30/04/2008

Cérébrales, hormonales ?

30 avril : il pleut, le ciel est gris et bas. Jamais je n’ai connu pareil avril en Provence. Le comble c’est que les pluies sont impuissantes à combler le déficit des nappes phréatiques.  Tout juste bonnes pour les viticulteurs, encore faut-il qu’il fasse très chaud dans les jours à venir. Bahia, la chatte, regarde curieusement les vaches couchées dans le champ voisin. Il y a quatre-vingt deux vaches dans le Vaucluse, dont vingt-deux à côté de chez moi. Cool, elles semblent ne pas snober la pluie, pourtant ce ne sont pas des normandes…allez-vous en savoir ce qui se pense dans la tête d’une vache…
Je lis « L’amour au temps du choléra » de Gabriel Garcia Marquès, du coup je me retrouve à des milliers de kilomètres d’ici, sur la côte des Caraïbes, parmi un peuple bigarré, métissé, bruyant qui déploie sa vie et ses amours à l’ombre de vieilles cathédrales espagnoles et se perd dans les petites rues en pentes où il cache sa misère, ses peines et ses espoirs.
 « …profite de ce que tu es encore jeune pour souffrir, après tu n’auras pas le temps ».
Un auteur qui écrit  cette réplique connaît la vie et, en matière de vie et de mort, Marquès est un maître. Vous n’avez encore rien lu de lui ? Qu’attendez-vous ? Fermez ce blog, cessez toutes vos affaires et courez acheter « Cent ans de solitude », son chef-d’œuvre !
Il paraît qu’en Amérique latine, quand Marquès descend dans un hôtel, la foule est à l’entrée qui se presse, enthousiaste, pour l’acclamer comme elle le fait pour un joueur de foot. Ici, seuls les joueurs de foot et les petits chanteurs d’une sous-académie ont droit à ce traitement…
Il a inventé, Marquès, le « réalisme magnifique » et ces personnages troubles qui se promènent avec, au-dessus de la tête, une couronne de papillons polychromes dont le battement des ailes rythme le pas pressé..
Pas facile à lire. En espagnol, il manie la langue comme un pianiste les arpèges et les gammes. Sa richesse de vocabulaire est sutpéfiante… et quand je pense que, de nos jours, les gens se contentent au maximum de mille deux-cents mots pour exprimer leur vécu…
Il y a des villages sans télé où, le soir venu, les habitants demandent à celui qui sait de lire des chapitres entiers de « Cent ans de solitude ». Et si on jetait nos télés part la fenêtre ?
Le Pen, Jean-Marie, a déclaré ce matin sur France-Inter que « Bienvenue chez les Ch’tis » était un film de mauvais goût et un signe de décadence française. Pas inexact comme jugement… dans le genre : « c’qu’on est bien chez nous dans notre médiocrité » le film dépasse l’entendement. Et dire qu’il totalise vingt millions d’entrées…
30 avril, c’est aussi l’anniversaire du suicide d’Hitler et d’Eva Braun dans cette atmosphère apocalyptique de « Gotterdammerung » du Berlin en flammes. Ils n’ont pas eu le temps de consommer leur mariage, nos tourtereaux… elle n’a pas voulu se tirer une balle dans la tête par peur de casser son joli minois, le cyanure suffisait. Lui, il a pris les deux : cyanure d’abord et une balle dans la tempe ensuite ; certains historiens parlent de balle dans la bouche… va falloir élucider ce point capital...
Goebbels, dans son Journal, n’a qu’éloges pour la :
« discrète, charmante et cultivée Fräulein Braun qui s’occupe si bien du Führer ».
Drôles quand même les passions des femmes… Certains psyhiatres disent que les unes sont cérébrales et les autres hormonales.
Eva Braun : dérèglement hormonal !
Mais faut-il croire les psychiâtres ?

evaEva Hitler, née Braun.

