horreur de cet acte qui fait que ce soit la femme qui paie dans sa chair les exactions des hommes.
Les Alliés, tout comme les Russes se livrèrent au pillage et même à quelques massacres dont l'Histoire rendra compte au moment venu.
De nos jours, on admet sans réticence que le bombardement de Dresde qui fit 200.000 victimes civiles et qui fut perpétré dans l'intention avouée et écrite de "terroriser la population civile", fut un crime de guerre.
De même pour Hiroshima et Nagasaki, bombardées (et comment !) pour "tester" la bombe atomique et en remontrer aux Soviétiques.

Écrit par : Mitso | 16/03/2008

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