19/04/2008

Foucault: sexualité, aveu et pouvoir.

 sexualité

 

Le pouvoir, tel que le représente Foucault : Eglise, Etat, famille, parti etc… veut savoir ou, padoxalement, ne pas savoir. En matière de sexualité ce fut souvent cette dernnière option qui fut choisie. Ne pas savoir les « déviances » sexuelles, occulter les préférences particulières.
C’est une attitude qui s’explique aisément dès que l’on sait que la part de sexualité est la lus intime, la plus secrète, que nous ayons à dévoiler, celle par laquelle nous accédons à notre propre vérité.
Alors que chez les Grecs, les Chinois et les Orientaux, la sexualité est avant tout ars erotica, dans la société judéo-chrétienne elle devient ars sexualis, soit dire, sous forme d’aveu, la vérité sur nos désirs. Il n s’agit pas de dire comment trouver le désir, mais bien avouer ses désirs.
Pour Foucault, nous sommes devenu un société hautement avouante : école, médecin, police, psychanalyste, amis, soi-même, tout est prétexte à l’aveu. Il devient, à la longue, une manière de s’identifier auprès des autres, de s’authentifier par rapport à soi-même.
D’où le paradoxe : avec la libération sexuelle on cherche, en avouant sa sexualité, à s’affranchir du pouvoir répressif qui empêche de la dire et la vivre librement ; ce faisant on fait le jeu du pouvoir qui veut savoir car, comme je l’ai rappelé dans mon dernier papier, le pouvoir n’est que dans la mesure où il sait !
Et la situation devient paroxystique dès lors que le pouvoir va inciter à l’aveu dans le cadre d’une « libération » qu’il va, lui-même, orchestrer !
J’irai un peu plus loin. Avec l’aveu, c’est l’avouant qui devient « sujet » dans les deux acceptions du terme. Sujet avouant et sujet de l’autorité qui génère l’aveu.
Mais devenu sujet, l’avouant s’est construit une identité qui, a son tour, devient gêne de pouvoir.
La boucle est bouclée, le serpent de l’autorité s’est mordu la queue.

« Il faut être soi-même bien piégé par cette ruse interne de l’aveu, pour prêter à la censure, à l’interdiction de dire et de penser, un rôle fondamental : il faut se faire une représentation bien inversée du pouvoir pour croire que nous parlent de liberté toutes ces voix qui, depuis tant de temps, dans notre civilisation, ressassent la formidable injonction d’avoir à dire ce qu’on est, ce qu’on a fait, ce dont on se souvient et ce qu’on a oublié, ce qu’on cache et ce qui se cache, ce à quoi on ne pense pas et ce qu’on pense ne pas penser. Immense ouvrage auquel l’Occident a plié des générations pour produire-pendant que d’autres formes de travail assuraient l’accumulation du capital-l’assujettissement des hommes ; je veux dire leur constitution comme « sujets » aux deux sens du terme. »

Michel Foucault : Histoire de la sexualité I : La volonté de savoir, Gallimard 1976.
 

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Michel Foucault

18:00 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Je vous remercie de cet article qui m'a donné envie de reparler de cette profonde théorie de Foucaut. Voir l'url cité.

Écrit par : mezhou | 21/11/2013

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