14:51 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/04/2008

Du panthéïsme.

spinoza
Bergson a dit de lui : Tout homme a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza. Deleuze l’appelait le « Prince des philosophes » et Hegel, avant lui était plus radical : Spinoza ou pas de philosphie !
C’est un de ses admirateurs, John Toland (+1722) qui, le premier, inaugura le terme « panthéïsme », il fut aussi taxé de « libre penseur » par l’évêque Berkeley (une injure à l’époque !).
On peut définir le panthéïsme, grosso modo, de la manière suivante :
"Tout est sacré, rien n'est profane, l'homme est immergé dans le divin même s'il ne le voit pas. En tant que créature, il porte en lui, comme tout ce qui est vivant, du brin d'herbe à l'éléphant, une parcelle divine qui le relie au Grand Tout par fusion. Le panthéisme s'oppose fondamentalement à toutes les thèses créationnistes et se trouve très proche des grande remises en question apportées par l'astrophysique par exemple. C'est une pensée moderne." (Yves Gautier, texte inédit).
Doctrine séduisante et hautement sacrilège. Les contemporains de Spinoza ne s'y trompèrent pas. Les juifs les premiers, qui l'exclurent de leur communauté d'Amsterdam et dont un jeune sicaire tenta de l'assassiner.
Si le panthéïsme est une révélation pour Sinoza, il est vieux comme le monde. C'est l'expression religieuse de peuples divers. Des Indiens d'Amérique aux nègres en passant par les hindouïstes,  tous vénèrent le Tout dans le tout.
"Le panthéisme tient sa force de la vie qui nous entoure. Tout étant sacré, tout étant le réceptacle d'une des hypostases( substance- personnes) hiérarchisées de la Grande Divinité - quelle que soit sa dénomination religieuse - la prise de conscience du monde et de la nature engendre la prise de conscience de la divinité qui l'anime (le mot étant pris dans son sens « anima », l'âme). Le panthéisme n'est pas doloriste, bien au contraire, il fait percevoir la nature comme un panthéon d'énergies hiérarchisées avec lequel l'homme dialogue librement au rythme des saisons, des mois, des semaines, des jours." (Yves Gautier op. cité).
Aujourd'hui, le souci écologique n'est pas éloigné de cette croyance.
Il y a pourtant des réserves à faire sur le contenu de cette doctrine:
Tout étant sacré, Dieu est une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacune exprime une essence éternelle et infinie. (Ethique VI). Ce qui implique ipso facto que le réel qui nous entoure, appellons-le la nature, est parfait qu'il obéit à une ensemble de lois parfaitement raisonnables, soit des causes et des effets, ces derniers devenant causes à leur tour.
Il n'y a pas de hasard. Tout s'explique, tout est à comprendre, il n'y a pas de mystère.
Ce système moniste implique un déterminisme intégral, la liberté n'y a pas de place.
Spinoza le réalise, lui qui fait de la volonté l'entendement et de la liberté la connaissace des causes premières.
De nos jours cependant, la science, et particulièrement la physique, réfute ce déterminisme, la nature est régie par un ensemble de causes plus ou moins hasardeuses qui n'obéissent pas toutes à notre logique ou qui se situent, au-delà de notre entendement logique.
J'ajouterai pour ma part que, dans ce système panthéïste, il n'y a pas de Bien ni de Mal. Tout juste des effets positifs (Mère Thérésa, par exemple) ou négatifs (Fourniret…). "Bien" et "Mal" émergent du grand Tout et de sa sacralité.
Le but de l'homme, dans la philosophie de Spinoza, est de connaître, par la raison et l'intuition la nature des causes, de s'en pénétrer et de se défaire des passions qui l'aveuglent. Cela n'est pas donné à tous, d'où l'élitisme de cette pensée.
Les religions monothéïstes insistent toutes sur la transcendance du divin. Dieu, Créateur unique, a créé le monde et a donné à l'homme le pouvoir de "finir" sa création. Cette tâche, l'homme l'accepte ou ne l'accepte pas. C'est sa liberté qui commande ou non l'adhésion au projet divin. Cette liberté de l'homme date du jour où, au Paradis terrestre, il a voulu goûter au fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Et il en fut chassé !
Depuis ce jour, la théologie est unanime sur ce point, l'homme n'est pas "déchu", sa nature change, il devient répondant, donc responsable.
La liberté est née de cette trangression.
Le panthéïsme ou, si vous préférez, l'immanence de Dieu a toujours eu des émules chez les monothéïstes. Citons Scot Erigène, Maître Eckart, Giordano Bruno chez les chrétiens, les kabbalistes chez les juifs, les soufis chez les musulmans. Tous furent et sont suspects aux yeux de leur communauté religieuse.
La tentation de l'homme de se fondre dans le divin, n'est-elle pas, au bout du compte, le vouloir se "diviniser" lui-même et, ce faisant, éluder sa responsabilité ?

