20/03/2008

Sébire, Claus et les autres.

Voilà, elle n’est plus. Suicide ? Assisté ou non ? Mort naturelle ? Qui sait ? Un procureur se pose les questions. Ah, j’espère qu’il mènera une enquête publique et claire, sans faux-fuyant, sans ces airs de Tartuffe outragé qui caractérisent nos autorités en la matière.  Et s’il le faut, qu’il pousuive ! Que les protagonistes d’une mort assisté comparaissent devant les tribunaux et soient poursuivis conformément à la législation en viguer. C’est le seul moyen de faire bouger les choses.
Curieux tout de même mes compatriotes, héritiers (si peu dignes !) de la Révolution et qui se comportent en petits bourgeois frileux, tatillons dans les réformes de fond, provincialistes et incurables nostalgiques de l’Ancien Régime. Sur les frontons des palais de la République s’exhibe la devise : Liberté, Egalité, Fraternité, mais, à l’intérieur, l’or des lambris rappelle que la monarchie est toujours là, bien ancrée dans ses séculaires certitudes.
Au même moment, le Flamand Hugo Claus était euthanasié dans un hopital d’Anvers. J’eusse préféré qu’il se tire une balle dans la tête ou avale une capsule de cyanure, mais bon ! tout le monde n’a pas un fusil de chasse à portée de main.La perspective de devoir prendre rendez-vous avec un médecin pour se faire piquer ne m’attire guère. Le jour venu, s’il le faut, je prendrai, moi-même, comme un grand, la décision qu’il faudra.
Cet excellent écrivain avait narré dans son remarquable roman :  « Le chagrin des Belges » les dérives d’une bourgeoisie égoïste, répliée sur ses démons identitaires et prête, pour ce faire, à s’allier à tous les démons fussent-ils nazis. C’est là, en Flandre, que lui fut offerte une porte de sortie qu’il jugeait honorable et digne.
Faut-il que le législateur s’occupe de tout ? De la sexualité, de la mort et de ce qui procède de la perception existentielle des citoyens ? Je ne le crois pas. Il est des moments où la loi doit s’effacer devant l’individu et le laisser faire. La mort, en tant que telle, est un sujet en or pour philosophes et théologiens, elle leur permet de superbes joutes intellectuelles et d’un ennui emblématique. Mais « ma » mort m’est intimement personelle,  plus que mon existence qui s’imbrique dans celle des autres, ma mort m’est totalement propre et ne peut être partagée. Qu’on me la laisse, elle est à moi !
Qui sont-ils ceux qui prétendent me dicter une conduite en la matière ? Ils sont vivants, que peuvent-ils dire à ceux qui sont au seuil de la tombe ? Les morts enterrent les morts, voilà tout le sens de cette parole évangélique ou, si vous préférez, ceux qui sont morts sont les seuls à pouvoir s’adresser à ceux qui vont mourir.
« Dans l’Histoire des temps, la vie n’est qu’une ivresse, la vérité c’est la mort » C’est sur cette phrase de Céline que je prends congé de cette petite enseignante pathétique de souffrante vérité et d’un immense écrivain que la mesquinerie des hommes n’a jamais désespéré.

Claus
Hugo Claus

13:51 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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