09/04/2008

"Ma" mort et Heidegger.

Discourir à propos de la mort est la belle affaire des philosophes.
Un Epicure, par exemple, qui nous dit que la mort n’est pas tant qu’on est vivant et, quand elle arrive, on n’est plus. Donc la mort n’est pas !
Et puis tous les autres moralisateurs qui nous enseignent la sagesse d’accepter sereinement la mort en songeant à l’immortalité que nous laissons à travers nos enfants et les enfant de nos enfants etc…
Beau discours ! Belles phrases !
Facile de nous parler de « la » mort ! Moi, ce qui m’indigne, me scandalise c’est « ma » mort !
Songez ! Je n’ai pas demandé à exister. J’étais sans doute très bien dans ma stance, avant d’être projetté hors d’elle et de me retrouver, sans l’avoir demandé, dans l’ex-istence.
Et cela n’a pas été des plus agréable : il m’a fallu aller à l’école, apprendre les bonnes manières, obéir à mes parents, mes supérieurs hiérarchiques et que sais-je encore… me « battre » pour l’exitence comme ils disent…mais je n’avais rien demandé, moi !
« On » m’a jeté dans le monde. De quel droit ?
Et en plus, il y va d’un contrat à durée déterminée. Au bout, la mort et hop ! fini retour à la case départ… s’il y en a une…
Si vous ne trouvez pas cela scandaleux, révoltant même, je ne vous suis plus…
Alors je me dis qu’à tout prendre, face à la mort, la folie vaut mieux que toutes les sagesses.
Paraphrasant Saint Paul dans sa première epître aux Corinthiens, je suis tenté de dire : la croyance est folie pour ceux qui se perdent, mais sagesse pour ceux qui se sauvent…
Je m’explique !
Je ne peux  ni ne veux croire qu’après la mort tout est fini. Cela me paraitrait tout aussi absurde que l’existence. Nous serions donc, sur terre, conscients d’être ici et maintenant et, passé les portes de la mort, nous serions hors de toute conscience, réduits à des cendres et quelques souvenirs dans la mémoire des vivants.
Mais alors, à quoi aurait servi notre conscience d’exister ? A fonder une morale, dirons certains, à mettre en œuvre notre liberté, ajoutera Sartre… à vivre désespérément l’insondable absurdité de notre être sera la conclusion d’un Camus.
Heidegger apporte, lui, une réponse plus nuancée : la mort est le retour de l’étant (Dasein) au non-étant qui est l’être, lieu d’éclosion de l’étant. L’être est voilé et son dévoilement donne naissance à l’étant. Le dévoilement de l’être surgit par la précompréhension de l’être, laquelle est le fruit de la conscience d’être.
Il n’y a donc pas de non-être. Tout est être, le Dasein est cette région où prend essor la vie de notre esprit en tant qu’elle est régie par la précompréhension de l’être.
La mort n’est donc pas le décès. Face à la mort, l’homme a conscience de la possibilité de sa propre impossibilité. Elle est, avant tout, pensée de la mort, une relation qui fait du Dasein un « être-à-la-mort » (Sein-zum-Tode), c’est penser le périr, entretenir une relation avec le non-étant. Le périr est propre à tout être vivant (végétal, animal), la mort est propre au Dasein.
Ainsi, la mort est, au sens allemand du terme « Schicksaal », un « envoi » bien plus qu’un destin, la mort est ce qui m’arrive sans cessse, on ne va pas mourir un jour ou l’autre, on meurt sans cesse.
Ce que confirme Paul dans l’épître supra : « tous les jours, je suis à la mort » (XV, 31).


A lire : Maxence Caron « Introduction à Heidegger. » Ellipses

Heidegger
Heidegger par Aurélie Piot.

15:03 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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