Wicca. 1jpg
Un symbole de la "Witchcraft"

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26/04/2008

Vérité et opinion.

exprs.
 

Comment définir la vérité ? Ce n'est pas si simple que ça...
En règle générale, c'est l'adéquation entre le jugement et l'état de chose qu'il vise. Kant est formel: "...la vérité est l'accord de la connaissance avec son objet..." (Critique de la Raison Pure ).
Déjà, pour les Scolastiques, la vérité est l'adéquation de l'intellect et de la chose ("adequatio intellectus et rei").
A première vue c'est très clair. Si je vois un chien et que je dis  que ce que je vois est un chien, je suis dans la vérité car il y a adéquation entre ce que j'énonce et ce que j'ai vu.
Il en va de même si j'affirme que la somme des angles intérieurs d'un triangle est égale à deux droits. Pas de discussion là dessus. C'est vrai !
Mais qu'en est-il des affirmations suivantes ?
"Ce tableau est beau !", "Dieu existe !" ?
Ces deux affirmations peuvent être la vérité de l'un mais pas de l'autre. Ce sont des opinions !
Déjà Démocrite, un philosophe d'avant Platon professait: "...il n'y a rien de véritable, l'opinion de tous fait l'opinion de chacun..."
Une opinion n'a pas à être vraie ou fausse, il suffit qu'elle s'affirme.
Chez les Grecs, l'opinion c'est la "Doxa" qui s'oppose à "alètheia", la vérité. "Doxa" vient d'un verbe, "dokein", qui signifie "sembler bon, paraître", en français le mot "dogme" provient de ce verbe alors que sa signification actuelle est plus figée: le dogme est ce qui ne se discute pas, ce qui s'accepte tel quel, une fois pour toutes.
La vérité ne pourrait donc être affirmée qu'à propos d'objets ou de constructions intellectuelles démontrables.
Il ne faudrait donc s'occuper que des objets dont notre esprit parait pouvoir atteindre une connaissance certaine et indubitable, comme l'écrivait Monsieur Descartes.
Seulement voilà, poursuit ce bon philosophe, il se trouvera peu de choses dont il nous soit permis d'entreprendre l'étude...
Et comment donc ! Depuis la physique quantique nous savons que 2+2 n'égale pas 4 mais tend vers 4 et ce génial Monsieur Gödel nous a démontré, dans son célèbre théorême, qu'on ne peut démontrer toutes les vérités mathématiques. C'est son principe d'incomplétude, ce qui signifie, entre autres, que l'arithmétique est basée sur un ensemble d'axiomes indémontrables.
Dois-je en plus appeler le chat de Shrödinger à la rescousse ?
Tout cela n'est pas très rassurant.
Et si la vérité était autre chose ?
Prenons Hegel; pour lui la vérité serait, au sens philosophique l'accord d'un contenu avec lui même. Ainsi, "vrai ami" égale ami dont la manière d'agir et conforme au concept de l'amitié.
Heidegger dans "Etre et temps" fait l'exégèse du mot "alètheia".
"Alètheia" (Vérité) serait pour lui le mouvement par lequel une chose est arrachée à l'obscurité dans laquelle l'oubli relègue toutes choses...
On est loin des Scolastiques et de Descartes !
Mais on n'est pas près d'aboutir !
C'est peut-être Hegel qui le plus réaliste en la matière. Pour ce dialecticien,, il faut penser le vrai comme résultat d'un mouvement dans lequel les déterminations provisoires sont réfutées comme autant de moments d'un mouvement général dont la vérité est la recollection et le rassemblement.
C'est compliqué, très théorique et l'occasion de faire du vrai avec du faux et le contraire...
Mais Nietzsche, lui, est plus catégorique: "...ne pas pouvoir contredire est la preuve d'une incapacité et non point d'une "vérité"." (La Volonté de Puissance").
Le mot de la fin peut revenir à Wittgenstein qui, sceptique, s'interroge sur le fondements de nos croyances: "Ce qui est écrit dans les manuels scolaires, dans le livre de géographie par exemple, je le tiens en général pour vrai. Pourquoi ? Je dis: Tous ces faits ont été confirmés des centaines de fois. Mais comment le sais-je ? Quel témoignage en ai-je ?..."
Une fois n'est pas coutume, faisons appel à une autre source.

