17/04/2008

Foucault, le pouvoir et le savoir

 

 foucault

 

Nous sommes tous dépendants. Cela commence dès la plus tendre enfance ; dépendants du pouvoir des parents, des enseignants, des supérieurs hiérarchiques, des conventions, des habitudes, de la loi… Tout un ensemble de pouvoirs qui font de nous des assujettis mais aussi des sujets. On pourrait même se poser la question de savoir si l’origine de l’homme, plutôt que d’être en lui-même, n’est pas dans ce pouvoir qui l’assujettit.
Cette dépendance est ontologique (elle fait partie de notre être indépendamment de nos déterminations) et s’applique à tous, pauvres ou riches.
« L’homme reçoit son identité des jeux de vérité et de pouvoir qui organisent la société. Il en hérite. Ne les questionnant pas, il les reproduit. » (François Ewald)
D’où, on l’aura compris, l’exigence d’affranchissement. Le philosophe est là pour troubler les évidences et se déprendre des idéologies. L’histoire nous fait, mais on peut la faire aussi !
Pour faire l’histoire, l’homme exerce son savoir, mais ce savoir est aussi dépendance, d’où la nécessité de la cohérence, de l’équilibre entre un savoir complice et un savoir dominant.
Le pouvoir, pour Foucault, ne s’imagine pas sans résistance, mais ces résistances, consciemment ou non, peuvent s’organiser pour réaliser, au bout du compte, un nouveau pouvoir. L’homme n’a pas à se libérer de ce qui, en lui, serait refoulé, mais à se « déprendre de lui-même », soit les identités qui lui sont conférées et se produire lui-même.
Au delà du bien et du mal, la nature humaine est tragique, elle est le jeu de passions, de remises en cause brutales que le pouvoir tend à museler.
D’où le pourquoi d’une éthique qu’il nous faut instaurer dans l’exercice de ce pouvoir que nous tous, à des degrés divers, exerçons.
L’homme doit se construire par une ascèse de laquelle émerge une identité qui construit un « soi » individuel qui s’affirme et se pose en harmonie dans les rapports avec les autres.
C’est dans la construction de son individualité que l’homme fonde une existence conçue non pas comme exercice de la liberté, ce que Sartre préconisait, mais bien comme rapport à la vérité.
« Il faut plutôt admettre que le pouvoir produit du savoir (et pas simplement en le favorisant parce qu’il le sert ou en l’appliquant parce qu’il est utile) ; que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre ; qu’il n’y a pas de relation de pouvoir sans construction corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir. Ces rapports « pouvoir-savoir » ne sont donc pas à analyser à partir d’un sujet de connaissance qui serait libre ou non par rapport au sytème de pouvoir ; mais il faut considérer au contraire que le sujet qui connaît, les objets à connaître et les modalités de connaissance sont autant d’effets de ces implications fondamentales du pouvoir-savoir et de leurs transformations historiques. »

Michel Foucault, « Surveiller et punir. Naissance de la prison", Gallimard 1975
 

16:47 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.