24/04/2008

"Funny Games"... et alors ?

funnygamesposter

Je  vais vous faire un aveu : je ne suis pas sadique. La souffrance des autres ne me fait pas jouir, c’est comme ça, je n’y puis rien, cela doit être dans mes gênes.
C’est dire que les deux heures que dure le film-remake de Michael Haneke m’ont paru longues.
Longues malgré le jeu sublime des acteurs. Tous extraordinaires dans leur jeu si difficile, longues malgré une mise en scène intelligente, un doigté délicat dans un scénario horrible qui évite le crescendo et se décline dans un andante anxioso continuo. Chapeau !
C’est grâce à ce lent déploiement de l’horreur que je suis resté jusqu’à la fin. Dix minutes de plus eurent été de trop.
Reste la question essentielle : et alors ? So what ?
Il n’y a chez Haneke aucune interrogation quelconque sur la nature du sadisme. Rien que ce développé consciencieux et quasi clinique du phénomène. Phénoménologie du sadisme. Un point c’est tout.
Cela me rappelle un autre film : No country for old men, des frères Coen. Où la violence se livre à l’état brut dans sa version psychopathe, où l’angoisse se dilue crescendo au fil des scènes dont la froideur raide dans l’exécution revêt, comme chez Haneke, un caractère quasi anatomique.
Mais chez les Coen, qui traduisent mot à mot le livre éponyme de Cormac McCarthy, il y a une longue et belle et édifiante méditation sur le pourquoi et la nature de la violence qui s’empare des hommes et les mène dans une spirale de mort.
Haneke, s’il lit mon papier, serait content. Il veut – c’est du moins ce qu’il déclare à Libération – que le spectateur se sente irrité par sa position, qu’il s’interroge sur ses propres habitudes, qu’il se reproche cette position de complice (j’ajouteai : de voyeur) de la terreur. Pari réussi.
Notre vie est une entreprise de déconstruction. La mort nous attend, toujours plus tôt qu’on ne l’imagine, notre obsession sécuritaire n’y viendra pas à bout. Il ne sert à rien, dans l’histoire de Haneke, que ce couple s’enferme dans une maison hyper-sécurisée, comme ne sert à rien notre mirage de venir à bout de la mort. Les choses viennent à l’heure que le destin a choisie, c’est aussi simple que ça.
Mais cette heure n’est pas programmée. Dans le film, elle l’est.
La vie est-elle un jeu en attendant le dernier moment ? Pas sûr ! Elle est passage essentiellement, elle n’est pas logique comme voudrait nous le faire croire le film, il n’y a pas de règles dans la vie, et comme un  jeu, même « funny », implique des règles…
Le soleil brillait dans le ciel quand je suis sorti de la salle de projection. Des jeunes femmes se promenaient dans des tenues estivales, des enfants jouaient à se poursuivre et les musiciens de rue étaient de retour.
Il y avait dans l’air comme une consécration de printemps.

funny
"Funny Games U.S" un film de
Michael Haneke avec Naomi Watts,
Michael Pitt, Tim Roth...

 

14:45 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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