15/04/2008

L'honneur perdu de Pie XII

Pacelli-

Pacelli, à la veille de devenir Pie XII

 

Pie XII restera dans l’Histoire comme un diplomate hors-pair et un homme d’Etat habile et retors. A la fin de son pontificat, il laissera une Eglise catholique puissante, affermie dans ses dogmes mais sans réponse face à la montée des « modernismes »  qui la conduiront à l’état où elle se trouve à présent.
Issu de la fine fleur de l’aristocratie romaine, le jeune Pacelli qui, à la théologie préfère la diplomatie, gravit, très vite, les échelons de la hiérarchie.
Nonce apostolique à Munich à la fin de la première guerre mondiale, sa nonciature est criblée de balles, les « spartakistes », dont beaucoup sont juifs, envahissent le rez-de-chaussée, au péril de sa vie, il doit s’interposer pour éviter le pire. S’ensuivra une haine du communisme que rien ne démentira par la suite.
Quelques années après, il recevra, toujours à Munich, un visiteur du soir. L’entrevue durera quelques minute, le temps de lui remettre une enveloppe avec de l’argent. C’est entre les mains d’Adolf Hitler en personne que le nonce remet de quoi financer son parti naissant.
Après l’arrivée au pouvoir des nazis, Pacelli décide de passer avec le nouveau pouvoir et l’église catholique un concordat. Peu lui importe la doctrine raciale des nazis, les premières déportations des communistes et leurs attaques contre les politiciens catholiques. Il est persuadé qu’un concordat en bonne et due forme régira les relations entre ses derniers et les nazis qui sont, pour lui, le meilleur rempart contre le communisme.
Ce sera chose faite. Mais à quel prix ! Rien de moins que la dissolution du parti catholique dont seules subsistent les associations culturelles et de jeunesse, bientôt happée par les Jeunesses hitlériennes !
Mais entre Staline et Hitler, Pacelli a choisi.
Son Prédécesseur, Pie XI, avait plus de scrupules. Effrayé par les lois raciales du régime nazi il publie une encyclique, la première que ne soit pas rédigée en latin mais en allemand, « Mit brennender Sorge », il y dénonce le racisme, les tueries de militants catholiques lors de la « Nuit des longs couteaux ». Il se propose même de récidiver l’année suivant. La mort est là qui met fin à sa protestation.
Pacelli réussit un autre exploit. Avec l’Etat fasciste italien, il régularise, enfin, la situation territoriale du pontife romain. C’est la création de l’Etat souverain du Vatican, reconnu comme tel par toute la communauté internationale. Un coup de maître ! Désormais libéré de ses revendications territoriales, l’Eglise aura le champ libre pour donner son point de vue sur les affaires du monde. Et être admise dans toutes les institutions supra-nationales.
Elu sous le nom de Pie XII, le diplomate ne disparaît pas sous la soutane blanche. Pas de commentaires sur les lois raciales fascistes. Pas de condamnation de l’agresseur de la si catholique Pologne en 1939. Pie XII, dont la germanophilie date depuis la plus tendre enfance, mise tout sur l’Allemagne pour s’opposer au communisme et à son ersatz, le socialisme.
Parlant parfaitement l’allemand, ce Pape en fera même son idiome privé tout au long de sa longue cohabitation avec sa religieuse et gouvernante allemande, celle que les Romains appelèrent la « Popessa ».
Adversaire, tout comme Pie IX, du « modernisme », élitiste de conviction, il ne conçoit la société que sous la férule de l’Eglise et de ses dogmes.
Qu’a-t-il su, durant la guerre, des déportations et massacres des juifs ? Autant, sans doute qu’un Churchill et Roosevelt qui, eux non plus, ne dirent pas grand chose. Mais ils n’étaient pas « Bon Pasteur », comme l’est, comme devrait l’être, le vicaire auto-proclamé du Christ.
Avec lui, et malgré le drame horrible que les juifs vécurent durant toute cette période, l’anti-judaïsme de l’église catholique n’a pas changé d’un iota.
Alors que des écclésiastiques anonymes faisaient, souvent au péril de leur vie, ce qu’ils pouvaient, pour contrer cette boucherie, le silence de leur Pontife fut assourdissant.
Pape, il soutient le régime fasciste d’une main, de l’autre, il cultive les nostalgies d’une camarilla d’aristocrates réactionnaires, d’officiers supérieurs et de monarchistes catholiques.
Bien lui pris ! A la fin des hostilités, il apparaîtra comme le « souverain de Rome » et, une fois de plus, emploiera son obsession anti-communiste, à promouvoir la nouvelle démocratie-chrétienne italienne.
Sur le plan théologique, il se contente de proclamer un  dogme (soit une obligation faite à tout catholique de croire) : celui de l’immaculée conception (qui veut que la vierge, mère de Jésus, soit née sans péché, comme vous et moi le sommes…). Il le fit, sans doute, pour compliquer encore un peu plus le dialogue œcuménique dans lequel il ne voyait que de vaines et inutiles palabres.
Il meurt, comme tous les papes, « en odeur de sainteté ». Son église ne tarde pas à connaître les remous d’un nouveau concile duquel n’est pas encore sorti « l’aggiornameto » que son successeur appellait de ses vœux.
Sa collaboration avec les régimes fascistes d’Italie et d’Espagne, son souci de préserver les nazis, son refus complice de dénoncer les massacres des juifs font de ce pape le déshonneur des catholiques.

la_popessa
Angelina Lehnert, la religieuse allemande, qu'il rencontre en 1918 et qui partagera sa vie jusqu'à sa mort. Cherchez la femme ?

 

 

14:19 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.