Jésus, lors de sa Passion est arrêté et conduit chez Pilate.
Ce dernier lui pose alors la question: "Qu'est-ce que la Vérité ?"

Et Jésus de se taire.

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25/04/2008

De la tolérance.

Rothko2Mark Rothko

 

Tolérer: du latin “tolerare », supporter, porter avec. En Français :  « fait de ne pas interdire ou exiger, alors qu’on pourrait le faire.  « Ce  n’est pas un droit, c’est une tolérance. » . Attitude  qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même. (Robert).C’est un mot, fort à la mode, employé un peu à tort et à travers.Sans revenir au fameux : « La tolérance,  il y a des maisons pour ça » ; examinons d’un peu plus près ce que recèle cette invite à « supporter ».« Supporter », signifie « porter en sus », porter plus que ce qui nous est requis personellement, c’est une surcharge. Une surcharge est une dépense d’énergie, de temps, c’est un travail supplémentaire, plus lourd et gracieux de surcroît.Cette surcharge suppose, chez celui ou celle qui la « porte en sus », la volonté libre de le faire et la force de l’accomplir.Volonté libre : le « tolérant » accorde de bonne grâce sa tolérance, il le fait parce qu’il le veut bien sans que quiconque l’oblige à le faire.Force : le tolérant l’est, car il peut se permettre de laisser autrui penser ou agir différement de lui, il ne se sent pas menacé, sa tolérance ne l’anémie en acune façon. Or, combien de gens ne se proclament-ils pas tolérants alors qu’il ne sont ni libres ni forts ?Ils mettent en avant leur tolérance pour cacher leur faiblesse. Ce sont des faibles qui ne veulent pas s’affirmer, qui fuient la contradiction. Ce sont des pusillanimes qui maquillent leur lâcheté en tolérance.Ce ne sont pas des tolérants !La tolérance, c’est le luxe des forts. La magnanimité du vainqueur !Un peuple qui se veut grand est nécessairement tolérant. Voyez l’Empire Romain au faîte de sa puissance. Il tolérait toutes les religions, admettait des cultures différentes. Rien ne pouvait l’atteindre. Et l’Empire Ottoman ? Comment a t-il regné durant près de sept siècles sinon en tolérant en son sein des croyances, des peuples et des idiomes divers. Ce n’est que lorsque ce gigantesque empire est devenu faible qu’il est devenu répressif.Les Etats-Unis d’Amérique ont inscrit ce principe dans leur Constitution. Nulle opinion, quelle qu’elle soit, ne peut être contrée par la force de la loi. Aux  Etats-Unis, si quelques malades veulent fonder un parti nazi, ils le font ! Et c’est fait ! « L’Eglise de Satan » (elle existe !) est placée sur le même pied d’égalité fiscale que les autres églises du pays. Les Etats-Unis s’estiment assez forts pour supporter ces incongruités. Mais quand il se sentent faibles, quand ils ont peur, alors, ces beaux principes, ils les jettent aux orties. Voyez Guantanamo, zone de non-droit, de violence, de prévarication...L’Islam dont on parle beaucoup depuis quelques temps se montre, parfois, d’une intolérance regrettable. S’il l’est, c’est parce qu’il se sent (à juste titre) menacé et méprisé. Mais l’Islam des Omeyyades, l’Islam arabo-andalou, celui des princes Perses... quelles périodes fastes !  de ces périodes où souffle l’esprit et qui permit le rayonnement – jusqu’à nous, en Occident - des sciences, des arts et de la philosophie. Mais cet Islam là, n’avait rien à craindre. La paix régnait. Il était fort. On respecte toujours les forts.Chez nous, bien des gens se montrent, envers l’Islam, d’une intolérance hystérique. C’est parce qu’ils ont peur. Ils ne se sentent pas forts face à une croyance étrangère qu’il ne peuvent ni ne veulent appréhender. Peur de l’autre, haine de l’autre !Nous, à notre échelle, soyons tolérants. Mais avant de l’être, sachons ce que nous voulons. Ayons des principes fermes sur lesquels nous ne transigerons pas. Avant la tolérance, il nous faut connaître l’intolérance et la subjuger. Il y a des bornes anciennes qu’il ne faut pas déplacer, comme nous l’enseigne l’Ecclésiaste. A partir de là, à partir de cette base solide et clairement définie nous pourrons nous permetttre, en toute sérénité et librement, d’accepter des manières de penser et de vivre différentes des nôtres.Et nous le ferons parce que nous sommes forts ! 

