29/04/2008

Du panthéïsme.

spinoza
Bergson a dit de lui : Tout homme a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza. Deleuze l’appelait le « Prince des philosophes » et Hegel, avant lui était plus radical : Spinoza ou pas de philosphie !
C’est un de ses admirateurs, John Toland (+1722) qui, le premier, inaugura le terme « panthéïsme », il fut aussi taxé de « libre penseur » par l’évêque Berkeley (une injure à l’époque !).
On peut définir le panthéïsme, grosso modo, de la manière suivante :
"Tout est sacré, rien n'est profane, l'homme est immergé dans le divin même s'il ne le voit pas. En tant que créature, il porte en lui, comme tout ce qui est vivant, du brin d'herbe à l'éléphant, une parcelle divine qui le relie au Grand Tout par fusion. Le panthéisme s'oppose fondamentalement à toutes les thèses créationnistes et se trouve très proche des grande remises en question apportées par l'astrophysique par exemple. C'est une pensée moderne." (Yves Gautier, texte inédit).
Doctrine séduisante et hautement sacrilège. Les contemporains de Spinoza ne s'y trompèrent pas. Les juifs les premiers, qui l'exclurent de leur communauté d'Amsterdam et dont un jeune sicaire tenta de l'assassiner.
Si le panthéïsme est une révélation pour Sinoza, il est vieux comme le monde. C'est l'expression religieuse de peuples divers. Des Indiens d'Amérique aux nègres en passant par les hindouïstes,  tous vénèrent le Tout dans le tout.
"Le panthéisme tient sa force de la vie qui nous entoure. Tout étant sacré, tout étant le réceptacle d'une des hypostases( substance- personnes) hiérarchisées de la Grande Divinité - quelle que soit sa dénomination religieuse - la prise de conscience du monde et de la nature engendre la prise de conscience de la divinité qui l'anime (le mot étant pris dans son sens « anima », l'âme). Le panthéisme n'est pas doloriste, bien au contraire, il fait percevoir la nature comme un panthéon d'énergies hiérarchisées avec lequel l'homme dialogue librement au rythme des saisons, des mois, des semaines, des jours." (Yves Gautier op. cité).
Aujourd'hui, le souci écologique n'est pas éloigné de cette croyance.
Il y a pourtant des réserves à faire sur le contenu de cette doctrine:
Tout étant sacré, Dieu est une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacune exprime une essence éternelle et infinie. (Ethique VI). Ce qui implique ipso facto que le réel qui nous entoure, appellons-le la nature, est parfait qu'il obéit à une ensemble de lois parfaitement raisonnables, soit des causes et des effets, ces derniers devenant causes à leur tour.
Il n'y a pas de hasard. Tout s'explique, tout est à comprendre, il n'y a pas de mystère.
Ce système moniste implique un déterminisme intégral, la liberté n'y a pas de place.
Spinoza le réalise, lui qui fait de la volonté l'entendement et de la liberté la connaissace des causes premières.
De nos jours cependant, la science, et particulièrement la physique, réfute ce déterminisme, la nature est régie par un ensemble de causes plus ou moins hasardeuses qui n'obéissent pas toutes à notre logique ou qui se situent, au-delà de notre entendement logique.
J'ajouterai pour ma part que, dans ce système panthéïste, il n'y a pas de Bien ni de Mal. Tout juste des effets positifs (Mère Thérésa, par exemple) ou négatifs (Fourniret…). "Bien" et "Mal" émergent du grand Tout et de sa sacralité.
Le but de l'homme, dans la philosophie de Spinoza, est de connaître, par la raison et l'intuition la nature des causes, de s'en pénétrer et de se défaire des passions qui l'aveuglent. Cela n'est pas donné à tous, d'où l'élitisme de cette pensée.
Les religions monothéïstes insistent toutes sur la transcendance du divin. Dieu, Créateur unique, a créé le monde et a donné à l'homme le pouvoir de "finir" sa création. Cette tâche, l'homme l'accepte ou ne l'accepte pas. C'est sa liberté qui commande ou non l'adhésion au projet divin. Cette liberté de l'homme date du jour où, au Paradis terrestre, il a voulu goûter au fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Et il en fut chassé !
Depuis ce jour, la théologie est unanime sur ce point, l'homme n'est pas "déchu", sa nature change, il devient répondant, donc responsable.
La liberté est née de cette trangression.
Le panthéïsme ou, si vous préférez, l'immanence de Dieu a toujours eu des émules chez les monothéïstes. Citons Scot Erigène, Maître Eckart, Giordano Bruno chez les chrétiens, les kabbalistes chez les juifs, les soufis chez les musulmans. Tous furent et sont suspects aux yeux de leur communauté religieuse.
La tentation de l'homme de se fondre dans le divin, n'est-elle pas, au bout du compte, le vouloir se "diviniser" lui-même et, ce faisant, éluder sa responsabilité ?

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Un symbole de la "Witchcraft"

12:30 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

La vérité est fille du temps Panthéisme vaste blague?! Comme j'évoquais hier tout n'est pas sacré, sinon à quoi bon sacraliser l'espace et le temps dans nos loges.
Pour le reste, faisons confiance à Héraclite (ici je développe une idée qui n'est pas la mienne propre quoi que)concernant L'univers.
Sa pensée est la première où nous pouvons voir une véritable philosophie, c'est-à-dire une conception du sens de la vie humaine centrée autour d'une conception de l'univers.
On y retrouve ses principaux thèmes : l'explication des astres, des nuages,la doctrine de l'autonomie du monde qu'aucun des dieux ou des hommes n'a fait. A cela il ajoute des traits spécifiques : le rejet de l'érudition et de la recherche minutieuse à laquelle il préfère le goût de l'intuition immédiate " les yeux étant de meilleurs témoins que les oreilles "
La méditation d'Héraclite se développe en fait sur quatre thèmes distincts:
*La guerre ( Polemos ) est le " Père de toutes choses " ; la naissance et la conservation des êtres sont dues à un conflit de contraires qui tout en s'opposant se maintiennent l'un l'autre.Souhaiter, avec Homère, voir " la discorde s'éteindre entre les dieux et les hommes ", c'est demander la destruction de l'univers.
**L'union des contraires permet d'aborder le deuxième thème héraclitéens : l'unité de toutes choses. Cette unité de toutes choses représente la vérité par excellence que ni l'érudit ni le vulgaire ne sauraient voir, seule l'intuition permettant de reconnaître l'unique pensée qui dirige toutes choses.
***le 3e point est celui du perpétuel écoulement des choses: " Tu ne peux descendre deux fois dans le même fleuve ; car de nouvelles eaux coulent toujours sur toi. "
****Le quatrième thème est une vision ironique de la valeur des choses, un renversement qui nous révèle dans les choses l'opposé de ce que nous y voyions d'abord.Une bouteille est à moitié vide ou pleine...
Ainsi les opposés ne peuvent se maintenir que grâce à l'unité qui les enveloppe, c'est dans un changement mesuré et une discorde réglée que se trouvent l'Un et le permanent ( Fragment 59 ). Héraclite a eu l'intuition que la sagesse consiste à découvrir la formule générale, le logos de ce changement dont une des règles est le retour d'un cycle toujours pareil.
La sagesse d'Héraclite est emprunte de mépris pour la religion populaire ainsi que pour les cultes mystérieux. Mépris aussi pour l'incapacité politique de la foule.
"La vérité est fille du temps" aurait-il dit. Je ne la détient pas


Écrit par : Mathieu Gentile | 29/04/2008

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