08:56 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

24/04/2008

"Funny Games"... et alors ?

funnygamesposter

Je  vais vous faire un aveu : je ne suis pas sadique. La souffrance des autres ne me fait pas jouir, c’est comme ça, je n’y puis rien, cela doit être dans mes gênes.
C’est dire que les deux heures que dure le film-remake de Michael Haneke m’ont paru longues.
Longues malgré le jeu sublime des acteurs. Tous extraordinaires dans leur jeu si difficile, longues malgré une mise en scène intelligente, un doigté délicat dans un scénario horrible qui évite le crescendo et se décline dans un andante anxioso continuo. Chapeau !
C’est grâce à ce lent déploiement de l’horreur que je suis resté jusqu’à la fin. Dix minutes de plus eurent été de trop.
Reste la question essentielle : et alors ? So what ?
Il n’y a chez Haneke aucune interrogation quelconque sur la nature du sadisme. Rien que ce développé consciencieux et quasi clinique du phénomène. Phénoménologie du sadisme. Un point c’est tout.
Cela me rappelle un autre film : No country for old men, des frères Coen. Où la violence se livre à l’état brut dans sa version psychopathe, où l’angoisse se dilue crescendo au fil des scènes dont la froideur raide dans l’exécution revêt, comme chez Haneke, un caractère quasi anatomique.
Mais chez les Coen, qui traduisent mot à mot le livre éponyme de Cormac McCarthy, il y a une longue et belle et édifiante méditation sur le pourquoi et la nature de la violence qui s’empare des hommes et les mène dans une spirale de mort.
Haneke, s’il lit mon papier, serait content. Il veut – c’est du moins ce qu’il déclare à Libération – que le spectateur se sente irrité par sa position, qu’il s’interroge sur ses propres habitudes, qu’il se reproche cette position de complice (j’ajouteai : de voyeur) de la terreur. Pari réussi.
Notre vie est une entreprise de déconstruction. La mort nous attend, toujours plus tôt qu’on ne l’imagine, notre obsession sécuritaire n’y viendra pas à bout. Il ne sert à rien, dans l’histoire de Haneke, que ce couple s’enferme dans une maison hyper-sécurisée, comme ne sert à rien notre mirage de venir à bout de la mort. Les choses viennent à l’heure que le destin a choisie, c’est aussi simple que ça.
Mais cette heure n’est pas programmée. Dans le film, elle l’est.
La vie est-elle un jeu en attendant le dernier moment ? Pas sûr ! Elle est passage essentiellement, elle n’est pas logique comme voudrait nous le faire croire le film, il n’y a pas de règles dans la vie, et comme un  jeu, même « funny », implique des règles…
Le soleil brillait dans le ciel quand je suis sorti de la salle de projection. Des jeunes femmes se promenaient dans des tenues estivales, des enfants jouaient à se poursuivre et les musiciens de rue étaient de retour.
Il y avait dans l’air comme une consécration de printemps.

funny
"Funny Games U.S" un film de
Michael Haneke avec Naomi Watts,
Michael Pitt, Tim Roth...

 

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23/04/2008

Morale du Hamburger.

 

hamburger 1

 
Et si on parlait un peu religion ? Jentends par cela ce qui relie les hommes les uns aux autres (religare) plutôt que ce qui relève d’une attention pieuse ou d’une dévotion (relegere).
Les hommes sont reliés entre eux par la vie qu’ils partagent ici-bas, sur terre.
Cette terre est leur demeure commune, c’est elle qui les nourrit, les chauffe, les soigne par ses plantes, etc…elle est leur hâvre commun.
Cet hâvre en est un vériable pour une minorité, quinze pour cent de la population. Les quatre-vingt-cinq pour cent restants jouissent d’une protection  beaucoup plus restreinte, voire nulle.
Prenons l’Union Européenne qui subventionne l’agriculture et qui, à ce titre, dépense deux dollars U.S par jours par tête de vache. Cela fait sept-cents dollars par an environ, soit cinq-cent soixante euros.
Quand on sait que deux dollars par jour est le seuil en-dessous duquel un être humain vit en pauvreté et que c’est le cas de quelques milliards d’hommes et de femmes sur cette planète, il y a de quoi se poser des questions.
Drôle de morale que cette subvention. ..
Une vache nous donne son lait. Tous les bons médecins vous diront que le lait de vache est bon pour les…veaux.  Nous faisons de leur viande des steacks et des hamburgers. Tous les bons médecins vous diront que steacks et hamburgers sont à consommer avec modération.
Durant mon enfance, je m’en souviens très bien, nous consommions de la viande une fois par semaine et, le dimanche venu, la poule au pot du bon Roy Henry.
Pour nourrir les vaches il faut cultiver des champs et leur sacrifier beaucoup d’eau, une matière de plus en plus précieuse. Tout ça pour satisfaire une obession boulimique de carnassier ! Et en plus, cette obsession est subventionnée !
Et si on la réduisait cette subvention ? Si on la portait à un dollar, par exemple ? L’autre étant consacré à la lutte contre la pauvreté dans le monde. Cela ferait monter le prix du hamburger, baisser sa consommation en Europe et le Burkinabé ou son cousin Malien verrait leur quotidien amélioré et la faim quelque peu satisfaite. N’est-ce pas un devoir élémentaire de fraternité entre humains ? Une action politique et sociale rapprochant tous les hommes ?
Mais je suis naïf ! Je m’imagine que les puissants lobbies agricoles, les McDo et les autres vont se plier à cette règle élémentaire de solidarité. Et puis mes concitoyens, si prompts à donner un centime d’euro pour soulager leur conscience, vont-ils, comme ça, se priver de leur steack-frites préféré ? Je rêve là !
Pourtant, le péché grave est bien celui-là qui consiste à ne pas voir son frère qui souffre devenir la proie de la misère et de la faim.
Et les paysans, me rétorquerez-vous, ils vont devenir quoi ?
Avec ce truc qui consiste à cultiver des céréales pour les mettre dans le réservoir de nos si nombreuses et pollueuses voitures, je crois que, pour certains, il y a de beaux jours en vue. Avec ou sans vaches dans les champs.
Décidemment, il vaut mieux être vache en Europe que paysan au Burkina !

 

 

 

17:00 Écrit par mitso dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/04/2008

De l'autonomie.

castoriadis2Cornelius Castoriadis

L’individu, comme vous et moi, est une entité close sur elle même. Au contact du monde, c’est à dire des autres entités, l’individu se socialise.
La société est une autre entité close qui s’autocrée en organisant ce qui se présente à elle  à savoir le langage (savoir dire) et l’action (le savoir faire).
L’autonomie est la capacité de se donner à soi-même ses propres lois. L’individu sera un sujet autonome quand il saura nouer avec autrui un lien et reconnaître ce qui est de l’ordre de son propre désir.
La société autonome agit de même. Elle se donne à elle sa loi et le fait consciemment.
Mais il y a aussi des formes d’hétéronomie. Ce sont les société primitives qui fondent leurs lois non sur leur propre désir mais sur la volonté d’un ou de plusieurs dieux.
Ce sont aussi les sociétés modernes qui fondent leurs règles non sur le désir des hommes mais sur l’exigence de techniques qui sont le domaine des techniciens et qui sont mis en œuvre par une batterie de lois et règlements bureaucratiques.
Lisons le philosophe dans un entretien avec Daniel Mermet :

« Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques. »…
On observe un recul de l’activité des gens. C’est un cercle vicieux. Plus les gens se retirent de l’activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables, prennent le pas. Ils ont une bonne justification : « Je prends l’initiative parce que les gens ne font rien. » Et plus ils dominent, plus les gens se disent : « C’est pas la peine de s’en mêler, il y en a assez qui s’en occupent, et puis, de toute façon, on n’y peut rien. » …
Récemment, un magazine a publié une statistique indiquant que 60 % des députés, en France, avouent ne rien comprendre à l’économie. Des députés qui décident tout le temps ! En vérité, ces députés, comme les ministres, sont asservis à leurs techniciens. Ils ont leurs experts, mais ils ont aussi des préjugés ou des préférences. Si vous suivez de près le fonctionnement d’un gouvernement, d’une grande bureaucratie, vous voyez que ceux qui dirigent se fient aux experts, mais choisissent parmi eux ceux qui partagent leurs opinions. C’est un jeu complètement stupide et c’est ainsi que nous sommes gouvernés.…
Aristote a dit : « L’homme est un animal qui désire le savoir. » C’est faux. L’homme est un animal qui désire la croyance, qui désire la certitude d’une croyance, d’où l’emprise des religions, des idéologies politiques…
De toute façon il y a un irréductible désir. Si vous prenez les sociétés archaïques ou les sociétés traditionnelles, il n’y a pas un irréductible désir, un désir tel qu’il est transformé par la socialisation. Ces sociétés sont des sociétés de répétition. On dit par exemple : « Tu prendras une femme dans tel clan ou dans telle famille. Tu auras une femme dans ta vie. Si tu en as deux, ou deux hommes, ce sera en cachette, ce sera une transgression. Tu auras un statut social, ce sera ça et pas autre chose. »
Or, aujourd’hui, il y a une libération dans tous les sens du terme par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines, et c’est en cela que nous avons le désir d’infini. Cette libération est en un sens une grande conquête. Il n’est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi - et c’est un très grand thème - apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement. La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer…
La liberté, c’est très difficile. Parce qu’il est très facile de se laisser aller. L’homme est un animal paresseux. Il y a une phrase merveilleuse de Thucydide : « Il faut choisir : se reposer ou être libre. » Et Périclès dit aux Athéniens : « Si vous voulez être libres, il faut travailler. » Vous ne pouvez pas vous reposer. Vous ne pouvez pas vous asseoir devant la télé. Vous n’êtes pas libres quand vous êtes devant la télé. Vous croyez être libres en zappant comme un imbécile, vous n’êtes pas libres, c’est une fausse liberté. La liberté, c’est l’activité. Et la liberté, c’est une activité qui en même temps s’autolimite, c’est- à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire. C’est cela le grand problème de la démocratie et de l’individualisme. »

Philosophe, Cornélius Castoriadis fut aussi économiste et psychanalyste. « Un titan de la pensée, énorme, hors norme », a dit de lui Edgar Morin. Il est mort le 26 décembre 1997. Né en 1922 en Grèce, il s’installe à Paris en 1945, où il crée la revue Socialisme ou barbarie. En 1968, avec Edgar Morin et Claude Lefort, il publie Mai 68 : la brèche (Fayard, Paris). En 1975 paraît L’Institution imaginaire de la société (Seuil, Paris), sans doute son ouvrage le plus important. En 1978, il entreprend la série Les Carrefours du labyrinthe.


 

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